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18/06/2012

LA CATASTROPHE DU 6 MAI 2012.

Jean-François Kahn, journaliste et écrivain. Plon.
Triste mandat présidentiel achevé, triste campagne, triste résultat du 6 mai 2012. C’est un livre pessimiste quant au présent qui propose une autre organisation politique.
Extraits.

Spectacle burlesque (de l’UMP sarkozyste) : On prend cette direction ? Bravo chef ! On avance ? Formidable ! On recule ? Génial ! On sauve la Grèce ? Géant ! On la ruine ? Cruelle nécessité ! On ouvre ? Excellente stratégie ! On ferme ? Bonne tactique ! Il se gauchise ? Il a raison ! On s’extrême-droitise ? Il voit juste ! Le président commet une faute ? Bis ! Il la reconnaît ? Hourra ! Il est ce qu’il est ? Merveilleux ! Il affirme avoir totalement changé ? Splendide !


CATASTROPHE.jpg

Le débat entre les deux tours. On a prétendu que Hollande avait remporté le débat entre les deux tours, ce n’est pas exact. Les arguments sarkozystes furent plus marquants…d’où le resserrement du score. Mais à enfermer stupidement-parce que le mépris de l’autre constituait le ciment de son adoration de soi- son challenger dans son image de « capitaine pédalo » le président sortant prenait ce risque qu’il lui suffise de se montrer capable d’amener une péniche à bon port pour apparaître comme la réincarnation de l’amiral Nelson, ce n’est pas la normalité qui a gagné, c’est l’ubris (hubris) qui a perdu…

Le débat d’idées. La guerre nécessite la propagande…Ainsi en est-il du débat électoral en France. Les signes ne trompent pas : on constitue des « commandos de riposte ». Débats d’idées ? Les débateurs deviennent des « snipers » placés en embuscade pour faire feu sur tout ce qui bouge en face. Débat d’idées ? On consacre plus d’énergie à démolir l’adversaire qu’à étayer ses propres propositions. On s’échange, non plus des arguments, mais des balles en forme de « tweets »…
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La victoire.
« Ah, les pauvres !
Ils croient qu’ils ont gagné.
Qu’on a viré de bord parce qu’on a viré le chef de bord.
Que la mutinerie contre un capitaine schizo vaut consensus sur le cap qui permettra d’éviter les récifs.
Douce illusion : on a dit qu’on jetait, pas qu’on prenait. On a éliminé, on n’a rien déterminé.
On a éjecté et ils imaginent qu’on a acheté.
On a dégagé le sortant et ils pensent qu’on s’est engagé en faveur de l’entrant.
Notre majorité, notre courte majorité, a dit «stop », « ça suffit », « on ne peut plus continuer comme ça », « il est temps de tourner la page !». Hélas, elle n’a dit que cela. Elle n’a rien dit d’autre. Qu’aurait-elle pu dire d’ailleurs ?
Alors, s’il vous plaît, dans la nuit du 6 mai, on a fêté quoi exactement ?
Demain, Marine Le Pen ?
Car, qui désormais peut l’exclure ?...
Le président sortant nous laisse en héritage une petite bombe à retardement. La gauche l’y a aidé qui a enrichi l’uranium…

La catastrophe du 6 mai ?
C’est le clan Sarkozyste et son gourou qui subiront le premier choc, et surtout le plus brutal. Trop de lèches humiliantes pour qu’au lâchage programmé ne succède pas un lynchage de désinhibition.
Qui, fût-ce parmi ses proches, Sarkozy n’a pas piétiné, lacéré, déchiqueté ?...

La seconde catastrophe, c’est la droite UMP tout entière qui devra l’affronter ou plutôt la subir…
Comment une droite libérale, individualiste, diverse, a-t-elle pu à ce point s’engouffrer, s’enfourner même, dans un nombril, se laisser convertir au culte d’un Sarko nouvel Amon-Râ d’une république pharaonique?
Cette acceptation d’une cannibalisation anthropophagique par un petit ogre qui, se prenant pour Kronos, n’en entreprit pas moins de dévorer les uns après les autres ses enfants, confina au délire.
La droite était-et est- riche de la pluralité et souvent de la pertinence de ses voix. Elle se transforma en une simple chambre d’écho. Elle ne parla plus puisque le « verbe » incarné s’était arrogé le monopole de la parole. Elle récita, elle ânonna. Et, réduite à cette répétition, elle aboya.
Encore ses aboiements, sous le label « d’éléments de langage » furent-ils préenregistrés…
Car, ce qui va se payer, à droite et au centre droit, de crises de foie, d’estomac et d’intestins carabinées, c’est qu’on a tout ingurgité et son contraire, le pour puis le contre, le blanc et le noir, le zig et le zag…

Catastrophes : celle que les écologistes ont subie s’apparente à un tsunami du  réel…D’un côté, la droite plombée par l’unicité d’un ego hypertrophié, de l’autre, des écolos ravagés par l’hypertrophique démultiplication de leurs egos browniens. Narcissisme monarchique contre narcissisme anarchique…

La contre- performance Bayrou : l’égocentrisme, le ravissant plaisir que l’on prend à être ce que l’on est, le surplomb élitiste par rapport au socle militant, les trop intelligentes habiletés politiciennes ont, hélas, contribué à  subvertir un syncrétisme rare de talent, de courage et de lucidité…

Le véritable choix. Aujourd’hui, le véritable choix est sans doute celui-là : entre la nécessité d’imaginer, d’anticiper, de construire  un autre modèle économico-social que celui qui conduit à une conflagration ou la fatalité du grand saut en arrière. Dynamiser des convergences qui rendent possibles le meilleur pour éviter des convergences qui nous conduiraient fatalement au pire. Parce que le scrutin du 6 mai laisse tous les choix ouverts, qu’il rend possibles, sinon probables les convergences pour le pire, sans créer les conditions d’une convergence pour le meilleur, on ne peut que le qualifier de catastrophique…

Des convergences salvatrices. Le thème de « l’union nationale » est flatteur, mais purement phraséologique, surtout si on prétend en « exclure les extrêmes », ce qui revient à contredire ce qu’on appelle de ses vœux…A ce concept passe partout et impropre (d’autant qu’il favorise les extrêmes comme en Autriche et en Suisse), il fallait substituer celui de « convergences créatrices », c’est-à-dire la fédération, autour d’un projet refondateur et novateur de redressement (et de rectification), de toutes celles et tous ceux, d’où qu’ils proviennent, qui entendent y apporter leur pierre…
Le chapitre 4 développe cette nouvelle organisation politique.

Marine Le Pen. Il ne fallait pas abandonner à Marine Le Pen le quasi-monopole de l’évocation des thématiques qui éveillent les émotions parce qu’elles touchent à des vécus : sécurité, émigration, identité, laïcité, actualité des valeurs intemporelles. Ici, l’impasse confine au déni. La dérobade à une capitulation.
Il n’y a pas, d’un côté, le choix de la rigueur gestionnaire, et, de l’autre celui de la révolution salvatrice : mais l’acceptation ou la reconnaissance de la double nécessité d’une rigueur gestionnaire et d’une révolution salvatrice, ceci ouvrant sur cela, et le mouvement ouvrant sur cela intégrant l’acquis de ceci…
www.atelier-idees.org
Annie Keszey.

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