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21/12/2014

ACHEVONS LE MAMMOUTH.

Extrait de l’éditorial de Jacques Julliard. Marianne n° 921. 

 

En vérité, l’histoire sera beaucoup plus sévère pour le bilan éducatif de François Hollande que pour son bilan économique…

 

Il est temps de donner le coup de grâce à un mammouth engoncé dans sa graisse, mais toujours aussi malfaisant : le ministère de l’Education nationale. Il faut le soustraire aux aléas politiques, aux plans de carrière des ministres, à l’arrogance administrative, à la stérilité intellectuelle, à l’alibi pédagogique. Il faut raser la forteresse de la rue de Grenelle, et lui substituer un Haut-Commissariat à l’éducation et à la recherche rattaché directement au Premier ministre, et animé par une grande personnalité nommée pour cinq ans, à l’abri du microcosme politicien. Aux formes près, c’est de cette façon que pendant près de cinq années Jules Ferry et sa phalange  de grands esprits républicains, nourris de culture et de désintéressement, ont fondé notre école. Avec pour programmes de répondre aux urgences (la lutte contre l’illettrisme, la revalorisation financière et morale de la fonction enseignante, la réforme en profondeur du premier cycle de l’enseignement supérieur)   et renouer avec la largeur de vues de la mystique républicaine… 

 

Quelle urgence, en effet ! 

 

Annie Keszey

 

04/12/2014

UN SERPENT DE MER QUI SE MORD LA QUEUE. LA NOTATION SUR 20.

LA NOTATION DES ELEVES.

Les 3 ministres PS successifs de l’Education nationale, Vincent Peillon, l’agrégé, Benoît Hamon, l’étoile filante et Najat Vallaud- Belkacem qu’il faudra évaluer, ont négligé le cœur malade du Système, pour jouer à la périphérie : rythmes scolaires, ABCD de l’égalité, notation sur 20.  

La sortie du système éducatif de 120 000 élèves environ, sans diplôme, chaque année, (à part le brevet pour certains), est le premier sujet d’étude,  un autre est l’inégalité des chances scolaires : sujets honteusement occultés !  

Les notes sur 20 attribuées aux élèves ne sont majoritairement ni objectives, ni utlles. Elles portent en elles le désordre des programmes officiels, l’insuffisante formation de certains professeurs et l’idéologie, en survie, d’acteurs rétrogrades, faite d’élitisme, de concurrence et de bienveillance … envers  l’inégalité des chances : n’en déplaise à Luc Ferry !  

Le sujet de la notation revient dans l’actualité, à partir d’une étude du Conseil supérieur des programmes - le CSP-  mis en place par Vincent Peillon, instance consultative de 3 députés, 3 sénateurs, 2 représentants du Conseil économique, social et environnemental et 10 personnalités qualifiées. Le ministère de l’Education nationale adresse au CSP des lettres de commande.  

Le CSP a souhaité  répondre à une ancienne et grave question : comment faire pour que l’évaluation scolaire ne soit plus cet instrument de tri au service d’un système élitiste, mais le moyen de faire progresser les élèves sans les casser ? 

Le CSP propose la suppression des notes qui ne sont ni neutres, ni objectives, ni bienveillantes avec certains élèves qu’elles stigmatisent, la suppression des moyennes et des coefficients. Un élève ne peut pas racheter sa faiblesse dans une discipline par sa force dans une autre. Un élève fort en mathématiques et faible en sport n’est pas un élève moyen. Aucune compétence ou connaissance n’est plus importante qu’une autre. 

Ce refus de compenser, par le CSP, montre des ambitions très élevées. Le socle, ce n’est pas une culture au rabais, c’est la meilleure pour tous. 

M Michel Lussault, président du CSP, docteur en géographie urbaine, président de l’institut français de l’éducation, propose bien sûr de réaliser plusieurs évaluations de connaissances et de compétences, au collège, mais pas plus de cinq par an, parce qu’il faut en finir avec la course à l’armement en matière d’évaluation. Moins on en fait, plus elles sont de qualité. 

Ces épreuves du bloc de compétences du socle commun et autres épreuves nouvelles prépareraient à un brevet transformé, en fin de 3ème. 

D’autres systèmes d’évaluation utilisent des codages spécifiques, les lettres, les couleurs, les dessins, dans la majorité des écoles élémentaires, par exemple ou dans des pays étrangers. Ils ne répondent nullement à la révolution attendue !  

Aucune révolution de la notation ne pourra réussir cependant sans une refonte prioritaire des programmes scolaires. Le CSP s’y attelle désormais. La rigueur généralisée des matières, leur adaptation aux évolutions, la clarté de leur rédaction, la  transdisciplinarité, le respect, nouveau, de la curiosité et de la créativité des élèves, la publication des méthodes d’apprentissage sont, en particulier, à considérer. 

«  L’enseignement conventionnel avec son apprentissage par cœur, ses concepts artificiellement segmentés et ses programmes uniques visant à une évaluation trop étroite, ne sont clairement pas adaptés…Alors que ce monde de plus en plus interactif a désespérément besoin de cerveaux, de précurseurs, de rassemblement, l’école continue de décourager et d’exclure. .. »*   

Une formation obligatoire à la docimologie  des personnels de l’Education  non encore formés, peut contourner les méfaits de la concurrence et des humiliations liés à la note et atteindre une objectivité, juste. Les professeurs les plus compétents de l’Education nationale savent déjà limiter les effets négatifs de la notation. 

Les recherches en docimologie du professeur Laugier en 1930, sur des copies de l’agrégation d’histoire, montrent qu’un même candidat classé avant dernier par un professeur et éliminé, fut classé second par un autre professeur à partir de la même copie ! 

Des recherches de 1932, 1975 et d’aujourd’hui, confirment la non- fiabilité des notes, la double correction est aussi illusoire, un professeur qui note une même copie déjà corrigée par lui-même plusieurs années auparavant, avec le même barème précis, ne met pas la même note et l’écart est…sidérant !

Le  site www.cahiers-pedagogiques.com développe ces recherches  certes déstabilisatrices  mais éclairantes. 

Des élèves et des parents affrontent trop souvent des pratiques professorales subjectives et incompétentes qui faussent les notes mais qu’ils n’osent ou ne peuvent dénoncer : 

  • Les contrôles «surprises » sévissent  dans l’impunité. Ils ont peu de chances d’être réussis par les élèves, mais sont notés !

  • Des dictées non préparées avec plusieurs mots nouveaux, inconnus, sont aussi notées. Echec programmé !

  • Des contrôles portent sur des notions non-apprises ou non-comprises en classe, d’autres sur ce que l’élève devrait savoir depuis les années antérieures…

  • Les leçons sont dictées en classe, alors que des livres bien faits existent. Les textes écrits par les élèves ne sont pas corrigés. Les erreurs, par excès de rapidité, sont apprises par cœur, restituées en contrôle et retirent donc des points ! De plus, cette passivité de l’élève lors des discours magistraux est une perte de temps. Parfois, c’est pire, il faut prendre des notes, très vite, en seconde par exemple, pour apprendre à prendre des notes ! La méthode est rarement exposée par le professeur ou se limite à l’apprentissage de mots « abrégés ».

  • Les barèmes de notation ne sont pas donnés aux élèves, alors qu’ils doivent l’être, avant l’épreuve, même en rédaction et la notation sur 20 devient davantage encore un jeu de hasard exacerbé, le monopole du maître.

  • Les contrôles portent sur des contenus aux longueurs immaîtrisables ou à l’abstraction excessive mais doivent se dérouler en des temps limités. Le professeur stresse en égrenant le temps qui passe, comme dans un départ de course.

  • Des consignes imparfaites, mal rédigées, ambigües ou vagues empêchent des réponses justes.  Or, ces professeurs se sentent rarement responsables des notes de leurs élèves.

  • Les élèves doivent préparer parfois plusieurs sujets importants dans des disciplines  différentes, pour un même jour, les professeurs n’harmonisant pas leurs demandes : c’est impossible.

  • Certains devoirs du soir, par leur complexité, sont vecteurs d’inégalité  quand il n’y a pas un professeur de cours particuliers à la maison ou une famille apte à l’aide…

    L’énumération  est incomplète!

    Aucun système d’évaluation nouveau ne sera pertinent dans un tel contexte pédagogiquement faible. (La pédagogie n’est dépréciée que par ceux qui ne la connaissent pas.)

    Salman Khan*, après Harvard et le MIT (Massachusetts Institute of Technology), a fondé la plus grande école du monde, la « Khan Academy » qui compte des millions d’élèves. Il connaît le principe de l’évaluation traditionnelle qu’il n’applique pas…

    « Les évaluations mesurent approximativement la mémoire d’un élève et éventuellement sa compréhension sur quelques notions d’un sujet plus vaste et ce à un moment donné ». Les écoles ont tendance à utiliser les contrôles comme mesure du potentiel ou des capacités des élèves, et ce, non seulement lors d’évaluations nationales mais également à l’occasion d’interrogations spontanées parfois mal conçues….Ce que nous faisons alors-très efficacement- c’est cataloguer les élèves, leur coller une étiquette, les définir et bien souvent limiter leurs perspectives…

    Soyons clairs : je ne suis pas un « anti-évaluations ». Elles peuvent constituer des outils précieux pour identifier des lacunes à combler…Il faut toutefois conserver une bonne dose d’esprit critique lorsqu’on analyse les résultats d’un contrôle, même extrêmement bien conçu. Car ils ne sont finalement que des  créations humaines imparfaites…

    Le plus troublant est que le système de notation s’attache à évincer les gens créatifs qui pensent différemment, ceux qui seraient le plus à même de contribuer de façon positive à un domaine donné…La vérité est qu’en sciences ou en ingénierie les découvertes majeures sont le fruit d’une grande intuition et d’une grande créativité…

    J’éliminerais les notes. Dans un système fondé sur la pédagogie de la maîtrise, elles n’ont pas leur place. Les élèves n’avancent individuellement qu’une fois la notion parfaitement maîtrisée et un zéro faute obtenu aux tests des dix questions d’affilée (ou une version améliorée). Puisque personne n’est poussé en avant, ni laissé en arrière, tant que ce degré de maîtrise n’est pas atteint, la seule note possible, pour tous, est le maximum : 20 (ou A, ou…)

    Salman Khan,  dans L’Education réinventée aux Editions JC Lattès nous propose une école profondément pensée, adaptée à notre présent, grande comme le monde, dont pourraient s’inspirer les réformateurs de l’Education nationale. Quelques titres de chapitres précisent l’ouvrage : La pédagogie de la maîtrise- Evaluer les évaluations- la question des devoirs- L‘avenir des bulletins de notes- Favoriser les plus défavorisés- les diplômes de demain- A quoi ressemblera l’Université-Donner du temps à la créativité…

    Dans la Khan Academy, la notation n’est plus un serpent de mer. 

    Annie Keszey.

    www.atelier-idees.org

    www.rupture-et-metamorphose.org

    www.notreputeaux.com

     

     

     

     

     

 

09/09/2014

LETTRE A LA MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE.

Madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale.  

Madame la ministre, ne parlez pas pour ne rien dire sur certains sujets permanents, au cœur du système éducatif, comme l’ont fait vos nombreux prédécesseurs pendant un demi-siècle, au moins. 

Le journal Le Monde du 2/09/2014 publie un entretien avec vous dans lequel vous dîtes en particulier «… Je souhaite à chaque enseignant de se retrouver dans une équipe harmonieuse au sein de laquelle pourra être mené un vrai travail collectif que je crois essentiel à la qualité de l’enseignement. Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation, les ESPE sont d’ailleurs un bon outil pour cela, outil que nous allons encore perfectionner… » 

 

Or, il n’y aucun travail d’équipe au sein de la quasi-totalité des collèges publics.

 

Les professeurs se réunissent officiellement quatre fois par an : le jour de la pré-rentrée pour l’organisation générale et lors des conseils de classe de chacun des trois  trimestres pour évaluer les élèves. 

Le travail en équipe, officiel, supposerait des locaux adaptés, une planification des séances de travail disciplinaires ou pluridisciplinaires dans les emplois du temps  de chaque année et un transfert interne de moyens financiers. Ces conditions sont inexistantes.  

En 1966, l’Institut pédagogique national avait créé un statut commun spécial pour les enseignants du nouveau collège expérimental audiovisuel de Marly-Le-Roi, dans les Yvelines, indépendamment de la diversité de leurs titres. Ils enseignaient pendant quinze heures  et travaillaient trois heures obligatoires, en équipe, chaque semaine. La diminution des heures de cours (sauf pour les rares agrégés) évitait le refus du travail d’équipe par les professeurs, de plus volontaires pour l’expérience. 

Chacun des six bâtiments en forme de trèfles, réunis par des galeries couvertes, contenait trois salles de classe donnant sur un forum de réunion. Deux téléviseurs équipaient chaque classe. Un bâtiment central, relié aux autres bâtiments, contenait un studio intégré, en circuit fermé, de réalisation d’émissions pédagogiques audiovisuelles, une cantine moderne en libre-service, divers bureaux, des salles de cours spécialisées et un nombre suffisant de salles, pour les réunions de professeurs, équipées chacune d’un téléviseur et d’une imprimante. Les classes hétérogènes de chaque niveau étaient alignées pour la plupart des disciplines et recevaient  la  même progression à partir des mêmes cours établis collectivement par les professeurs. Les contrôles, identiques, étaient faits en même temps et des groupes homogènes, selon les résultats, pouvaient fonctionner temporairement : groupes de soutien ou d’extensions. Après les cours, les professeurs critiquaient ensemble leurs supports, leur pédagogie et  préparaient les documents, améliorés, pour l’année suivante. 

Ce collège, aux locaux neufs, a été rapidement désaffecté, en 1980, puis a brûlé; Une opération immobilière lucrative l’a remplacé… Un autre collège public, sans travail d’équipe, a été construit sur un terrain parallèle. Les archives de ces nombreux travaux pédagogiques concertés restent introuvables !

 

Dans les années 1990/2000, le principal du collège ordinaire de Chambourcy, dans les Yvelines, a prévu, dans l’emploi du temps, des réunions hebdomadaires possibles d’une heure pour les professeurs de chaque discipline et de chaque niveau.  Cette heure-là ne devait en aucun cas  « détériorer » les emplois du temps individuels. Afin de convaincre les professeurs, traditionnels, de renoncer à leur liberté pédagogique, une compensation financière, même symbolique, leur a été attribuée : une demi-heure payée pour une heure de travail. Ce temps était « pris » sur la dotation horaire globale, ce qui n’était absolument pas prévu par l’institution. Le principal avait informé de son initiative le ministre de l’Education nationale de l’époque: il n’est pas intervenu. Le principal suivant a mis fin au travail en équipe, il est vrai que sa prévision, complexe, dans l’emploi du temps, allonge le temps passé pour celui qui le construit, diminuant d’autant les vacances de ce fonctionnaire-cadre, le principal d’ailleurs dans ce collège sans adjoint. 

 

Madame la ministre, concrétisez le travail en équipe des enseignants. 

 

Et puis réglez définitivement les anomalies persistantes ! 

  • Contrôlez .l’application des directives sur le poids des cartables afin d’éviter les maux de dos.

  • Rappelez aux responsables la nécessité de respecter les règles de l’hygiène dans les toilettes des établissements scolaires afin d’éviter aux élèves diverses maladies connues.

  • Garantissez le temps scolaire. Ni Vincent Peillon, ni Benoît Hamon n’ont empêché la perte de cours, illégitime, dès la rentrée scolaire. Les principaux étalent cette rentrée, sans raison. De nombreuses classes de 4èmeet de 3ème n’ont commencé la classe que le mercredi  3/09 ! Supprimez le brevet. Il ne sert à rien.  De nombreux rapports sérieux de l’Education nationale le démontrent. Ainsi tous les élèves pourront-ils travailler jusqu’à la dernière heure de l’année scolaire!

     

    L’essentiel reste pour vous la lutte contre l’échec scolaire, mais concrètement réussie. Opposez-vous, par des décisions pertinentes, aux sorties massives d’élèves, sans diplômes, du système éducatif!

     

    Bien sûr, ce n’est pas « tout » !

     

    Hiérarchisez vos objectifs, au cœur du système à réformer et évaluez vos résultats : ce sera nouveau.

     

    Bon courage Madame la ministre.

    Annie Keszey.