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21/09/2010

GENS DU VOYAGE. VOCABULAIRE POUR TENTER DE PENSER JUSTE

 Atsingano, Bohémien, Egyptien, Gens du voyage, Gitan, Gitano, Gyftos, Gypsy, Kalé, Manouche, Rom (ou Rrom), Romanichel, Sinti, Tsigane (ou Tzigane), Yéniche, Zingeuner, Zingaro. Chib Romani, kalo.

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 Rom vient du mot Rrom, en langue romani qui signifie « homme » au sens d’être humain. Les Roms sont un peuple parti du nord de l’Inde vers l’an 1000 après Jésus Christ : leur  langue a des composantes sanskrites, arméniennes, grecques, indiennes...

Ils entrèrent, pour une partie d’entre eux, en Europe, au 14ème siècle, depuis la Turquie et s’installèrent dans l’Empire byzantin où ils furent appelés Atsinganos puis Tsigane, Zigeuner en allemand et Zingano en italien.  

 « Les Tsiganes ne forment pas du tout un groupe homogène. Ceux qui se sont implantés dans les Pyrénées pendant une longue période ont plutôt rencontré là-bas des situations culturelles ou climatiques assez différentes de ce que pouvaient rencontrer leurs lointains cousins en Alsace ou en Lorraine. Forcément, ces rencontres dans la longue durée, avec des populations différentes, transforment inévitablement les gens et les singularisent les uns par rapport aux autres. En admettant qu’au départ les Tsiganes aient pu constituer un groupe homogène ou, à tout le moins, qu’ils aient pu provenir d’une même région, par la force des choses, les rapports avec les sociétés rencontrées, ils se distinguent peu à peu les uns des autres. En fait, plusieurs groupes sont aujourd’hui à prendre en considération. On parle de Manouches, de Gitans, de Roms, on parle également de Yénishes, on parle de Voyageurs, on évoque l’existence de Sinti ou Sinté, autant de termes qui trahissent en fait des origines et des parcours divers.

 “ Tsigane ” est un terme de la langue grecque, pas un terme propre à la langue tsigane. Il désigne une secte religieuse du Moyen Âge dont les membres estiment impur tout contact avec les non-croyants. Cette secte exprimait sa religion à travers des manifestations culturelles liées à la musique et à la danse. Ceux qui vont être appelés Tsiganes, sont des gens qui, à l’époque, ne sont pas nécessairement membres de cette secte. Mais, parce qu’ils sont eux-mêmes musiciens et danseurs professionnels, parce que eux-mêmes pratiquent des activités liées à la divination, et parce qu’ils sont “ étrangers ”, ils seront assimilés à ces derniers. Quoi qu’il en soit, ces Tsiganes venus de l’Inde, ne composent pas du tout une population marginale. Un historien byzantin en parle comme étant l’une des huit grandes populations de l’Empire byzantin ».

 

 Parce qu’ils exerçaient les métiers de chaudronniers et de ferronniers, ils furent appelés Gyftos,  Ejiptanos ( à partir de la petite Egypte, région du Péloponnèse) puis gitanos en espagnol, gitans et égyptiens en Français, gypsies en anglais.       

 

 L’Empereur Sigismond, de la Bohême, en particulier, au 15ème siècle, leur accorda un passeport de circulation en Europe : Ils devinrent ainsi des Bohémiens.

 

« Dans le courant du XIXe siècle, après l’épopée napoléonienne, les routes sont fréquentées par toute une série de groupes tsiganes. Les mouvements que l’on discerne sont à l’origine du peuplement contemporain de la France par les Tsiganes.

tresors.jpg Les Manouches viennent de l’Alsace et de la Lorraine. Ils se sont cachés longtemps dans les Vosges du Nord. Cachés ou cachés à- demi, en ce sens que s’ils sont très mal perçus par les autorités départementales et l’appareil d’État, ils sont plutôt bien intégrés dans les petits villages tels que Lemberg, Baerenthal, Reipertswiller, Wingen, Wimmenau, etc. Là, il y a des familles de Tsiganes dont le chef est parfois qualifié de Bourgeois. Ainsi, par exemple, un Jean D., à l’origine d’une très grosse famille de musiciens actuellement dans le sud de la France, ce Jean D. est appelé Bourgeois, Égyptien et Musicien du village de Baerenthal. Ce sont des gens qui , pour la plupart, habitent – non pas en marge des villages, il y en a qui sont en marge, mais la plupart sont dans les villages – dans des maisons en dur, et en fait ils sont intégrés à l’économie agraire locale. On a des familles qui, à l’époque, s’incrustent près de cinq générations de suite dans le même village. Ainsi, par exemple, à Reipertswiller, la famille Hoffmann. Parmi ces Manouches, il y a des gens qui entretiennent un rapport très particulier au voyage. Ils suivent des itinéraires. Certains de ces itinéraires les poussent vers la Hollande, d’autres itinéraires les amènent vers Lille ou vers la Normandie. Peu à peu, certains itinéraires leur permettent d’aborder le Bordelais. Du Bordelais, il va y avoir un mouvement vers l’Espagne. De l’Espagne, certains Manouches vont aller jusqu’en Argentine, revenir en Espagne, puis de l’Espagne, revenir vers la France. D’autres vont aller en Italie. Vous avez donc, au départ de l’Alsace-Lorraine, ce groupe des Manouches qui a été façonné culturellement au contact des Alsaciens et des Lorrains pendant des siècles et imprégné de culture germanique, qui reprend le voyage et s’étend un peu partout en France, voire bien au delà. En Savoie et Haute-Savoie, vous avez également le retour au voyage de toute une série de groupes qui s’étaient sédentarisés dans la région. Certains sont colporteurs, vanniers, d’autres déploient des activités de cirque »*.           

 

Manouche vient du sanskrit : « homme ».     

 

Même situation de la part des Gitans, qui vivaient en Catalogne dans les Pyrénées et qui reprennent le voyage en suivant les foires et notamment les foires aux chevaux du Midi de la France. Certains d’entre eux, plutôt que de prendre un itinéraire qui les mène de Perpignan à Avignon, vont plutôt monter sur Toulouse puis, de Toulouse sur la Normandie, et de là jusqu’à Lille. Vous avez donc, tout à coup, des gens qui se trouvent à Lille, dans les Flandres, et qui ont été transformés au fil des siècles par leur contact avec les populations catalanes ou hispaniques. Cela amène une “ étrangéité ” dans une région qui ne les voyait pas. Ce sont, d’une certaine manière, les premiers migrants d’une ère industrielle qui n’en est alors qu’à ses premiers balbutiements. Ce sont des migrants qui ne s’intègrent pas nécessairement aux modes de vie locale, mais qui “ butinent ” dans leur contact avec les populations locales.  

 « Il faut y ajouter une population qu’on appelle Yénishe et qui provient, pour l’essentiel de l’Alsace-Lorraine, mais également de Suisse et de l’Allemagne rhénane. Elle est constituée plutôt de paysans qui tentent d’échapper par le voyage, fût-ce seulement une partie de l’année, à une paupérisation croissante induite par les grandes crises économiques qui ont touché le monde paysan au XIXe siècle. Une partie de ces paysans nouvellement voyageurs entre dans l’univers tsigane en se mariant notamment avec des femmes manouches, ou des hommes manouches. Il en ressort une population métissée qui, aujourd’hui, se trouve un peu partout en France, qui a plutôt tendance à vivre comme les autres Tsiganes manouches, mais qui est plus portée que les autres Manouches à s’unir avec des populations sédentaires, souvent des populations marginales. De nouveau, c’est donc un univers foncièrement différencié qui s’installe en France »*…

 

Alain Reyniers*, directeur de la revue Etudes Tsiganes, anthropologue de l’Université de  Louvain- La – Neuve, en Belgique.

            http://www.lau.cnrs.fr

La loi du 16/07/1912, en France, répressive, a créé un statut collectif d’enregistrement : le carnet anthropométrique qui concerne tout individu réputé nomade, romanichels et vagabonds ethniques. C’était un énorme dossier du « monstre administratif de l’état français » que le chef de famille devait faire viser à chaque déplacement.

 Art. 8 de la loi. Le carnet anthropométrique porte les noms et prénoms, ainsi que les surnoms sous lesquels le nomade est connu, l'indication du pays d'origine, la date et le lieu de naissance, ainsi que toutes les mentions de nature à établir son identité.
Il doit, en outre, recevoir le signalement anthropométrique qui indique notamment la hauteur de la taille, celle du buste, l'envergure, la longueur et la largeur de la tête, le diamètre bizygomatique
(?), la longueur de l'oreille droite, la longueur des doigts médius et auriculaires gauches, celle de la coudée gauche, celle du pied gauche, la couleur des yeux : des cases sont réservées pour les empreintes digitales et pour les deux photographies (profil et face) du porteur.

Tout carnet anthropométrique porte un numéro d'ordre et la date de délivrance. Il n'est pas établi de carnet d'identité pour les enfants qui n’ont pas treize ans révolus

Art. 9. Indépendamment du carnet anthropométrique d'identité, obligatoire pour tout nomade, le chef de famille ou de groupe doit être muni d'un carnet collectif concernant toutes les personnes rattachées au chef de famille par des liens de droit ou comprises, en fait, dans le groupe voyageant avec le chef de famille. Ce carnet collectif, qui est délivré en même temps que   le carnet anthropométrique individuel contient: 
1°) L'énumération de toutes les personnes constituant la famille ou le groupe et l'indication, au fur et à mesure qu'elles se produisent, des modifications apportées à la constitution de la famille ou du groupe.
2°) L'état civil et le signalement de toutes les personnes accompagnant le chef de famille ou de groupe, avec l'indication des liens de droit ou de parenté le rattachant à chacune de ces personnes;
3°) La mention des actes de naissance, de mariage, de divorce et de décès des personnes ci-dessus visées;
4°) Le numéro de la plaque de contrôle spécial décrit à l'article 14 du présent décret;
5°) Les empreintes digitales des enfants qui n'ont pas treize ans révolus;
6°) La description des véhicules employés par la famille ou le groupe;
Le carnet collectif indique les numéros d'ordre des carnets anthropométriques délivrés à chacun des membres de la famille ou du groupe.

           

D’autres articles de la loi précèdent et suivent ! ( www.filsduvent.kazeo.com) Romanichel vient du romani : « groupe d’hommes ». Sinti viendrait de Sind, la rivière qui a donné son nom à la province d’origine des Roms : Sindh. 

Les Manouches et les Sintis, population rom de pays germanophobes, furent exterminés, à 90%, dans les camps nazis lors de la guerre 1939- 1945.

 

En 1969, le terme de gens du voyage est adopté par la France où les marquages ethniques sont interdits par la loi. Leur carnet de circulation doit être visé tous les 3 mois.

En 2010, les gens du voyage, ne sont pas majoritairement Roms : ceux qui le sont ont des nationalités diverses, dont la nationalité française.  

 

            En 1970, les intellectuels de l’Union Romani, issus du bloc soviétique, créent un mouvement politique international et choisissent le terme unique de Rom pour toutes les communautés tsiganes d’Europe. Les Gitanos refusent « Rom » et se disent Kalé. Ils parlent le kalo, une loi espagnole punissant de la mutilation de la langue le fait de parler romani.

           

 

 L’économie des Roms.

 Traditionnellement, les Roms vendaient à des non- Roms : les Gadgé.

La mondialisation et la disparition de petits métiers ont contraint les Roms à s’adapter.

« Ils achètent des jeans en Turquie et les revendent en Roumanie. En Roumanie, ils font de la brocante, ils vont chercher chez les paysans toutes sortes d’ustensiles dont les paysans se débarrassent. Ces ustensiles, ces meubles, ces vieux vêtements paysans, sont revendus à des occidentaux, principalement à des Allemands. Vous avez des Tsiganes qui vont en Belgique acheter des tapis dans la région de Courtrai où les tapis sont très rapidement démarqués s’ils présentent quelques défauts. Les Tsiganes les achètent et les revendent à un prix intermédiaire, en France par exemple. Donc, de la distance, du déplacement. Du déplacement, vous pouvez tirer une richesse par le fait même du déplacement.

 

D’un autre côté, beaucoup de Tsiganes en France vivent comme une classe moyenne, en tant que marchands forains. C’est un débouché qui reste fort aujourd’hui. Vous en avez d’autres qui sont ferrailleurs…

 

 Vous avez, en France même, un cardiologue tsigane de réputation internationale, vous avez des avocats tsiganes, des commissaires de police(plutôt dans le Midi de la France, parce qu’effectivement, les Gitans ont vécu une autre modalité d’insertion que les Manouches d’ici). Le devenir de cette population n’est donc pas dessiné, mais il est probablement multiple comme cette population l’a toujours été. Il y aura des formes d’insertion, il y aura le maintien de modalités, au niveau de l’existence notamment, comme l’habitat en caravane, même si on bouge moins»*…            

 

Les Roms seraient environ 12 millions dans le monde dont  7 à 8 millions en Europe. Les statistiques sont imprécises puisqu’il n’y a pas de statistiques ethniques (en théorie du moins, le fichier GASPARD, de la police nationale, serait à consulter) !

Les Roms sont en Amérique du nord et du sud, en Australie, en Turquie, en Iran, en Europe. 

Les Roms ne sont pas à confondre avec les Roumains : ils vivent, certes, en Roumanie (2.4 millions) mais aussi en Serbie, au Montenegro, en Hongrie, Grèce, Macédoine, Allemagne, Albanie, Italie, Portugal, Biélorussie, Suisse, Pays- Bas, Bosnie, Croatie, Autriche, Belgique, Suède… .

 

95% des Roms sont sédentaires depuis le 16ème siècle. 

L’Histoire des Roms est violente, marquée par des tourments administratifs, des mutilations, internements, expulsions, dispersions, persécutions et extermination de collectifs, à partir de stéréotypes et de préjugés nombreux et erronés qui les stigmatisent.

Leur identité culturelle composite, ignorée, n’est jamais enseignée dans les écoles.

Les responsables politiques compréhensifs, fraternels et talentueux furent et sont rarissimes. La grande majorité des gouvernements européens reste  incapable de penser une intégration spécifique bilingue et transnationale.

 

« Ils sont les fils du vent, les charretiers de la liberté, les voyelles de l’ insoumission… » (Extrait de Tsiganes, de Jan Yoors) 

 

Sources : Alain Reyniers, directeur de la revue Etudes Tsiganes, anthropologue  belge.

Jan Yoors, auteur de « Tsiganes ».

Henriette Asséo, historienne, professeur à l’école des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

Encyclopædia Universalis. Marcel Courthiade.

 Le Monde.

 

www.maitre-eolas.fr 

 

www.atelier-idees.org

 

Annie Keszey.  

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22:34 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rom, gens du voyage, tsigane, manouche, gitan, expulsion, populisme, politique sécuritaire | | |  Facebook

Commentaires

Je vous félicite pour votre paragraphe. c'est un vrai exercice d'écriture. Continuez .

Écrit par : MichelB | 13/08/2014

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