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12/06/2013

REFAIRE L'EUROPE.

Yves Charles ZARKA, Jürgen HABERMAS, François HOLLANDE.


Refaire l’Europe, c’est passer de l’Europe économique néolibérale en faillite à une Europe politique, démocratique, des peuples. L’harmonisation entre les états et l’invention d’une souveraineté européenne équitable entre tous sont des obligations complexes, indispensables pour consolider, promouvoir et parfaire l’Union européenne.

Yves Charles ZARKA est professeur à la Sorbonne, chaire de philosophie politique.
Jürgen HABERMAS est un grand théoricien allemand en philosophie et sciences sociales.
Image : lesmotsontunsens.com


HIER. L’histoire limpide de la construction européenne d’après Yves Charles ZARKA.
L’idée européenne fut, au départ, politique. Elle visait à sauver l’Europe de l’affrontement qu’elle venait de connaître au cours de la seconde guerre mondiale. Il s’agissait de mettre fin aux guerres interétatiques dans l’espace européen. L’Europe s’était déchirée pendant des siècles, elle venait d’être le théâtre de la barbarie la plus extrême, la barbarie nazie. Mais cette dimension politique originaire est vite passée au second plan, à partir de la difficulté à thématiser les transferts de souveraineté. Les politiques  mirent donc au premier plan l’Union économique avec le marché commun, puis monétaire avec l’euro comme monnaie unique. On pensait ainsi faire progresser l’économie européenne sur le plan des échanges, de la circulation des biens et des personnes.
Pour deux raisons l’évolution de l’Europe économique vers l’Europe politique n’a pas eu lieu :
-    les institutions européennes ont été conçues et mises en place sans la participation des peuples qui se sont vus imposer une volonté hétéronome, administrative, bureaucratique, sans légitimité démocratique.
-    Les dérégulations successives de l’économie et surtout de la finance, réalisées dans les années 70, en particulier par Valéry Giscard d’Estaing, Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont rendu possible l’expansion sans limites du néolibéralisme. Le politique a perdu pied. Le néolibéralisme s’est mondialisé. L’économie et le système financier ont pris le pouvoir, un pouvoir antipolitique. Les états européens et autres y ont contribué. La croyance en la capacité d’auto- régulation d’un marché libéré de toute réglementation politique ou juridique est la principale cause du déplacement des lieux de pouvoir. Or le néolibéralisme a produit une crise qui a risqué de faire basculer dans le désastre l’économie du monde et s’est révélée totalement contraire à la démocratie. Si l’Union européenne s’effondre en raison de la crise financière dont la crise de la dette est une conséquence, c’est principalement à cause d’une faute politique partagée par les gouvernements de droite et de gauche…

AUJOURD’HUI. Les erreurs de gestion de la crise.
Jürgen HABERMAS.
Les gouvernements libéraux ne reposent pas moins sur les impôts que sur les votes. Ils doivent satisfaire de ce fait  aux exigences légales, infrastructurelles et fiscales nécessaires aux investissements rentables, de même qu’aux demandes civiles d’égalité, de liberté, de justice sociale et de sécurité des statuts, de distribution des services de première nécessité et des biens élémentaires. Il n’existe pas de mécanisme permettant d’assurer l’équilibre entre ces demandes concurrentielles, voire incompatibles, en temps de crise.
Le déséquilibre économique de l’Eurozone ne fera que s’aggraver dans l’avenir. Il ne pourra être éliminé qu’au moyen d’une harmonisation différenciée des politiques nationales, économiques, fiscales et sociales. Le gouvernement allemand a soutenu et obtenu, depuis 2011, un accord sur des politiques nationales individuelles d’austérité, sur des procédures communes de supervision, ainsi que la confection de mécanismes de sanction en cas de transgression. Mais l’accord souffre de trois défaillances majeures :
-    le diktat des politiques d’austérité est contre- productif au regard d’une reprise de contrôle politique sur les marchés financiers débridés,
-    l’idée d’un système à une règle unique pour tous ne s’accorde pas avec la nécessité d’établir des programmes publics différentiels, en fonction de niveaux de développement économiques différents, dans le contexte de cultures économiques différentes.
-    Le clair-obscur des pressions et des soumissions à contrecœur induit par le pacte « euro plus » du 25 mars 2011 nuit à la pertinence démocratique nécessaire.
-   
Yves Charles ZARKA.
Les décisions prises jusqu’à ce jour sont aveugles à la réalité de leurs effets. L’unique solution qui consiste à soumettre les populations à une austérité de plus en plus sévère produit l’effet inverse de l’effet attendu, c'est-à-dire, la récession, l’accroissement du chômage, la diminution des recettes fiscales, la perte de confiance des populations envers leurs dirigeants et l’apparition de mouvements sociaux parfois violents. La crainte de la démocratie par les dirigeants qui ne consultent pas les peuples est la matrice de tous les populismes. Les gouvernements ne comprennent pas ce qui se passe parce qu’ils pensent encore que le marché est un principe d’autorégulation et de vérité…
Le politique doit sortir de l’état de servilité et de délitement profond dans lequel il s’est mis lui-même. Il faut restaurer le domaine public et reprendre le pouvoir des mains du marché. La concurrence imposée aux travailleurs isole les individus et les rend vulnérables, un retour au collectif, aux biens et valeurs communes devient urgent…Fonder une Europe démocratique est incompatible avec ces affaiblissements coupables de la démocratie.
Les nations ne veulent pas se dissoudre dans un ensemble plus grand où elles ne se reconnaîtraient plus et perdraient la maîtrise de leur présent et de leur avenir.
Tant qu’on imaginera le partage de souveraineté comme une perte ou un transfert d’une part de la souveraineté nationale à une instance supranationale par délégation ou par subsidiarité, les problèmes persisteront… 

DEMAIN. L’Europe politique.
Jürgen HABERMAS.
Il faut donc repenser complètement le partage de souveraineté. Le partage ne se ferait pas entre les états qui composent l’Union, ni entre les deux étages états et Union selon des processus déjà connus dans le monde mais, pour la première fois, entre les peuples européens d’une part et les citoyens européens de l’autre. Le partage de souveraineté se ferait entre les mêmes sujets acteurs doublement citoyens et consultés différemment selon qu’ils le sont au niveau national ou au niveau européen. La volonté exprimée au niveau européen ne serait donc plus extérieure pour aucun européen et ce qui est perdu au niveau des états se retrouverait au niveau de l’Europe. Une organisation fine serait à construire, en particulier la mise en place d’un nouvel espace public commun de débats, de délibérations et de discussions dont la gestion ne saurait être confiée ni à des politiques, ni aux médias…
« Refaire le monde » aux éditions PUF approfondit cette proposition  politique et philosophique à partir de nombreuses autres contributions. Ce livre est offert à François Hollande.

François HOLLANDE. Conférence de presse du président de la République le16 mai 2013.
Un début d’espoir. François Hollande dit passer à l’offensive, veut sortir l’Europe de sa torpeur et la France souhaite être un trait d’union entre les états du nord et ceux du sud, évolution unificatrice pacifique. Son opposition à la doctrine du « tout-austérité » de Bruxelles est  affirmée parce que c’est un échec. Il reprend une proposition ancienne de Pierre Bérégovoy, celle d’un gouvernement économique de la zone euro, autour d’un véritable président nommé pour une durée longue…il harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social, par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale…Le président a exprimé sa volonté de favoriser l’emploi des jeunes, au niveau européen aussi et de concrétiser une communauté européenne de l’énergie. Le président envisage l’éventualité d’une union politique européenne et c’est, enfin, le titre remarquable d’un projet. Mais aucune précision n’est encore donnée sur la nature, le contenu de ce projet qui demande une sérieuse réflexion et de nombreux débats pour dépasser la proposition allemande classique de fédéralisme et de transferts de souveraineté. Peu de points financiers ont été abordés mais il s’agissait aussi de rétablir, en Europe, un climat coopératif adouci. L’euroscepticisme reste le risque majeur.
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16/05/2013

Les reflets français en Espagne.

Du 28 avril au 15 mai 2013.

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L’Espagne est un miroir pour la France et inversement. Les faits politiques sont austères mais  les deux peuples, fraternellement lucides, contre les erreurs des gouvernants et les extrêmes passéistes, résistent à l’adversité.

Les espagnols sont informés par de multiples journaux nationaux dont El País et El Mundo et locaux, tel que El Diario de Mallorca, par exemple.

La corruption.
Le titre de l’éditorial du Diario de Mallorca du 28 avril 2013 est simple : « Il n’y a qu’à mettre fin aux privilèges et aux corruptions ».
« La crise économique brutale que nous subissons coïncide avec un déclin moral de la société qui nous conduit toujours plus vers l’abîme. Il n’y a pas un jour sans un nouveau cas de corruption, le problème qui préoccupe le plus les espagnols après le chômage. Dans l’épicentre de cette préoccupation se situent les politiques représentés par une caste, qui pour défendre ses privilèges, paraît se détacher de toute solution qui allégerait la charge que supporte l’Espagne.
Ce pays a besoin d’un sursaut des consciences, sans aucun doute. Mais pour y arriver, il faut que les mêmes partis qui contribuèrent à asseoir les bases de la corruption soient disposés à s’en détacher pour restituer le prestige des institutions et redonner confiance au peuple dans le système.
Sans éthique ni jeu clair, il sera plus difficile d’avancer et il deviendra impossible d’exiger des citoyens les efforts et les sacrifices nécessaires pour sortir du bourbier où nous nous trouvons.
Le journaliste publie ensuite des extraits de l’essai urgent et passionné d’Antonio Muñoz Molina qui préconise une simplification des structures politiques, empilées et redondantes, nationales, régionales, locales, atypiques, sources d’un gaspillage insensé qui explique l’énormité de la dette publique.
Une corruption majeure reste celle du gendre du roi d’Espagne, duc de Palma, Iñaki Urdangarin mis en examen pour détournement de fonds publics et fraude fiscale dans l’affaire Noos, structure événementielle. L’institut Noos reçut, par exemple, 3.5 millions d’euros publics de la communauté valenciana pour financer trois éditions de Valenciana Summit et préparer des jeux européens qui n’eurent jamais lieu. Le gouvernement des Baléares versa 2.3 millions d’euros publics à Noos pour organiser deux éditions du forum des Iles Baléares …Sommes exorbitantes. Les contrats auraient été signés à la Zarzuela et à Marivent, demeures de la royauté. La mise en examen de Madame Urdangarin, Cristina de Borbón y Grecia, seconde fille du roi, a été suspendue par la justice estimant ne pas posséder assez de preuves de son implication dans la corruption de son époux. La presse a commenté la sagesse de la justice ou, au contraire, a dénoncé l’injustice de la tolérance envers les puissants.
Le « fiscal » Pedro Harrach qui a impulsé les principales investigations sur la corruption aux Baléares, dont l’affaire Noos, proteste contre les obstacles nombreux rencontrés dans son travail, provoqués par le PP, Parti populaire, de droite et du centre, conservateur et libéral. Le PP, représenté par Mariano Rajoy est le principal parti politique au pouvoir.
Le second cas de corruption dévoilé le 8 mai et soumis à investigations est celui du PP qui aurait utilisé de l’argent opaque, échappant à la fiscalité, pour distribuer des enveloppes d’argent à certains de ses dirigeants. La double hypothèse formulée par la justice est celle de financement illégal d’un parti et de fraude fiscale. Le trésorier concerné a dû remettre son passeport aux autorités afin de ne pouvoir fuir : il aurait transformé des dotations nominales de fonds, au-dessus de la limite légale, en dons anonymes fractionnés en valeurs inférieures.
Le PP est aussi interrogé quant à des compléments financiers qu’il aurait versés à José Maria Aznar après son investiture en 1996, malgré l’interdiction législative.
Le 2 mai, le parlement des Baléares a été saisi pour analyser les montants financiers énormes, publics, dépensés par des ex-conseillères socialistes, en pleine crise économique, de 2008 à 2011, pour organiser la manifestation festive annuelle de la Diada qui remercie les volontaires de la protection civile. L’utilité consistant à offrir des billets d’avion à quelques 500 participants pour Ibiza, alors qu’ils vivent majoritairement à Majorque, n’est pas évidente.
A Orihuela, localité de la province d’Alicante, 4 des derniers maires sur 7 depuis 1979, ont dû répondre de faits de corruption et, en ce mois de mai 2013, 4 des 11 conseillers du PP local sont interrogés par la justice.
L’Espagne s’intéresse à la corruption française. Ana Teruel, journaliste espagnole à Paris reprend des informations de l’hebdomadaire Le Point sur l’achat d’un appartement de 7 millions d’euros par le fils aîné de Laurent Fabius, interdit de casinos, condamné il y a deux ans pour abus de confiance et qui n’a pas de gains déclarés. Ce prix dépasse de 1 million d’euros  la déclaration récente des biens du ministre Laurent Fabius. Le Ministère des Finances ne jugerait pas utile de demander à Tracfin, l’agence étatique d’information financière, une investigation sur ce fait!

L’économie.
Le chômage concerne 25% de la population active.
29 910 espagnols ont émigré vers l’Europe en 2012, 45% de plus qu’en 2011.
L’économie souterraine représente 19.2% du PIB.

La politique.
L’action du chef du gouvernement, Premier ministre, Mariano Rajoy est contestée par le parti d’opposition, le PSOE, Parti socialiste ouvrier Espagnol, mais aussi par le PP, parti de la majorité au pouvoir, dont la présidente demande une réforme radicale de l’Etat: réduction de l’administration, révision des structures, simplifications, développement de l’investissement au détriment de la rente… Le Président du gouvernement est interpellé quant à son manque de vision d’avenir et à l’insuffisance des mesures prises pour enrayer le chômage. Il ne lutte pas efficacement contre les gaspillages. Le gouvernement envisage un accroissement de l’austérité par de nouveaux impôts sur les alcools, le tabac, les hydrocarbures, l’IVA (TVA), les sociétés, les atteintes à l’environnement…
Mariano Rajoy et le leader du PSOE, Alfredo Pérez Rubalcaba, ont confronté cependant leurs pactes respectifs au sein du Congrès pour tenter de composer un front commun de mesures contre la crise économique et pour la création d’emplois. La droite serait disposée à aboutir à des accords avec la gauche mais doit encore perdre son arrogance, selon la gauche. Cette pratique s’apparente à une récente proposition de Jean Louis Borloo, en France, de définir un programme commun plutôt qu’un gouvernement d’union nationale.
La question du cumul d’une activité professionnelle avec un mandat politique est posée régulièrement. En ce début de mai 2013, le cas de José Ramón Bauzá, Président du gouvernement des Baléares, propriétaire d’une pharmacie, est controversé.

Le peuple. La société.
Beaucoup d’Espagnols rencontrent des difficultés économiques et souffrent de la déliquescence morale des élites qui ne les représentent pas. Le mal-être est diffus.
Le mouvement des Indignés s’est reconstitué le 15 mai, à Madrid, Puerta del Sol, et dans de nombreuses autres villes. Les participants entrent en rébellion  contre les partis et les institutions. Un nouveau mot apparaît dans les manifestations « el escrache » qui porte en lui les idées de rupture, de destruction, de violences.
Des grèves et manifestations très importantes ont contraint le gouvernement à renoncer à une nouvelle loi sur le système éducatif.
L’Espagne est divisée en deux par le débat sur la proposition de révision de la loi sur l’avortement. Les femmes qui ont avorté en dehors des conditions légales, réformées, ne devraient plus être concernées par la prison ou les amendes. Des mesures précises s’appliqueraient aux fœtus frappés par un handicap, ce qui déclenche la colère des Ultras qui dénaturent l’intention. L’église, statique, reste la principale opposante à cette proposition de loi. Le débat houleux et contradictoire, excessif,  sur ce sujet, ressemble aux débats français récents sur « le mariage pour tous ». Les politiques et les associations demandent un débat élargi et les sociologues tentent de clarifier les positions en classant les arguments entre ce qui est légal, scientifique, moral ou religieux.


L’Europe.
El Mundo du 2 mai, explique la montée des droites extrêmes européennes par le mécontentement social et la déroute économique qui sèment un extrémisme de désespoir. La recherche d’alliances entre les partis extrêmes européens menace l’Europe : ainsi Marine Le Pen aurait-elle rencontré le hollandais Geert Wilders pour constater ensemble qu’ils étaient d’accord sur 90% des sujets dont l’immigration. Sinistre symbiose.
El Pais du 3 mai publie une analyse de Joschka Fischer, ex ministre allemand des Verts, sur le danger qui pèse sur l’Union européenne. Il critique les obligations d’austérité et de restructurations imposées par l’Allemagne aux Etats européens en difficulté et souligne l’incroyable incompétence de la troïka (la commission européenne, la banque centrale européenne et le FMI) dans le traitement de la crise de Chypre. L’avenir d’une Europe forte suppose une union politique, financièrement solidaire quant aux dettes, ce qui suppose des abandons de souveraineté. L’Allemagne et la France sont-elles prêtes ? La crise est une crise de leadership politique. Les décisions nationales sont bien sûr en partie responsables des difficultés européennes. Si la prochaine campagne électorale allemande se taisait sur l’Europe, comme la campagne présidentielle française l’a fait récemment, alors que des mesures urgentes peuvent seules sauver l’Europe, ce serait alors convertir la démocratie en une farce…
El Pais du 8 mai relaie la demande du Congrès Juif mondial, réuni à Budapest, faite à l’Europe, d’agir contre les partis politiques d’extrême droite.
Dans El Pais du 10 mai, la parole est donnée à Alain Juppé. Il affirme que cultiver une attitude antiallemande est irresponsable et pense que la dichotomie entre l’austérité et la croissance est un faux débat. Il faut mettre les comptes en ordre pour ouvrir la voie à la croissance. Il reconnait et déplore les dérives extrémistes de la gauche, de la droite et de Nicolas Sarkozy en fin de mandat.
Dans le Diario de Mallorca du 8 mai, un titre est en français : Hollande, la débâcle du « président normal ». Eugenio Fuentes écrit que c’est le président le plus mal noté après un an de mandat : 75% de mécontents. Les chiffres record du chômage, la chute du PIB, l’incapacité à réduire les déficits servent la montée des droites extrêmes du parti de Nicolas Sarkozy et de l’extrême droite. De plus, François Hollande n’a pas réussi à initier une politique de croissance en Europe même si Angela Merkel consent à un assouplissement des mesures d’austérité. Le jugement sur l’action de l’actuel président ne pourra être formulé avec exactitude cependant qu’en fin de mandat.

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Annie Keszey

16:26 Publié dans EUROPE, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, espagne, europe, corruption, dette, chômage, hollande, le pen, extrême droite | | |  Facebook

19/03/2013

DEMOCRATIE PRATIQUE ET THEORIQUE.

Définir une nouvelle démocratie locale pour les élections municipales de 2014, suppose préalablement, en cette année 2013, un certain tour pratique et théorique de la question.


DEMOCRATIE PRATIQUE. CONSEIL DE L’EUROPE: ELoGE.

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ELoGE est le label européen d’excellence en matière de gouvernance. Il récompense une stratégie pour l’innovation et la bonne gouvernance au niveau local. Douze principes rédigés par le Conseil de l’Europe sont à respecter. En 2011, 13 collectivités de Bulgarie ont obtenu le label et en 2012, 4 collectivités de Norvège. Ces collectivités ont reçu un dodécaèdre en cristal. Chaque principe est complété par plusieurs indicateurs et une grille d’évaluation en 5 catégories de 0 à 4, chacune évaluant le niveau de maturité de la municipalité par rapport au principe. Les principes soumis à évaluations sont les suivants : Des élections régulières, une représentation et une participation justes- la réactivité- l’efficience et l’efficacité- l’ouverture et la transparence- l’Etat de Droit- un comportement éthique- les compétences et les capacités- l’innovation et l’ouverture d’esprit face au changement- la durabilité et l’orientation à long terme- une gestion financière saine- les droits de l’homme, la diversité culturelle et la cohésion sociale- l’obligation de rendre des comptes.
Le premier principe, comme tous les autres comporte plusieurs indicateurs tel que, par exemple : la composition de l’organe élu est représentative de la composition de la commune. Un indicateur du principe éthique est, autre exemple : dans ma commune, tous les habitants bénéficient du même traitement quelles que soient leurs relations personnelles avec les administrateurs et les fonctionnaires.
Le label se fonde sur une application de la démocratie représentative traditionnelle, évidemment, mais avec la volonté de rectifier toutes les dérives, les impasses, les imperfections connues.
Pour participer à cette recherche d’excellence gestionnaire, il faut s’inscrire et suivre la procédure prévue.
Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe propose d’autres évaluations approfondies des politiques de participation des citoyens au niveau local. La recommandation CM/Rec (2009) 2, du Comité des ministres aux Etats membres sur l’évaluation, l’audit et le suivi de la participation et des politiques de participation aux niveaux local et régional est une des plus complètes. Elle recommande et définit les propriétés du logiciel CLEAR. Le texte complet est accessible sur le site www.coe.int

DEMOCRATIE THEORIQUE. LE SCANDALE PERMANENT. Daniel Bensaïd*.


Suite de la précédente publication : Qu’est-ce donc qu’une démocratie, je vous prie?
…A moins d’imaginer les conditions spatiales et temporelles d’une démocratie immédiate au sens strict-sans médiations- permettant que le peuple soit en permanence assemblé, ou encore une procédure de tirage au sort par laquelle l’élu serait censé remplir une fonction sans être investi d’un mandat ni représenter personne, la délégation et la représentation sont inévitables. C’est vrai dans une cité, c’est vrai dans un parti, c’est vrai dans un syndicat. Plutôt que de nier le problème, mieux vaut donc le prendre à bras-le-corps et chercher les modes de représentation garantissant le meilleur contrôle des mandants sur les mandataires et limitant la professionnalisation du pouvoir…
Le nombre n’a rien à voir avec la vérité. Il n’a jamais valeur de preuve. Le fait majoritaire, peut, par convention, clore une controverse. Mais l’appel reste toujours ouvert. De la minorité du jour contre la majorité du jour, du lendemain contre le présent, de la légitimité contre la légalité, de la morale contre le droit. L’alternative radicale au principe majoritaire qui n’est qu’un pis-aller, c’est le tirage au sort. Il n’est pas surprenant que l’idée ressurgisse, fut-ce sous forme mythique, comme symptôme de la crise des institutions démocratiques actuelles. Rancière* en fournit l’argument le plus précieux. L’absence de titre à gouverner, écrit-il « là est le trouble le plus profond signifié par le mot démocratie » : car la démocratie « c’est le bon plaisir du dieu du hasard », le scandale d’une supériorité fondée sur aucun autre principe que l’absence de supériorité. Le tirage au sort est alors la conclusion logique. Il a certes des inconvénients mais ils seraient moindres, à tout prendre que le gouvernement par la compétence, le brigue et l’intrigue : « le bon gouvernement est le gouvernement des égaux qui ne veulent pas gouverner »…
A l’aventureuse hypothèse selon laquelle, la politique n’étant pas un métier, la somme des incompétences individuelles ferait en démocratie une compétence collective, Lippmann oppose une lucidité sceptique : « il n’existe pas l’ombre d’une raison de penser, comme le font les démocrates mystiques, que la somme des ignorances individuelles puisse produire une force continue capable de diriger les affaires publiques. » Puisqu’il est impossible à chacun de s’intéresser à tout, l’idéal serait donc que dans un litige, les parties directement intéressées trouvent un accord, l’expérience « de celui qui est dans la partie » étant fondamentalement différente de celle de celui qui n’en est pas. La conclusion qui s’imposait, pour Lippmann, était que l’idéal démocratique ne pouvait aboutir, par excès d’ambition, qu’à la désillusion et à la dérive vers des formes d’ingérence tyranniques. Il fallait donc « remettre le public à sa place », au double sens du terme, le rappeler à son devoir de modestie et « l’asseoir dans les gradins »…
Contrairement à une tradition qui voulut voir dans la majorité la manifestation immanente d’une sagesse divine, Lippmann soutient quant à lui une conception désacralisée et minimaliste du suffrage. Le vote n’y est même plus l’expression d’une opinion, mais une simple promesse à un candidat. En cohérence avec l’idée que l’électeur n’est compétent que sur ce qui le concerne personnellement. Lippmann radicalise ainsi le principe de délégation jusqu’à l’acceptation théorisée d’une extrême professionnalisation- et monopolisation- du pouvoir politique. C’est-à-dire un retour de fait à une conception oligarchique…
Rancière parle de « scandale démocratique ». En quoi la démocratie peut-elle être scandaleuse ? Précisément parce qu’elle doit, pour survivre, aller toujours plus loin, transgresser en permanence ses formes instituées, bousculer l’horizon de l’universel, mettre l’égalité à l’épreuve de la liberté. Parce qu’elle brouille sans cesse le partage incertain du politique et du social et conteste pied à pied les atteintes de la propriété privée et les empiétements de l’Etat contre l’espace public et les biens communs. Parce qu’enfin elle doit chercher à étendre en permanence et dans tous les domaines l’accès à la légalité et à la citoyenneté. Elle n’est donc elle-même que si elle est scandaleuse jusqu’au bout…
Daniel Bensaïd est professeur de philosophie à l’Université Paris VIII Saint-Denis.
Jacques Rancière est professeur émérite de cette même université.
Walter Lippmann est écrivain.
www.atelier-idees.org
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Annie Keszey