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21/03/2016

Un jugement expérimenté, sévère et juste sur la LOI d'actualité.

Jacques Julliard, écrivain et éditorialiste, nous livre, dans le numéro 988 de Marianne, son point de vue synthétique sur la loi « Hollande, Valls, Macron », abritée derrière le bouclier féminin, souriant : El Khomri.

Loi-El-Khomri-2016a.jpgExtraits de « La France au miroir de ses branquignols » : les positions des uns et des autres.

Le gouvernement joue sur cette réforme la fin du quinquennat Hollande. A supposer que la loi soit votée, il ne sera pas, dans le laps de temps dont il dispose, le bénéficiaire de la réforme ; mais un succès symbolique redresserait sérieusement son image, tandis qu’un échec en rase campagne rendrait difficile, pour ne pas dire impossible, une nouvelle candidature de Hollande.

L’opposition de droite, qui a aujourd’hui le culot de reprocher au pouvoir son manque de fermeté, ne saurait faire oublier qu’ayant exercé la totalité du pouvoir pendant dix ans (2002-2012) elle n’a rigoureusement rien fait contre le chômage et pour l’amélioration du marché de l’emploi. La remarque est aussi valable pour le Medef. La surenchère de la droite n’est pas seulement indécente elle relève du comique...

L’opposition de gauche...On se demande toujours si le PS connaîtra une scission, mais moralement elle a déjà eu lieu. La faiblesse intrinsèque de ces frondeurs, pris entre l’arbre et l’écorce, tient à leur inconsistance intellectuelle. C’est une tribu délirante éblouie de ses propres paradoxes, qui assure qu’il suffit de taxer davantage les entreprises pour créer des emplois, d’endetter davantage l’Etat pour redresser l’économie, et de surveiller davantage les gendarmes pour attraper les voleurs...

Les syndicats « non-réformistes » (CGT, FO, UNEF)...Leur programme se résume en une formule : à bas l’abolition du statu quo !...En termes d’astronomie, cette mouvance syndicale est « un trou noir », dont il ne ressort rien de ce qui vient s’y abîmer. En termes marins, c’est la mer des Sargasses ou le triangle des Bermudes, je ne sais, c’est-à-dire le degré zéro dans l’art de la navigation : en termes philosophiques, c’est l’illustration de cette pensée du grand Gaston Bachelard : « Le crabe ne pince pas pour vivre, mais il vit pour pincer. »

La CFDT, avec Laurent Berger...Je crois pouvoir avancer que la CFDT a été dans cette conjoncture le seul acteur social qui ne se soit pas comporté en chien de Pavlov, et qui a exploité la situation pour amorcer quelques mutations sociales essentielles dans la lutte à long terme contre le chômage, comme le primat de la négociation sur la loi, ou encore le compte personnel d’activité...

Le peuple français lui-même, et d’abord la masse des salariés, qui a vu dans le projet gouvernemental une menace pour la stabilité de l’emploi et un encouragement à la précarité : la nouvelle version du projet devrait apaiser une partie des craintes. Il faut dire que le pouvoir, qui a fait de l’improvisation, de la pagaille et de l’incommunicabilité la marque propre du quinquennat en cours, s’est, cette fois-ci, surpassé. Une démocratie sans leadership, c’est un peuple déboussolé. Il ne reste plus guère qu’un an avant qu’un éventuel changement de boussole ne nous fasse regretter la pétaudière actuelle.

Image : www.crise-economique.net

Annie Keszey.

 

10:30 Publié dans ECONOMIE, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : loi el khomri, hollande, valls, jacques julliard, marianne, cfdt, frondeurs | | |  Facebook

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