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15/05/2012

LA METAMORPHOSE ECONOMIQUE ET POLITIQUE D'EDGAR MORIN.

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Il faut dépasser les insuffisances et carences de l’idée de réforme et de révolution dans la notion de métamorphose qui combine conservation et transformation.

La crise que nous vivons n’est pas seulement économique, c’est une crise de civilisation. Un Président doit être capable d’indiquer les directions de salut public pour que la France retrouve son rôle d’éclaireur. On ne peut rétablir confiance et espérance que si l’on indique une voie nouvelle, pas seulement la promesse de sortir de la crise, mais de changer la logique dominante. Par une confluence de réformes multiples, il faut remettre la France en mouvement, faire confiance aux capacités créatrices des citoyens…Je souhaiterais que François Hollande réponde à ce que disait Beethoven dans son dernier quatuor : «  Est-ce possible ? Oui, il faut montrer que c’est possible… »
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Une grande politique économique comporterait selon moi la suppression de la toute- puissance  de la finance  spéculative tout en sauvegardant le caractère concurrentiel du marché : comme je l’ai dit, le dépassement de l’alternative croissance-décroissance en déterminant ce qui doit croître: une économie plurielle, comportant le développement d’une économie verte, de l’économie sociale et solidaire, du commerce équitable,  de l’économie de convivialité, de l’agriculture fermière et biologique, de l’entreprise citoyenne. Mais aussi ce qui doit décroître: l’économie créatrice de besoins artificiels, du futile, du jetable, du nuisible, du gaspillage, du destructeur. Ne faut-il pas envisager une grande politique de la consommation, qui inciterait les consommateurs à s’éclairer sur les produits et mènerait une action  éducative sur les intoxications et addictions consuméristes, ce qui, favorisant la qualité des produits, favoriserait la qualité de la vie et la santé des personnes ? Ne faudrait-il pas prohiber les multiples produits soit jetables, soit à obsolescence programmée ce qui favoriserait les artisanats de réparation ?

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Ne faut-il pas envisager une grande politique de ré-humanisation des villes qui veillerait à opérer la dé-ségrégation sociale, à ceinturer les villes-parkings pour y favoriser les transports publics et la piétonisation, et favoriser la réinstallation des commerces de proximité ? Une nouvelle politique pour la France rurale ne devrait-elle pas être promue, qui ferait régresser l’agriculture et l’élevage industrialisés devenant nocifs pour les sols, les eaux, les consommateurs, et progresser l’agriculture fermière et bio ? Elle revitaliserait les campagnes en les repeuplant d’une nouvelle paysannerie en y réimplantant bureaux de poste et dispensaires locaux et elle inciterait à réinstaller dans les villages  boulangeries-épiceries-buvettes. Elle instaurerait l’autonomie vivrière dont nous aurions besoin en cas de grave crise internationale…

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Je pense que toute pensée politique doit se formuler à partir d’un diagnostic pertinent du moment de l’ère planétaire que nous vivons, y concevoir une voie de salut, et y situer une politique française. Je pense qu’il faut dépasser les insuffisances et carences de l’idée de réforme et de révolution dans la notion de « métamorphose » qui combine conservation et transformation.

Extrait du « grand entretien », journal Le Monde du 5/05/2012. L’intégralité de l’entretien est accessible sur Lemonde.fr
Images : Maria Vittoria Benatti- pixeljoint.com- Surélévation de la tour AXA à La Défense- Vladimir Kush
www.atelier-idees.org Annie Keszey.

15/01/2012

UN AVENIR ECONOMIQUE AU-DESSUS DES CLIVAGES POLITIQUES.

 

La France a rompu avec le modèle économique qui a prévalu pendant les Trente Glorieuses pour se tourner vers un modèle libéral-financier.

Elle doit maintenant faire le chemin inverse. Vers  un avenir libéral-financier  qui ne correspond pas à son identité, elle perdra toujours face aux Etats-Unis et à la Grande Bretagne. Elle ne concurrencera  jamais la City. Son adaptation  à un modèle commercial-industriel, (vers lequel tous les pays d’avenir  se tournent), qui ne renie pas sa spécificité qu’est l’art de vivre, est plus facile et souhaitable. Vraiment, il est temps de choisir.

 

Jean-Louis Beffa, Président d’honneur de la Compagnie de Saint-Gobain et coprésident du Centre Cournot pour la recherche en économie publie « La France doit choisir », 286 pages, au Seuil.

Le site: www.saint-gobain.fr rappelle sa carrière.

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C’est donc un Grand Patron français qui expose, avec une rare rigueur, la complexité économique du monde et définit plusieurs scénarios d’avenir pour le France et l’Europe, pour n’en défendre qu’un.

Au lecteur ordinaire, il transmet d’abord une méthode très structurée d’interrogation, valable pour tous les modèles économiques:

Pour repérer les effets économiques de la mondialisation et pour distinguer les 4 grands modèles économiques actuels, il faut discerner les 2 types d’entreprises dominants, reconnaître les 2 modèles du rôle des actionnaires, les 3 types d’innovation des entreprises, les 3 attitudes possibles des Etats, les 3 sortes de relations sociales, les 3 conceptions des relations entre les Etats et les entreprises. L’analyse du modèle français d’aujourd’hui permet de prévoir 4 avenirs possibles : la poursuite aveugle de l’orthodoxie libérale, voulue par Nicolas Sarkozy et le MDEF, le dirigisme teinté de « baba-coolisme » dur et interventionniste de Jean-Luc Mélenchon, le déclin dû aux hésitations et absence de choix politiques actuels et la solution, proposée par Jean-Louis Beffa, d’un nouveau pacte national.

 

Au sein de l’évolution de l’environnement concurrentiel des firmes occidentales, la nature du métier d’une entreprise est devenue un critère de gestion essentiel. Il convient à ce titre de  distinguer les

 « métiers mondiaux » des « métiers régionaux ».Les métiers mondiaux sont ceux où la production d’un pays donné est en concurrence directe avec les productions d’un autre pays même lointain (mémoires électroniques, logiciels informatiques transmis par satellite ou  réseaux optiques à grande vitesse)…Dans ce type de métiers, les entreprises doivent, pour maintenir leur avantage concurrentiel, disposer, en permanence d’un niveau de technologie élevé, d’inventivité et de service au client supérieur à celui de leur concurrentes . Elles réalisent l’essentiel de leur effort de recherche et de développement sur leur territoire national, pour préserver aussi leurs secrets industriels. Elles exportent à l’extérieur une part importante de leur production. Telle est la stratégie d’entreprises comme Siemens en Allemagne ou Toyota au Japon.

Les métiers régionaux sont ceux où les concurrents, au contraire, se situent à une faible distance dans un même pays ou un pays voisin et disposent du même coût de travail et du même coût d’énergie.

Certaines firmes à métier régional, dont Saint-Gobain, se mondialisent et inévitablement, le marché d’origine pèse de moins en moins dans le chiffre d’affaires global de ces sociétés.

Internet est une incroyable machine à mondialiser les métiers régionaux, dans le secteur des biens culturels, par exemple.

La nouvelle donne économique ne fera qu’accentuer la disparité entre ces deux catégories d’entreprises.

Aujourd’hui l’économie n’est plus définie par l’affrontement entre le capital et le travail, mais par la bataille entre les Etats pour les ressources rares. Dans cette optique, le nerf de la guerre se trouve pour chaque état dans ses industries nationales exportatrices. C’est par trois choix politiques qu’un état délimite les moyens d’action pour former des champions nationaux: le rôle des actionnaires, l’innovation des entreprises, les relations sociales.

1.

Le rôle des actionnaires.

Dans le modèle de la primauté actionnariale, typique de l’idéologie libérale, les dirigeants (conseil d’administration et direction générale) doivent gérer l’entreprise dans l’intérêt exclusif des actionnaires. Cette position se retrouve dans les pays anglo-saxons, en Europe  et en France. Elle favorise la déstabilisation des entreprises par des actionnaires activistes, vise à empêcher tout acte de défense émanant du conseil d’administration lors d’offres publiques d’achat hostiles…Cette idéologie actionnariale participe d’une déconnexion entre économie financière et économie réelle : elle est défendue par les instances européennes et nationales et par la City de Londres qui gagne de l’argent sur toutes les opérations financières qui affaiblissent les entreprises. L’actionnariat familial cependant vise plus la pérennité de l’entreprise que sa rentabilité maximale (Bouygues, l’Oréal…). La primauté  donnée à l’actionnariat ne va pas sans risque.

 

Le modèle de l’intérêt partagé.

L’intérêt social. Les sociétés et leurs dirigeants agissent en tenant compte de tous les ayants-droit de l’entreprise, salariés et environnement économique compris. Il facilite une gestion responsable et transparente qui prend en compte le long terme.

La cogestion. Elle est surtout présente en Allemagne. C’est le modèle le plus avancé de la participation des salariés aux décisions de l’entreprise. Les représentants des salariés siègent en tant que tels au conseil d’administration de l’entreprise. La négociation collective et la cogestion recherchent un consensus.

Si un état considère le solde positif de son commerce extérieur comme un des objectifs indispensables à sa politique économique, il doit rééquilibrer la balance entre les actionnaires d’une part,  les gestionnaires d’autre part (et les salariés).

2.

L’Etat et l’innovation des entreprises. Pour rester en situation de leadership, les entreprises doivent maintenir coûte que coûte leur avance technologique, contrainte essentielle dans les métiers mondiaux. Dans une typologie des systèmes d’innovation, le système de marché, le système dirigé par l’entreprise, le système public-privé, c’est ce dernier que l’on observe en France et en Allemagne, avec des différences notables. En France, l’interaction entre le public et le privé manque d’efficacité.

L’action de l’Etat dans la promotion de l’innovation, devrait être continue et cohérente dans ses choix, c’est-à-dire mettre en œuvre un véritable modèle économique. Or, la France est incertaine, changeante, quant à son modèle économique.

3.

Les relations sociales.

Le modèle coopératif allemand et japonais développe un fort lien d’appartenance entre le salarié spécialisé et la firme dans laquelle il évolue. En France, il ne concernerait que 40% des salariés.

Le modèle de la dominante professionnelle qui s’est développé avec l’apparition de professions extrêmement qualifiées donne aux détenteurs de compétences, les traders, par exemple, de véritables rentes de situation et un excellent rapport de force avec les employeurs. Les plus importants salaires  des banques françaises  sont 428 fois plus élevés, en 2006, que le salaire brut moyen. En France, ce modèle concernerait 10% des salariés du privé.

Le troisième modèle, celui de la flexibilité du marché prévaut dans toutes les entreprises qui emploient des personnes peu qualifiées. En  matière  de protection sociale, ce modèle est inférieur aux autres : mobilité, variabilité des horaires, masse de chômeurs, faible syndicalisation. Ce modèle  est  devenu dominant en France puisqu’il concerne 50% des salariés.

4.

Le  rôle  des Etats.

Dans l’approche  libérale, la législation du travail est fondée sur le contrat de travail lequel peut être rompu à tout moment, selon des modalités définies, sans recours pour le salarié. Cette approche coexiste aux Etats-Unis avec d’autres secteurs très protégés par les syndicats. L’approche réglementaire, en France par exemple, inspire largement des textes législatifs : l’Etat reste le pivot des relations sociales dans la mesure où les partenaires sociaux n’ont pas une tradition de négociation.

Le modèle coopératif, allemand, par exemple, dans la cogestion, donne aux syndicats un droit à l’information sur la stratégie des firmes, un droit de consultation et de décision.

5.

Les modèles économiques des Etats.

Jean-Louis Beffa décrit quatre modèles: le libéral-financier (pays anglo-saxons, Etats-Unis), le commercial-industriel (Allemagne, Japon, Chine), le rentier (Les Emirats arabes unis, l’Arabie Saoudite)  et l’autocentré sur la demande interne (Brésil, Inde).

L’indécision et l’inconstance historique  française quant à son modèle mérite réflexion.

Le Général de Gaulle, à partir de 1958, Georges Pompidou avaient défendu un modèle commercial-industriel dont la politique s’inscrivit dans ELF, la CEA, Areva, EDF, Airbus, Ariane, la SNECMA, le TGV…

Raymond Barre d’abord, puis Pierre Bérégovoy sous la présidence socialiste de François Mitterrand, ont impulsé la transition vers le modèle libéral-financier dans les années 1990, poursuivie sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

[ Jean-Louis Beffa ne cite ni Dominique Strauss-Kahn, ni Lionel Jospin, ni Martine Aubry qui n’ont nullement inversé cette tendance dans les années 2000, années de croissance, pendant lesquelles la puissance publique n’a pas équilibré les dépenses et les recettes, n’a pas réindustrialisé].

Le changement de modèle, plus  idéologique que savant, a marqué les réglementations nationales et inspiré les doctrines des régulateurs de marchés financiers.

L’ouverture aux mouvements de capitaux étrangers s’est accompagnée d’un alignement du comportement des gestionnaires de l’épargne française sur les idéologies élaborées à Wall Street et à Londres. Sous ces influences un profond changement de la gouvernance s’est mis en place dans les entreprises du CAC 40, en particulier. Les groupes diversifiés ont éclaté en groupes monométiers lesquels ont la préférence des investisseurs anglo-saxons. La Compagnie Générale d’Electricité, CGE,  s’est éparpillée (Alcatel, Alstom Nexans…). Siemens, en Allemagne, concurrent de la CGE, solide et diversifié, s’est maintenu. La compagnie générale de radiologie du groupe Thomson a été vendue au groupe Général Electrics et la France ne dispose plus d’une seule entreprise de rang mondial dans le domaine des appareils médicaux. Siemens vient de renforcer son secteur médical.

Le mouvement de l’association des travailleurs à la gouvernance de l’entreprise, la cogestion  lancés par le Général de Gaulle ont disparu. La gouvernance des entreprises vise la primauté de l’actionnariat et le système des stocks-options influence les dirigeants en alignant leurs intérêts sur ceux des actionnaires.

Le régime du modèle libéral- financier a favorisé en France une déconnexion croissante entre les intérêts du pays tels qu’ils sont incarnés par les entreprises des métiers mondiaux et les entreprises leaders françaises centrées sur des métiers régionaux, entreprises qui se développent très bien aussi à l’étranger.

Cette scission, profonde est alarmante. Elle se traduit par une séparation de la France industrielle en deux secteurs : l’un multirégional et prospère, l’autre exportateur et en difficulté de compétitivité. C’est bien l’acceptation de la primauté de l’actionnaire qui est à l’origine de la désindustrialisation française et du déficit croissant du commerce extérieur.

Le primat de la concurrence vive, libre et non faussée, les charges accrues imposées aux entreprises pour l’amélioration de l’environnement, la protection excessive du consommateur, les augmentations irréalistes des salaires ont également dégradé la compétitivité française.

L’Etat, autrefois incitateur, est devenu inerte. Sans vision industrielle à long terme il a assujetti la France aux forces du marché. Nicolas Sarkozy devenu Président a mis fin immédiatement à l’Agence de l’Innovation industrielle créée par Jacques Chirac.

 

La France doit faire un choix quant à son modèle économique et quant à son rapport au travail, à partir d’un scénario raisonnable et réaliste : celui d’un nouveau pacte national. Il faut renforcer les acquis essentiel de l’art de vivre français et développer les industries du luxe, des loisirs, de la gastronomie de qualité, des activités culturelles par une vision plus organisée et plus industrielle du secteur. Il faut valoriser les entreprises productrices d’énergies nouvelles, économiser les énergies, mettre fin à la primauté de l’actionnaire pour des stratégies de long terme et stabiliser le capital des entreprises. Les producteurs ne doivent plus être pénalisés par des mesures disproportionnées en faveur des consommateurs : il leur faut créer des emplois compétitifs. La hausse des impôts est inévitable et l’effort doit être large. La pression fiscale sur les métiers mondiaux doit diminuer, parce qu’ils affrontent la concurrence. L’Etat doit définir le cadre général des stratégies industrielles mais ne pas gérer à la place des entrepreneurs. L’association directe des syndicats est indispensable à la réussite du changement.

Renforcer la coopération avec l’Afrique serait, positivement, s’opposer aux futurs monopoles de la Chine et des Etats-Unis, déjà présents.

L’ABANDON DU MODELE LIBERAL- FINANCIER POUR RECONSTRUIRE UN MODELE COMMERCIAL-INDUSTRIEL EST URGENT POUR LA FRANCE.

 

L’AVENIR DE L’EUROPE FAIT FACE A 2 POSSIBILITES :

-         L’EFFONDREMENT DE LA MONNAIE UNIQUE,

-         LE RENFORCEMENT DE L’INTEGRATION EUROPEENNE AUTOUR DE L’AXE FRANCO-ALLEMAND ET  UN NOUVEAU COMPROMIS AUTOUR DU MODELE COMMERCIAL-INDUSTRIEL.

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Image : www.saint-gobain.com

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Annie Keszey.

 

08/11/2011

Un Pouvoir amnésique: le déclin de l’Europe, pronostiqué en 2005.

Austérité et Majestic Barrière.

 

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Les Français et les Néerlandais, particulièrement ceux qui ont voté NON au référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen, refusaient et refusent le néolibéralisme sauvage, la cupidité et l’impunité des puissants, la concentration des richesses et les écarts sociaux de l’Union Européenne. La campagne référendaire avait été riche en avertissements de nombreux mouvements et associations, ignorés par les medias traditionnels, contre une constitution encore plus libérale que les précédents traités, privilégiant le marché, la concurrence, les banques et les grandes entreprises multinationales.

Une convention, en 2002, sous la présidence de Valérie Giscard d’Estaing, avait rédigé ce Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE), après, en particulier, l’instauration du système monétaire européen, de l’acte unique, du traité de Maastricht, du traité d’Amsterdam, de la banque centrale européenne pour mettre en place l’euro et du traité de Nice de 2000. Ce TCE  est un modèle abscons non modifiable de   principes et de procédures lourds et inadaptés. L’immobilité du traité s’ajoute à la rigidité de l’euro commun, piège « mortel », autant que le fut l’étalon-or, en l’absence d’un gouvernement économique européen ou fédéral chargé de gérer les écarts de compétitivité. Le vocabulaire utilisé, pernicieux, dévoile le risque : la constitution offre à ses citoyens « un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée ». Mais elle œuvre pour la justice, le développement durable et tend vers le plein emploi et la cohésion sociale.

En dehors de la concurrence obligatoire, le traité ne propose aucun engagement contraignant pour soutenir l’éducation, les prestations sociales, les services publics et l’emploi.

Les opposants  au TCE voulaient (et veulent) pour l’Europe, un modèle de réussite alternatif à celui des Etats-Unis, ultralibéral et à celui de la Chine, autoritaire. L’Europe du « bien commun » attendue est sociale, juste, écologique, démocratique et égalitaire. Elle s’oppose aux objectifs des élites : accaparer  les richesses pour elles-mêmes au détriment du salariat, détruire la démocratie et briser l’état. Cette Europe des élites est celle de la droite politique, en France,  mais, de plus, pourrait devenir celle des sociaux- démocrates devenus sociaux-libéraux depuis François Mitterrand ! Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Delors ont défendu le OUI à la Constitution malgré son danger. Les députés européens socialistes ont fait des contre-propositions, DSK a présenté un important rapport, sans succès. Même inquiets, ces derniers ont voté « oui ».

Nicolas Sarkozy a cassé la décision populaire majoritaire par le traité de Lisbonne.

L’exigence complexe, lucide et pertinente des opposants au référendum était une voie pour détourner l’Europe de son déclin et de son impuissance d’aujourd’hui.

Il fallait, disaient-ils, rétablir la justice entre les revenus du capital et ceux du travail, devenir une économie de la connaissance, pour favoriser la croissance en développant la recherche et en la structurant au niveau européen, concentrer les moyens, d’abord, sur ceux qui en avaient le plus besoin en investissant fortement dans la petite enfance et les banlieues défavorisées, assurer des parcours professionnels sécurisés, se doter d’une vraie politique industrielle et de l’emploi avec de grands projets à la clé, permettre la constitution de grands groupes européens capables d’exceller au niveau mondial. La concurrence fiscale et la concurrence sociale étaient démontrées incompatibles avec le modèle européen attendu et 66 régimes fiscaux déloyaux devaient être bannis. La progression de l’Europe supposait son autonomie énergétique, son indépendance dans le domaine de la Défense aux coûts partagés entre les états et une forte maîtrise de la communication et de l’information.

Bien sûr, l’écologie soutenait ce projet alternatif, (parce que le capitalisme est criminel pour l’environnement), avec une dimension nouvelle: celle de capital naturel.

Un secteur intouchable d’économies, pour le budget français en déséquilibre, avait animé les débats du moment : il fallait diminuer les dépenses militaires, disproportionnées, en veillant bien sûr à la réorientation, par la formation, des nombreux emplois publics du secteur.

Le livre de Susan George, politologue, européenne convaincue et altermondialiste experte « Nous, peuples d’Europe », publié en 2005 chez Fayard commente l’ensemble complet des propositions pour cette Europe radicalement différente.

Il y a 6 ans, Susan George savait que la débâcle surviendrait si une autre Volonté Politique Collective n’émergeait pas :

Aucune nation ne contrôle le mécanisme financier qui fait jouer la concurrence à l’échelle mondiale non seulement entre les productions et les salaires, mais aussi entre les systèmes sociaux. Cette mondialisation ne respecte aucune règle, sauf celles de la rentabilité. Elle approfondit les inégalités et détruit l’environnement. Elle bouleverse les identités culturelles et brime les nations surtout les plus faibles. Elle favorise l’émergence d’ensembles internationaux ou nationaux géants, capables de se concurrencer et d’imposer leur loi au reste du monde.

Le mépris des faibles, la religion de l’argent et le refus de partager sont, à notre époque aussi barbares que l’étaient le colonialisme ou l’esclavage en d’autres temps, et, à terme, aussi destructeurs pour nous tous.

Aujourd’hui, en novembre 2011, la zone euro, menacée par ses dettes folles, s’enfonce dans la tourmente de l’impuissance d’un G20

L’économiste américain Paul Krugman, dans le New York Times du 25/10/2011, publié par Le Figaro, expose « la tragicomédie de la dette européenne ».  

Alors que les plans de sauvetage tombent à plat les uns après les autres, les élites économiques européennes-qui sont, est-ce possible?, encore plus prétentieuses et égocentriques que les élites américaines- continuent de se ridiculiser…Les européens avaient réussi à bâtir un système de paix et de démocratie et à édifier des sociétés qui pour être imparfaites sont probablement ce que l’humanité a fait de mieux... L’impuissance de l’Europe des « 17 » nait d’un cercle vicieux. Les investisseurs qui achètent de la dette italienne, par exemple, redoutent une banqueroute et imposent des taux d’intérêts très élevés, ce qui -mécaniquement- alourdit encore le service de la dette et rend le risque de faillite plus vraisemblable. Le sauvetage de l’euro pourrait passer par le Fonds Européen de Stabilité Financière qui, le cas échéant, prêterait suffisamment d’argent à l’Italie (et aux Etats suivants) pour qu’elle n’ait pas à emprunter à de tels taux. Mais ce FESF implique le soutien des principaux Etats européens obligés de faire des promesses crédibles aux yeux des investisseurs. Or, l’Italie appartient au cercle des puissants surendettés : comment pourrait-elle se sauver en se prêtant elle-même de l’argent ? De même, la France, par sa  contribution au fonds alourdirait sa propre dette !

La dette française, fin 2007, était de 1211 milliards d’euros, soit 64.2% du Produit Intérieur Brut. En avril 2011, elle atteignait 1646 milliards, 85% du PIB. Un rapport de la Cour des Comptes la prévoit à 90% du PIB en 2012. Les effets d’une crise sévère et une gestion politico-économique lente, faible et éphémère, malgré son effervescence formelle, sont les causes d’un tel trou.

Des sites nombreux analysent le contenu et l’évolution des dettes de l’Europe. Le site www.slate.fr met ces dettes en images pour tenter de les concrétiser et les comparer.

 

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La dette est un sujet rarement débattu dans les medias. Un nouveau site français, récent,

www.audit-citoyen.org, lié à d’autres sites européens, souhaite combler cette lacune. Le site s’appuie sur un constat : déléguer la responsabilité des budgets à des ministres conduit souvent à l’échec. Les connaissances sur la « fabrication » des dettes modifient les thèses politiques. Ainsi nous a-t-on expliqué que l’Allemagne acceptait d’être généreuse avec la Grèce : la réalité est moins abrupte. L’Allemagne, excédentaire, produit plus que sa population ne peut consommer, elle a donc besoin de vendre à des pays « déficitaires ». Que ferait-elle de ses surplus ? Il y a eu trop d’emprunts par les prodigues parce qu’il y a eu trop de prêts par les prudents…Les ajustements ne concernent pas les seuls débiteurs !

La dette française actuelle, depuis 4 ans, a des responsables identifiables. Elle a, ce jour, une étrange utilité : en « affolant » le peuple, François Fillon, premier ministre, à la mine patibulaire de circonstance, sert plus facilement l’objectif du pouvoir conservateur de détruire l’Etat-providence en diminuant les prestations sociales au nom d’une nécessaire « rigueur* » (*élément du langage commun de l’UMP).

Mais les catégories moyennes et défavorisées des peuples européens ne sont pas naïves. La proposition de référendum de Papandréou, démocratique, pour la Grèce, n’avait d’autre but que d’apaiser la société grecque, révoltée de devoir « payer » à la place des coupables, en lui donnant la parole. Mario Draghi, quand il était Vice-Président de la banque Goldman Sachs, accepta le maquillage des comptes grecs, entrepris par le gouvernement conservateur, pour faciliter l’entrée dans la zone euro: il vient pourtant de succéder à Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne !

L’austérité renforcée a été imposée à la Grèce lors d’un G20 …de 33 chefs d’état dont le coût est évalué  à 28 millions d’euros (80 millions selon le Canard Enchaîné). Les deux nuits de Nicolas Sarkozy au Majestic de Cannes auraient coûté un minimum de 7000 €. Le bling-bling « Fouquet’s-Majestic-Barrière » est un mal chronique, provocateur.

Le plan de rigueur « Merkozy » n’envisage pas de relancer la croissance grecque. Daniel Cohn-Bendit, député européen, coprésident du groupe des Verts, travaille sur un ensemble de mesures  d’économies et de recettes nouvelles par solidarité avec le peuple grec afin de lui donner une perspective positive. Par exemple, il propose une refonte écologique du système agricole (en sachant que 70% des olives grecques sont manufacturées en Italie)… et une diminution de dépenses militaires consternantes. De même, l’alliance des députés européens démocrates et libéraux propose, dans la même intention, le projet « reset Greece».

Le plan d’austérité du Gouvernement, pour la France, est un ensemble de « rustines » aléatoires, le montage allemand pour l’Europe s’inscrit désespérément dans un univers néolibéral décadent.

De nombreux plans B s’élaborent pour proposer une alternative crédible européenne: repenser les rapports entre le capital et le travail, renforcer les fondements institutionnels et constitutionnels de l'Europe, redéfinir la place de l’Etat, produire un avenir dynamique, rassurant et juste.

L’atelier des idées tentera de différencier ces plans, très techniques et parfois contradictoires, pour les publier.

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.