Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/07/2010

ISRAEL- GAZA

LE  PRESIDENT  WARFIELD:  l’ EXODUS 47. 

exodus_1947.jpg         Le bateau « Président Warfield »,  propriété de l’organisation sioniste Haganah, quitta le port de Sète  le 11/07/1947.  Il avait à son bord 4515 personnes juives déplacées, survivantes, pour la plupart, de l’holocauste : hommes, femmes, adolescents, enfants (655). Toutes possédaient un passeport, leur identité était connue. S’y ajoutaient 5 cadres de la Haganah et 36 membres de l’équipage.

            Après  5 jours de navigation, le capitaine hissa le drapeau sioniste  (israélien aujourd’hui), le bateau devint l’Exodus 47 et fit route vers la Palestine alors sous mandat britannique.

            Dans les eaux internationales, la Marine britannique arraisonna l’Exodus. L’intervention armée de la flotte (6 destroyers, 2 mouilleurs de mine et le croiseur léger Ajax), contre ces juifs, fut très brutale.

            800 passagers armés de boîtes de conserves et de barres de fer se défendirent contre le commando. Un membre de l’équipage sauva des marins d’un lynchage.

            Les autorités britanniques se sont rendues coupables d’un acte de piraterie en haute mer en assaillant un navire dans les eaux internationales, en temps de paix.

            Il y eut 2 morts et 150 blessés, dont certains par balles. Le capitaine fut emprisonné.

            « La cargaison humaine », d’abord conduite à Haïfa fut contrainte au retour, dans 3 cargos- prisons. Le 29/07, à Port-de-Bouc, en France, ordre fut donné aux rapatriés de quitter le navire. 138 réfugiés, épuisés, descendirent : tous les autres refusèrent et commencèrent une grève de la faim. La France leur avait cependant accordé le droit d’asile.

            Ces « prisonniers » furent accueillis à Hambourg par l’opération britannique « oasis » ( !): 1000 hommes des forces policières et militaires, lances à incendie, grenades lacrymogènes, ambulances de la Croix Rouge.

            Des trains bondés, grillagés, conduisirent ensuite ces « émigrés » dans des camps de personnes déplacées, près de Lübeck, en Allemagne.

            La majorité d’entre eux refusa le statut de personnes déplacées : ils étaient des juifs en transit vers leur pays.

            Les populations des camps d’Europe, par solidarité, firent la grève de la faim.

            L’émotion du monde dont celle du peuple anglais et la réprobation internationale de cette dureté répressive ont accéléré la reconnaissance de l’état d’Israël, déclarée en 1948. 

            L’histoire complète de l’Exodus est accessible à partir de nombreuses sources et, en particulier, sur le site www.palestine1967.voila.net  Les versions, à part quelques données chiffrées, sont proches, fixées par les historiens. 

LE MAVI MARMARA. 31/05/2010. Mavi Marmara.jpg  

         Le « Mavi Marmara » est un des huit bateaux de la flottille « de la liberté », humanitaire, opposée au blocus de la bande de Gaza, imposé par le gouvernement israélien depuis juin 2007, pour empêcher l’entrée d’armes sur ce territoire. Son but était de livrer de l’aide humanitaire et de briser l’endiguement complet de ces palestiniens (la frontière entre Gaza et l’Egypte est également fermée, mais franchie par les tunnels clandestins de l’économie « grise »). C’était, depuis 2008, la neuvième expédition de même nature. Les principales associations organisatrices, controversées, sont la « Fondation Turque pour les Droits de l’Homme, les Libertés Humaines et le Secours Humanitaire », soutenue par la Turquie  et le « Mouvement pour Gaza Libre ». . [Israël redoute ces 2 associations qu’elle dit terroristes, proches du Hamas].Le Mavi Marmara était sous pavillon des Comores, les autres bateaux avaient des pavillons de diverses origines, dont deux des Etats- Unis

            663 personnes « activistes », au sens  de leur choix d’action directe, dont 581 sur le Mavi Marmara, de 37 pays différents, constituaient le groupe chargé de livrer à destination 10 000 tonnes d’aide humanitaire : des matériaux de construction, des maisons, de la nourriture, des équipements (fauteuils roulants…), des médicaments, des vêtements, des livres, des jeux…Divers notables participaient à l’expédition : une députée arabe- israélienne de la Knesset (Parlement israélien), le dirigeant du mouvement islamique en Israël, un romancier suédois, des parlementaires arabes et européens…L’identité de la majorité des participants n’avait pas été rendue publique. 

            Le gouvernement israélien a fait savoir aux navires qu’il leur refusait la destination de Gaza, la côte et le port étant fermés au trafic maritime et leur a proposé de se diriger vers le port israélien d’Ashdod, au nord de Gaza. Les autorités israéliennes  s’engageaient à envoyer l’aide humanitaire, par voie terrestre, à Gaza, après inspection de la cargaison.

            La flottille a refusé de se diriger vers une destination étrangère à son but. La flottille n’était d’ailleurs plus complète, certains navires ayant été victimes d’avaries diverses, d’origine suspecte, qui les avaient immobilisés. Le convoi, sommé de s’arrêter, a continué sa route…

            Alors, de nuit, le 31/05/2010, des commandos de la marine israélienne, dans les eaux internationales, à 130 kilomètres de la côte (80 miles) ont arraisonné le Mavi Marmara.

Des bateaux rapides et 3 hélicoptères ont mené l’intervention.

            Est-ce un acte de piraterie, en haute mer, par temps de paix ? Cette première question, essentielle, justifie une enquête internationale.

            8 turcs et 1 ressortissant turco- américain de l’expédition humanitaire ont été tués.

Il y a eu de nombreux blessés, dont certains par balles. Un témoignage espagnol annonce davantage de morts.

            7 membres du commando israélien ont été blessés. 

            Le gouvernement israélien dit que les soldats ont utilisé leurs armes, en état de légitime défense, contre d’éventuels lynchages, afin de protéger leur vie.

            Les « militants » du Mavi Marmara affirment que les soldats israéliens ont ouvert le feu avant l’abordage. Des balles de métal recouvertes de caoutchouc, d’abord utilisées, ont été

suivies rapidement par de vraies balles.

            Qui, donc, a attaqué le premier?

            Pourquoi la discipline et le « calcul », éléments essentiels de la formation des commandos,  n’ont-ils pas conduit à une économie de la Force meurtrière? Les soldats devaient, d’expérience, s’attendre  à une résistance.

            Dans les lois de la guerre on trouve qu’un engagement est « défensif » lorsque l’on attend l’avance et l’assaut de l’ennemi. Cette loi n’est pas exactement transposable en situation de paix.

            Israël affirme que les activistes avaient des armes. [Une photo a d’ailleurs été publiée par la presse européenne, par le journal « le Monde », en particulier, montrant des bâtons ou barres de fer, des couteaux, des masques à gaz …rassemblés sur le bateau. Une vidéo montre des occupants des navires portant en effet des barres et des masques à gaz. Il s’agit là, plutôt, d’une preuve de l’inégalité des armements : les couteaux de cuisine, par exemple, avaient une autre utilité. Le bilan du combat signe la supériorité israélienne de l’armement et du « professionnalisme », au moment de l’attaque. Le site belge d’investig’action, www.michelcollon.info analyse cette situation dans la vidéo « les 10 grands mediamensonges d’Israël »] 

            Des témoignages de navigateurs du Mavi Marmara précisent les faits :

            - leurs conditions de détention après leur capture, variables selon leur identité, ont été éprouvantes : coups, sac sur la tête, éjection d’un camion, coup de crosse dans l’œil, tympan percé…

- toutes leurs vidéos, photos, enregistrements ont été confisqués,

- les soldats israéliens, lors de l’arraisonnement, ont été violents (coups de pieds, coups de taser, coups donnés avec leurs armes, usage de gaz lacrymogènes). L’armée a menotté les médecins qui devaient porter secours aux blessés. ..

Les navigateurs n’informent pas sur leurs éventuelles violences. 

            Les témoignages des soldats israéliens ne seront sans doute pas publiés: ils restent, en général, internes à l’armée. De même, la commission d’enquête mise en place par Israël ne pourra interroger aucun militaire impliqué dans l’assaut. Elle pourra auditionner le Premier Ministre, le Chef d’Etat- major des Armées et le ministre de la Défense

            Des propos antisémites sont attribués aux activistes : «  retourne à Auschwitz » et « souviens- toi du 11/09 »…

             Le site : www.urgencegaza.com publie une vidéo d’une heure sur l’arraisonnement et 18 témoignages des humanitaires. 

            Cet arraisonnement violent a isolé Israël. L’émotion a été unanime et les relations entre la Turquie et Israël sont tendues. De nombreux états demandent une enquête internationale sur l’agression. Israël sous la pression, refuse l’enquête internationale, mais vient d’alléger le blocus terrestre de Gaza. Les organisations internationales et étatiques, contraintes, proposent de nouvelles actions vers la paix et  sortent de leur torpeur.

            L’allègement du blocus de Gaza, par les israéliens, est une conquête indirecte de la flottille. 

L’EXODUS, le MAVI MARMARA et ARI SHAVIT. 

            Ari Shavit, rédacteur expérimenté et militant de la paix du Haaretz, journal israélien,    écrit que son pays a oublié l’Histoire et ses symboles, comme celle des anglais arrêtant avec brutalité l’Exodus. Certes, ajoute- t- il, le bateau pro- palestinien de la flottille n’était pas l’Exodus, chargé de rescapés de la Shoah, mais l’erreur folle des autorités israéliennes est du même ordre. .. Benyamin Nétanyahou et ses ministres, qui n’ont jamais vraiment eu de vision, ont commis là une très grave faute de jugement...Comment ce gouvernement, au lieu de resserrer le siège de Gaza, comme il le voulait, n’a- t- il pas vu qu’il resserrait le sien ? » 

UN SUJET DE DISSERTATION DU BACCALAUREAT DE LETTRES.         

         « La connaissance de l’Histoire nous permet-elle d’éviter les erreurs du passé ? » ou

            « L’oubli de l’Histoire nous permet- il de servir notre avenir ? » 

L’ ENQUETE.

         Sous la pression internationale, Israël a discuté avec l’administration américaine et le Quartet (Nations- Unies, Union européenne, Etats- Unis et Russie). Israël a ensuite nommé un groupe de 3 juristes et de 2 observateurs étrangers (sans droit de vote) « pour examiner la conformité à la loi internationale des actions israéliennes pour empêcher les navires d’arriver à Gaza, mais aussi celle des organisateurs et l’identité des militants à bord de la flottille ».

            Jacob Turkel est un ancien juge de la cour suprême, shabtai Rosen est un expert en droit international et Amos Horev, un général à la retraite.

            Ken Watkin, ex- avocat général de l’armée canadienne, est une personnalité à l’impartialité incontestée, contrairement à Lord David Trimble, homme politique d’Irlande du Nord. Ce dernier, prix Nobel de la paix en 1998, fait partie de « Friends of Israël », organisation inaugurée à Paris, le soir de l’assaut, pour lutter contre la « délégitimisation »  de l’Etat d’Israël.

            Le gouvernement israélien a rejeté la proposition de plusieurs ministres des Affaires Etrangères consistant à inspecter- à Chypre et sous supervision internationale- les cargos acheminant de l’aide humanitaire à Gaza.

            Le blocus terrestre a été allégé.

            La demande faite à Israël d’une enquête internationale est maintenue. Cette demande est cependant ambiguë puisque l’enquête pourrait être confiée au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies dans lequel Cuba, le Pakistan et l’Iran sont représentés. La clarté des résultats ne peut être garantie.

            L’Union Européenne (U E)  a adopté, le 14/06, un texte estimant inacceptable et contre- productif l’étau israélien autour du territoire palestinien. Les européens envisagent de contribuer à la mise en œuvre d’un nouveau mécanisme de contrôle du transit des biens vers Gaza aux points de passage terrestres et maritimes et de contrôler que ces marchandises ne contiennent pas d’armes ni d’explosifs. 

            L’U E a également demandé la nécessité d’assurer la sécurité d’Israël par l’arrêt des tirs de roquettes depuis Gaza et la libération immédiate et sans- condition du soldat franco-israélien Guilad Shalit détenu par le Hamas, depuis 2006.

            La Turquie a rejeté la commission d’enquête unilatérale d’Israël et créé, le 16/06, une autre commission d’investigation nationale et internationale. 

LES ACTIONS HUMANITAIRES. 

         Michael Walzer, dans « Guerres justes et injustes » (folio- essais), écrit : Des exemples clairs d’interventions humanitaires sont rares. La motivation humanitaire n’est qu’une parmi d’autres. L’intervention en faveur d’un peuple opprimé exige que la force qui intervient épouse, jusqu’à un certain point, le projet de ce peuple. Le peuple est opprimé parce qu’il poursuit un but inacceptable aux yeux de l’oppresseur. On ne peut intervenir en sa faveur, et, à la fois, contre ses aspirations.

            L’intervention humanitaire se justifie quand elle est une riposte, avec des chances raisonnables de succès, à des actes qui choquent la conscience morale de l’humanité…     

LES BLOCUS.       

1. LE SIEGE DE JERUSALEM : 1er siècle de notre ère.

         L’un des sièges les plus anciens fut une agression des Romains contre les Juifs.

         Flavius Josephe a décrit le siège de Jérusalem par l’armée romaine : Pour les Juifs, en même temps que la possibilité de fuir, tout espoir de salut était coupé. La famine s’enfonçant plus profondément, dévorait la population par maisonnées et par familles. Les toits étaient pleins de femmes et de nourrissons épuisés…            

2. LE BLOCUS DE GAZA.

         Les Juifs contre les Palestiniens.

            La forme de guerre la plus massivement destructrice est aussi l’une des plus anciennes : le siège d’une ville, où la population civile est la cible clairement désignée, en l’absence de toute tentative de discrimination entre les civils et les ennemis.

            Le siège est en lui-même un acte de coercition…

            4000 produits entraient à Gaza avant 2007, contre 114 en 2010. Israël, après l’évènement tragique de la flottille vient de permettre l’entrée de toutes les marchandises à l’exception des 120 produits, à double- usage, qui figurent sur une liste noire. Ainsi, les matériaux de construction, exemple du double- usage, ne pourront- ils entrer que s’ils servent à des constructions sous supervision internationale. Les fraises et les fleurs, seules,  sortent de Gaza : cette restriction des exportations maintiendra le « dé- développement », régression économique progressive. 

LE SOLDAT SHALIT. 

         Le 23 juin 2010, dans « Le Figaro », Joël Mergui, Président du Consistoire central de l’ Union des communautés juives de France en appelle à la mobilisation pour la libération du soldat franco- israélien Guilad (ou Gilad) Shalit, détenu en otage depuis 4 ans, par le Hamas.

         « Quatre ans déjà. Quatre ans de séquestration. Quatre ans de privation de toute liberté. Quatre ans d’éloignement de ses parents et de ses proches. Quatre ans de souffrances et d’humiliations. Quatre ans d’absence de contact avec l’extérieur. Quatre ans de pleurs de sa famille et d’angoisse de ses proches. Quatre ans de manque d’espoir. Quatre ans de cauchemar. Voilà donc 1470 jours que ce jeune garçon a été lâchement kidnappé, ce 25 juin 2006 alors qu’il portait l’uniforme de son pays… Rappelons que ce jeune appelé a été pris en otage et séquestré alors qu’aucune charge ne pesait contre lui…

            Rappelons que la mobilisation de la France, à tous les niveaux, avait en son temps été forte et générale lorsqu’il s’agissait de se battre pour la libération d’un autre otage, franco- colombien cette fois. Il s’agissait de Madame Ingrid Betancourt. …Il est tout aussi légitime d’attendre de la France une mobilisation identique pour Guilad afin de pouvoir verser les mêmes larmes de joie à sa libération. .. »

            Une marche vers Jérusalem, veut interpeller le gouvernement israélien.

            Paradoxalement, ce nouveau réveil des consciences pour libérer Guilad vient aussi, indirectement, de la flottille  

DEMAIN.        

         Israël est une république parlementaire multipartite et une démocratie libérale. 

         Benyamin Nétanyaou, Premier Ministre d’Israël, appartient au Likoud, parti de droite, majoritaire. Le Ministre des Affaires étrangères appartient à l’extrême droite nationaliste

            Au nom de la sécurité de son pays, à surveiller étroitement, ce gouvernement semble intransigeant. Il n’évite pas les situations violentes, ni les écarts par rapport aux accords d’Oslo (projet archéologique récent de destruction de 20 maisons palestiniennes à Jérusalem- Est alors que l’occupation de Jérusalem- Est, par Israël, en 1967 n’est pas reconnue par les Instances internationales, expulsions de palestiniens de ce même Jérusalem- Est, revendiqué comme future capitale par les palestiniens, extension des colonisations…) 

            Mahmoud Abbas, l’un des fondateurs du Fatah, mouvement qui a absorbé l’organisation de libération de la Palestine (O L P), reconnu par les instances internationales, préside l’Autorité palestinienne. Son gouvernement est affaibli par la corruption, qu’il combat, et par la rupture  intervenue lors de la guerre civile, en 2007, avec le Hamas de Gaza. Le Hamas, né en 1976, mouvement de résistance islamique, a gagné les élections législatives de janvier 2006 et gouverne, seul, Gaza. Il n’est pas reconnu internationalement et ne le sera pas tant qu’il n’aura pas abrogé sa charte anti- démocratique , qu’il n’aura pas reconnu l’état d’Israël et les accords d’Oslo, tant qu’il n’aura pas renoncé à la violence, en particulier celle de ses tirs de roquette sur Israël… 

            Il est étrange de constater que l’Europe, les Etats- Unis et l’O N U n’ont pas une  attitude de dialogue rigoureusement définie,  pour négocier avec divers états du monde également redoutables :

- dialogues avec l’Iran, le Pakistan, Cuba…

- dialogue,  avec Yasser Arafat,  né à Jérusalem, d’abord considéré comme terroriste, puis résistant serviteur de la cause palestinienne et enfin, prix Nobel de la paix,

- refus de dialogue avec le Hamas. 

         L’intransigeance d’Israël, la faiblesse de la Cisjordanie, la cassure entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, la complexité théorique  des soutiens extérieurs ne présagent pas la paix.

         Il n’est pourtant pas raisonnable d’attendre d’autres flottilles humanitaires. 

Annie Keszey.

www.atelier-idees.org

09:58 | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

07/07/2010

LA REPUBLIQUE EXEMPLAIRE

JUILLET 2010.

LA REPUBLIQUE EXEMPLAIRE. 

         Les faits contredisent le discours politique vertueux. La rigueur pour le peuple ne peut s’accommoder de faveurs pour les nantis.

 christine boutin.jpg

 

Image Marianne n° 687.

1. RAPPELS DE FAITS, CONTRE L’OUBLI.

             Christine BOUTIN, ministre de la santé, éconduite de son ministère, a reçu, en compensation, une rémunération de 9500 € nets par mois pour « une mission ». Sous la pression médiatique, elle a renoncé à cette rémunération. Elle garde sa voiture avec chauffeur, ses bureaux et son secrétariat particulier. Cette rémunération s’ajoutait à son indemnité de conseillère régionale de 2605 € bruts et à sa retraite de députée voisine de 6000 €.

            Rama YADE, secrétaire d’Etat aux sports, a dénoncé le prix élevé des chambres de l’hôtel de luxe de l’équipe de France de football, en Afrique du Sud. Mais la chambre d’hôtel qui lui fut réservée avait un prix supérieur!

            Christian BLANC, secrétaire d’Etat au Grand Paris, a dépensé 12000 €, en 10 mois, sur fonds publics, pour ses cigares « havanes ». Il s’est engagé à  rembourser 3500 €, puis 1000 € de plus et a recherché un bouc émissaire dans son environnement proche ! Il a démissionné.

            Alain JOYANDET, secrétaire d’Etat à la coopération, a obtenu un permis de  construire « amical » pour agrandir sa villa provençale, permis d’agrandir auquel il vient de renoncer. Le 22 mars 2010, il avait affrété un jet privé pour une visite éclair aux Antilles. Le coût du déplacement avait été de 116 500 €. Il a démissionné.

            Fadela AMARA, secrétaire d’Etat à la ville et Christian ESTROSI, ministre de l’industrie, ont prêté leur logement de fonction, qu’ils n’habitent pas, à leur famille. Fadela a, de plus, prêté le cuisinier attribué par l’Etat!

            Eric WOERTH, ministre du travail, au cœur de la négociation sur les retraites, ancien ministre du budget, trésorier de l’U M P, est pris dans la tourmente. Son épouse a géré certains actifs de Liliane BETTENCOURT, héritière de la fortune l’Oréal, soupçonnée d’évasion fiscale. Madame WOERTH vient d’annoncer sa démission de son poste. Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune de 17 milliards d’euros  de Liliane BETTENCOURT a été décoré de la légion d’honneur, en janvier 2008 par Eric WOERTH. Le ministre du budget, François BAROIN s’engage à ce que l’administration fiscale examine la totalité des actifs de Liliane BETTENCOURT …

            Six ministres, Roselyne BACHELOT (à la santé), Michèle ALLIOT- MARIE (à la justice), Patrick DEVEDJIAN (à la relance), Michel MERCIER (à l’espace rural), Henri de RAINCOURT (aux relations avec le parlement) et le secrétaire d’Etat Jean Marie BOCKEL ont renoncé à percevoir leur retraite de parlementaire cumulée à leurs rémunérations de membres du gouvernement : Cumul légal cependant! Hubert FALCO et Alain MARLEIX, par exemple, s’étaient dispensés de faire valoir leurs droits à la retraite parlementaire.

             Gérard COURTOIS, dans « Le Monde » du 22/06/2010 montre que l’on assiste à un concours de petits arrangements, de prébendes et de cynisme  et cite MONTESQUIEU, toujours d’actualité : « Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public ; mais pour lors, le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La République est une dépouille ; et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous ».  

             Le Premier Ministre, François FILLON, tance, au coup par coup, ceux qui se servent plutôt qu’ils ne servent, mais avec une efficacité réduite car l’exemple parfait de l’indécence financière vient du sommet!   

2. LE NEPOTISME.

         Extrait de Marianne numéro 687 du 19 au 25 juin.                   

            Une campagne médiatique éphémère contre l’éventualité de l’accession de Jean SARKOZY à la présidence de l’E P A D n’a nullement affecté le népotisme ambiant.

            Ce népotisme a concerné tous les gouvernements, tous les partis politiques, depuis 1789 . 

            Pierre BACHELOT, fils de Roselyne BACHELOT est employé auprès de sa mère depuis 1994 (assistant parlementaire, conseiller parlementaire…responsable de plaidoyer de la santé dans toutes les politiques publiques). Isabelle BARNIER (femme du commissaire européen) émarge au cabinet de Roselyne BACHELOT.

            Ludivine OLIVE, nièce de Michèle ALLIOT- MARIE, est son chef de cabinet.

            Aurore LONGUET (fille du sénateur Gérard LONGUET) assure la communication du secrétaire d’Etat au commerce Hervé NOVELLI.

            Brigitte LONGUET, ex- femme de Gérard LONGUET, est chargée de mission (non rémunérée). 

            François GUEANT, fils de Claude GUEANT (secrétaire général de l’Elysée) est directeur du cabinet du président des Chambres de commerce

            Olivier MARLEIX, fils d’Alain MARLEIX est conseiller technique sur les questions sociales à l’Elysée, il partage son bureau avec Sébastien VEIL, petit- fils de Simone VEIL.

            La demi- sœur de Carla BRUNI- SARKOZY appartient à la cellule diplomatique de l’Elysée.

            Thomas DEVEDJIAN travaille sous l’autorité de son père Patrick DEVEDJIAN … 

            « Je vous propose une république fondée sur le mérite » promettait Nicolas SARKOZY en 2007. 

3. L’EXEMPLE DU PRESIDENT.        

         Ce régime devait compter 15 ministres au maximum, ils sont aujourd’hui 40, dont 13 femmes !

         Nicolas SARKOZY a fêté son élection au Fouquet’s- Barrière, 5 étoiles. Sur le site www.fouquets-barriere.com l’on apprend que « le luxe durable, c’est vous, c’est nous : une belle histoire d’amour». Puis, le Président est parti voguer sur le « Paloma », yacht particulièrement luxueux prêté par Vincent BOLLORE (la location de ce bateau de 60 mètres coûte 180 000 € par semaine). Dès sa prise de fonction,  Nicolas SARKOZY a augmenté son salaire de 172 % (21 133 €/ mois, actuellement). C’était son droit!

            L’année 2008 marque un tournant : l’Elysée présente pour la première fois un budget consolidé, intégrant peu à peu l’ensemble des dépenses, et celui- ci est soumis à un contrôle de la Cour des Comptes. C’est un nouveau progrès vers la transparence des comptes « secrets ».

            Ainsi, le Chef de l’Etat devra- t- il rembourser 14 123 € de dépenses privées payées sur fonds publics. La Cour des Comptes s’interroge également sur des achats faits dans un supermarché proche de l’Elysée, en 2008, pour un montant de 17 545 €.

            En 2009, la Cour des Comptes souligne une somme de 3.8 millions d’euros d’études et de sondages, mais l’Elysée et la majorité U M P, s’opposent à la constitution d’une enquête parlementaire. Le 13 juillet et le 14 juillet 2008, un déjeuner et un dîner lors du sommet de l’Union pour la  Méditerranée coûtent 2.3 millions d’euros. En 2009, la réception de l’Elysée, à laquelle 7500 personnes sont invitées coûte 732 826 €. En déplacement à New York, en septembre 2009, l’autre réception pour 4000 invités de la communauté française s’élève à 258 885 €. Les déplacements à l’étranger du chef de l’Etat ont tous des coûts excessifs…Le budget officiel de l’Elysée, de 31 millions d’euros en 2007 est passé à 110 millions d’euros en 2008. La hausse s’est poursuivie en 2009.

            Un article du « Canard enchaîné », de mai 2009, sur le site www.politique.net révèle que les autres ministères continuent de payer, en toute discrétion, des dépenses de la Présidence. « Le coût des meetings tenus par l’Elysée est assuré intégralement par le ministère de l’intérieur. A Saint- Quentin, la préfecture a réglé 100 000 € pour les gradins, les sons, les lumières et le buffet. Le ministère des affaires étrangères a réglé les déplacements du Président, entre juillet et décembre 2009 lors de la Présidence française de l’Union Européenne. »

            Le journaliste allemand Von A.V.SCHONBERG justifie, par une liste de dépenses, le fait que le Roi Soleil (Nicolas SARKOZY) vive comme un dieu, avec sa Madame POMPADOUR :

-         61 voitures, 2 airbus, 6 jets dont le plus récent de 60 millions d’euros a été baptisé « Carla »,

-         1 million d’euros dépensé chaque année en boissons et 280 000 € de fleurs, pour l’appartement privé de 300  m2,

-         1000 employés (2 fois plus que la Reine d’Angleterre), 44 chauffeurs, 87 cuisiniers dans une cuisine ouverte en permanence, pour des repas servis par des laquais…

 

            La réception du 14 juillet 2010 serait annulée par le Chef de L’Etat et le « train de vie de l’Etat » compressé de 10 %. Ces annonces médiatiques, insuffisantes, n’auront pas l’effet apaisant naïvement escompté et ne restaureront pas la légitimité du Pouvoir. La crise a exacerbé la sensibilité des Français aux dérapages de leurs élites et à leurs mensonges.                       

            « …Je veux être le Président qui va remettre la morale au cœur de la politique. Je veux une démocratie irréprochable. Si l’Etat veut être respecté, il doit être respectable » .C’ était l’engagement pris par Nicolas SARKOZY dans son discours du 14 janvier 2007.     

4. L’EQUIPE DE FRANCE DE FOOTBALL ET L’EQUIPE QUI DIRIGE LA FRANCE.   

         Ces deux équipes prévaricatrices ont « perdu », l’une en sport, l’autre en économie, battues, en particulier, par des pays émergents.

            C’est la même immaturité qui explique l’insulte de Nicolas ANELKA, entraînant son exclusion de l’équipe de France, et les insultes de Nicolas SARKOZY proférées au salon de l’agriculture ou devant des pêcheurs en colère. Ces invectives, primitives et brutes, signent un manque de sang froid, une incapacité de dialogue et un déficit de « civilisation ».

            La même volonté d’omnipotence de ces 2 équipes, au cœur de cafouillages médiatiques est aujourd’hui démystifiée par la réalité. 

            Lors de ses vœux du 31/12/2007, Nicolas SARKOZY lança le concept d’une « politique de civilisation » pour re- humaniser la société. Ce projet passait par la rupture: la France devait sortir de l’immobilisme et de la société des avantages acquis.          

            Ces faveurs pour les nantis et la rigueur pour le peuple français (autrefois régicide) sont une perte de sens, un désordre de l’Histoire.    

Sources principales : René Dosière, député de l’Aisne, apparenté socialiste, qui traque depuis 2002 les dérives financières des politiques et accroît la transparence, la Cour des Comptes, les journaux « Le Monde », « Le Figaro », « Le Parisien », « Marianne », « Le Canard enchaîné » les sites « mediapart » et « Rue 89 »…

Annie Keszey.

www.atelier-idees.org

09:57 | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook