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19/04/2011

LA COLERE D'UN GRAND POLITIQUE:ROBERT BADINTER.

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Après la publication d’un sondage controversé de l’Institut Harris Interactive/ le Parisien, plaçant Marine Le PEN, de l’extrême droite, en tête du premier tour de l’élection présidentielle de 2012.

 

Je rappelle qu’il y a, en France, six millions de musulmans dont la plupart sont des citoyens français…Aujourd’hui on est arrivé à les isoler, à les stigmatiser, ou à faire en sorte qu’ils se ressentent comme tels. Et moi, ça me révolte ! A quoi tous ces colloques sur l’identité nationale et sur l’islam aboutissent-ils sinon à donner le sentiment à ces hommes et à ces femmes qu’ils sont mis à part. Une espèce de GHETTOISATION morale. C’est in-sup-por-table ! Et, il est temps d’en finir avec cela !...Alors que Mme Le Pen en tire profit, c’est évident. Le national-populisme triomphe à travers toute l’Europe. Mais qu’ici même on s’obstine, non.  Pensons à ces millions de personnes qui sont nos compatriotes, qui sont musulmans, tous ont le droit de vivre comme les autres et n’aspirent qu’à cela. Il y a une autre délinquance, dont une partie…et alors ? En quoi est-ce que cela concerne ces millions de citoyens français? Je rappelle que nous sommes une république LAIQUE. Je rappelle que nous sommes une république dans laquelle il ne doit y avoir AUCUNE DISCRIMINATION en fonction de la religion. Alors, assez! J’ai entendu, avec stupéfaction, parler de citoyens français d’origine musulmane. Vous imaginez ce que cela veut dire? Cela m’a ramené au moins soixante ans en arrière, quand il y avait des citoyens français ou non, d’origine juive. Assez avec ça, il faut en finir avec cette agitation!

Ce sondage a une double valeur. Il est un avertissement terrible pour la droite-je pense au colloque que certains veulent organiser-car tout ce qu’ils font dans ce domaine profitera en définitive à Mme Le Pen. Et il est un avertissement pour la gauche. Car, rappelons-nous, c’est la division de la gauche qui a entraîné la présence de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle…A la gauche de mesurer que les divisions, l’éclatement des candidatures, et je ne parle pas seulement  du Parti socialiste, c’est autant d’avantages pour Mme Le Pen.

Et l’on en connaît les fruits amers.

 

Extraits du 7-9 de France Inter du lundi 7 mars 2011, publiés dans la chronique de Franck Nouchi, dans le Monde du jeudi 10 mars 2011. Image : myislam.unblog.fr

 

 

03/04/2011

Une légitimation politique consternante du rejet des étrangers.

RETOUR SUR LE DEMANTELEMENT DE LA « JUNGLE » DES REFUGIES AFGHANS DE CALAIS, LE 22 SEPTEMBRE 2009.

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Quel sens a eu cette évacuation tant médiatisée, cette mise en spectacle de ceux qu’on désigne comme des « étrangers », en leur donnant l’apparence de la souillure, de la dégradation et d’une différence absolue associées à  leur rejet ?Un repère de sens à partir duquel le rejet des étrangers se trouve davantage légitimé et banalisé.

Plusieurs jours avant ce 22 septembre, une mise en scène dans les journaux et sur les écrans de télévision a préparé l’évacuation proprement dite : des mots et des images ont largement circulé, montrant un monde marginal, effrayant, le « crime organisé », les «mafias de passeurs », l’horreur de la misère. Les mots et les photos ont transmis l’image de gens « anormaux », dont il fallait se méfier, qu’il valait mieux tenir à l’écart, tenir éloignés. Le jour même de l’évacuation, un quotidien gratuit montrait sur une de ses photos, en très grand format, des Afghans installés à côté d’un tas de  détritus, celui-ci au premier plan.

En réalité, ces gens ne vivaient pas au milieu des détritus. Ils étaient dans des cabanes qu’ils arrangeaient du mieux qu’ils pouvaient, qu’ils rendaient même d’une certaine façon, habitables. Ils servaient le thé aux visiteurs, bavardaient, rangeaient sans cesse leurs abris, les tenaient propres, traçaient quelques allées et attendaient.

Symboliquement, le coup médiatique de l’évacuation de la « jungle » de Calais  a consisté à montrer l’expulsion des étrangers comme si elle avait été réalisée (d’autres photos les montraient, de dos, balluchon sur les épaules, comme s’ils étaient en partance…) Image d’une expulsion prétendument réussie d’étrangers dont on répète qu’ils sont en « situation irrégulière » et sur lesquels s’inscrit le mot « clandestin » en préjugeant d’une criminalité non prouvée. Il s’est agi de rendre réelle la fermeture des frontières et «l’éloignement » des étrangers dans le monde des images médiatiques où réel et fiction se superposent en permanence, et où se joue l’essentiel de la visibilité politique…

Or, 576 personnes étrangères étaient à Calais. 300 avaient quitté les lieux avant l’arrivée de la Police. Sur les 276 personnes évacuées, 140 ont été arrêtées, placées en centre de rétention et libérées par la justice pour défaut de procédure.

Une seule personne de Calais fut  renvoyée de force, par avion, vers Kaboul.

Le Ministre français de l’immigration et de  l’identité nationale, Eric Besson, fut critiqué par le gouvernement afghan, parce que cette personne évacuée ne pouvait se rendre dans sa région d’origine, considérée dangereuse.

Michel Agier est anthropologue, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et membre de l’Institut de recherche pour le développement. Il mène depuis dix ans des enquêtes sur les migrants et les réfugiés dans le monde. Le texte précédent, sur la « jungle » de Calais, est extrait de son livre « Le couloir des exilés », être étranger dans un monde commun, aux éditions du croquant. Face aux politiques de la peur, misérables et impuissantes, l’anthropologue  défend une cosmopolitique de l’hospitalité que l’atelier des idées exposera dans le texte prochain.

Annie Keszey