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19/03/2013

DEMOCRATIE PRATIQUE ET THEORIQUE.

Définir une nouvelle démocratie locale pour les élections municipales de 2014, suppose préalablement, en cette année 2013, un certain tour pratique et théorique de la question.


DEMOCRATIE PRATIQUE. CONSEIL DE L’EUROPE: ELoGE.

dodécaèdre.jpg
ELoGE est le label européen d’excellence en matière de gouvernance. Il récompense une stratégie pour l’innovation et la bonne gouvernance au niveau local. Douze principes rédigés par le Conseil de l’Europe sont à respecter. En 2011, 13 collectivités de Bulgarie ont obtenu le label et en 2012, 4 collectivités de Norvège. Ces collectivités ont reçu un dodécaèdre en cristal. Chaque principe est complété par plusieurs indicateurs et une grille d’évaluation en 5 catégories de 0 à 4, chacune évaluant le niveau de maturité de la municipalité par rapport au principe. Les principes soumis à évaluations sont les suivants : Des élections régulières, une représentation et une participation justes- la réactivité- l’efficience et l’efficacité- l’ouverture et la transparence- l’Etat de Droit- un comportement éthique- les compétences et les capacités- l’innovation et l’ouverture d’esprit face au changement- la durabilité et l’orientation à long terme- une gestion financière saine- les droits de l’homme, la diversité culturelle et la cohésion sociale- l’obligation de rendre des comptes.
Le premier principe, comme tous les autres comporte plusieurs indicateurs tel que, par exemple : la composition de l’organe élu est représentative de la composition de la commune. Un indicateur du principe éthique est, autre exemple : dans ma commune, tous les habitants bénéficient du même traitement quelles que soient leurs relations personnelles avec les administrateurs et les fonctionnaires.
Le label se fonde sur une application de la démocratie représentative traditionnelle, évidemment, mais avec la volonté de rectifier toutes les dérives, les impasses, les imperfections connues.
Pour participer à cette recherche d’excellence gestionnaire, il faut s’inscrire et suivre la procédure prévue.
Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe propose d’autres évaluations approfondies des politiques de participation des citoyens au niveau local. La recommandation CM/Rec (2009) 2, du Comité des ministres aux Etats membres sur l’évaluation, l’audit et le suivi de la participation et des politiques de participation aux niveaux local et régional est une des plus complètes. Elle recommande et définit les propriétés du logiciel CLEAR. Le texte complet est accessible sur le site www.coe.int

DEMOCRATIE THEORIQUE. LE SCANDALE PERMANENT. Daniel Bensaïd*.


Suite de la précédente publication : Qu’est-ce donc qu’une démocratie, je vous prie?
…A moins d’imaginer les conditions spatiales et temporelles d’une démocratie immédiate au sens strict-sans médiations- permettant que le peuple soit en permanence assemblé, ou encore une procédure de tirage au sort par laquelle l’élu serait censé remplir une fonction sans être investi d’un mandat ni représenter personne, la délégation et la représentation sont inévitables. C’est vrai dans une cité, c’est vrai dans un parti, c’est vrai dans un syndicat. Plutôt que de nier le problème, mieux vaut donc le prendre à bras-le-corps et chercher les modes de représentation garantissant le meilleur contrôle des mandants sur les mandataires et limitant la professionnalisation du pouvoir…
Le nombre n’a rien à voir avec la vérité. Il n’a jamais valeur de preuve. Le fait majoritaire, peut, par convention, clore une controverse. Mais l’appel reste toujours ouvert. De la minorité du jour contre la majorité du jour, du lendemain contre le présent, de la légitimité contre la légalité, de la morale contre le droit. L’alternative radicale au principe majoritaire qui n’est qu’un pis-aller, c’est le tirage au sort. Il n’est pas surprenant que l’idée ressurgisse, fut-ce sous forme mythique, comme symptôme de la crise des institutions démocratiques actuelles. Rancière* en fournit l’argument le plus précieux. L’absence de titre à gouverner, écrit-il « là est le trouble le plus profond signifié par le mot démocratie » : car la démocratie « c’est le bon plaisir du dieu du hasard », le scandale d’une supériorité fondée sur aucun autre principe que l’absence de supériorité. Le tirage au sort est alors la conclusion logique. Il a certes des inconvénients mais ils seraient moindres, à tout prendre que le gouvernement par la compétence, le brigue et l’intrigue : « le bon gouvernement est le gouvernement des égaux qui ne veulent pas gouverner »…
A l’aventureuse hypothèse selon laquelle, la politique n’étant pas un métier, la somme des incompétences individuelles ferait en démocratie une compétence collective, Lippmann oppose une lucidité sceptique : « il n’existe pas l’ombre d’une raison de penser, comme le font les démocrates mystiques, que la somme des ignorances individuelles puisse produire une force continue capable de diriger les affaires publiques. » Puisqu’il est impossible à chacun de s’intéresser à tout, l’idéal serait donc que dans un litige, les parties directement intéressées trouvent un accord, l’expérience « de celui qui est dans la partie » étant fondamentalement différente de celle de celui qui n’en est pas. La conclusion qui s’imposait, pour Lippmann, était que l’idéal démocratique ne pouvait aboutir, par excès d’ambition, qu’à la désillusion et à la dérive vers des formes d’ingérence tyranniques. Il fallait donc « remettre le public à sa place », au double sens du terme, le rappeler à son devoir de modestie et « l’asseoir dans les gradins »…
Contrairement à une tradition qui voulut voir dans la majorité la manifestation immanente d’une sagesse divine, Lippmann soutient quant à lui une conception désacralisée et minimaliste du suffrage. Le vote n’y est même plus l’expression d’une opinion, mais une simple promesse à un candidat. En cohérence avec l’idée que l’électeur n’est compétent que sur ce qui le concerne personnellement. Lippmann radicalise ainsi le principe de délégation jusqu’à l’acceptation théorisée d’une extrême professionnalisation- et monopolisation- du pouvoir politique. C’est-à-dire un retour de fait à une conception oligarchique…
Rancière parle de « scandale démocratique ». En quoi la démocratie peut-elle être scandaleuse ? Précisément parce qu’elle doit, pour survivre, aller toujours plus loin, transgresser en permanence ses formes instituées, bousculer l’horizon de l’universel, mettre l’égalité à l’épreuve de la liberté. Parce qu’elle brouille sans cesse le partage incertain du politique et du social et conteste pied à pied les atteintes de la propriété privée et les empiétements de l’Etat contre l’espace public et les biens communs. Parce qu’enfin elle doit chercher à étendre en permanence et dans tous les domaines l’accès à la légalité et à la citoyenneté. Elle n’est donc elle-même que si elle est scandaleuse jusqu’au bout…
Daniel Bensaïd est professeur de philosophie à l’Université Paris VIII Saint-Denis.
Jacques Rancière est professeur émérite de cette même université.
Walter Lippmann est écrivain.
www.atelier-idees.org
www.notreputeaux.com
Annie Keszey

10/11/2012

LE MYTHE DE L'ISLAMISATION.

Essai sur une obsession collective.

islamisation.jpgDes mouvements, des associations, des politiques, des extrémistes paranoïaques partagent l’obsession collective de « l’islamisation ». Leur méthode de propagande criarde est une stratégie de méconnaissance. Nullement touchés par le « doute » philosophique, ils s’appuient sur des sources unilatérales d’informations convergentes, erronées, pour renforcer leur mythe d’une islamisation progressive et nuisible en  France, en Europe et dans le monde.
RAPHAEL LIOGIER, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, directeur de l’Observatoire religieux, déconstruit et réfute l’argumentaire constitutif de l’épouvantail de « l’islamisme ». Son essai, précis, concis, spécialisé, de 213 pages, ne peut être résumé. Quelques passages du texte sont publiés, ici, dans leur intégralité. Tous les sujets d’actualité récurrents utilisés par les diffuseurs de l’obsession collective du péril islamique sont analysés par l’auteur dans leur complexité, critiqués, contredits, stabilisés avec justesse par des preuves. L’auteur interroge avec une lucidité experte et paisible les thèmes paranoïaques : chiffres de la terreur, bombe démographique, jihad nataliste, déferlement migratoire et conversions, pataphysique et idéologies de la conspiration, interprétation délirante des apparences, esprit de conquête et prises de territoire, banlieues vecteurs de radicalisation islamique, Coran bréviaire antimoderne, obsession transnationale, mesures prophylactiques liberticides, contresens européen…

La  bombe démographique musulmane qui serait prête à éclater et à submerger l’Europe relève du fantasme, écrit RAPHAEL LIOGIER. Le plus grand pays musulman du monde, l’Indonésie, a vu son taux de fécondité décroître en même temps qu’augmentait le taux d’alphabétisation des femmes ; Il est de 2,08 enfants par femme, ce qui est inférieur au seuil de remplacement correspondant à 2,1  enfant  par femme, en- dessous donc de celui des françaises. L’Iran détient le record de la chute du taux de fécondité devenu, 1,7 enfant en 2009 et donc très inférieur au seuil de renouvellement des générations. Cet affaiblissement des taux de natalité, général, concerne aussi la Turquie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie (2.09 enfant en 1999 et 1, 5 prévu en 2014).
Le Maghreb dans son ensemble, qui est, avec la Turquie, au cœur de l’angoisse européenne d’islamisation par un débordement de population, a connu la plus forte baisse du taux de fécondité au monde, en dehors de la Chine et de l’Iran…

Au total, de l’Atlantique à l’Oural (et même légèrement au-delà), l’Europe compte un peu plus de 38 millions de musulmans, soit 5,2 % d’une population de 740 millions d’individus. Si l’on en reste à l’Union Européenne, on en dénombre, selon les sources démographiques entre 12 et 16 millions pour une population de 500 millions d’individus (entre 2,4% et 3,2% donc)…très loin des 50 millions fantasmés… En opposition totale avec les idées reçues les enquêtes démographiques sérieuses prévoient une diminution de la proportion des musulmans dans la population générale.
De même l’idée d’un déferlement migratoire n’a aucune base scientifique : le taux d’accroissement migratoire de la population, pour la France était de 1,1/1000 en 2009, inchangé depuis 1980 …L’immigration laborieuse est majoritaire (65%). Quant à l’Europe, les immigrants marocains, par exemple, sont moins nombreux que les polonais ou les roumains…
Le nombre de conversions à la religion musulmane au sein de l’Europe n’interpelle pas si on le rapproche du nombre de conversions dans chacune des autres religions : juive, protestante ou évangélique…
Alors pourquoi cette vision, au sens mystique du terme,  d’une marée musulmane nous balayant sur son passage ? Est-ce à dire qu’un musulman compte pour plus qu’un fidèle d’une autre religion, seulement parce qu’il est musulman ? Sans doute.  Lorsque certains décomptent les musulmans, ils ne dénombrent pas seulement une population religieuse, mais évaluent l’intensité d’une menace…
Depuis le milieu des années 2000, le regard européen, mêlant la condescendance postcoloniale à la peur d’une expansion de l’islam, s’est donc synthétisé dans un sentiment nouveau, celui qu’il existerait un complot musulman visant à détruire l’Europe, à faire disparaître sa culture. Cette thèse du complot peut prendre la forme d’un pressentiment diffus, vague, où désigner des conspirateurs précis, des leaders qui, néanmoins, comme tous les conjurés, agissent davantage dans l’ombre que dans la lumière…Dans le théâtre tragique de l’islamisation, il n’y a pas de place pour l’analyse dépassionnée. En tant qu’Européen non musulman, je ne peux être au mieux qu’un « idiot utile » au pire un traître à la solde d’occultes puissances islamiques…
Les idéologies de la conspiration sont contradictoires, de l’infantilisme aux versions géopolitiques et géoéconomiques élaborées .Elles se fondent toutes sur le postulat d’une volonté musulmane unifiée de conquête. Ainsi dans le « Choc des civilisations », Samuel Huntington évoque l’éventualité d’une nouvelle guerre mondiale  entre des groupes « civilisationnels », vraisemblablement des musulmans d’un côté contre des non-musulmans de l’autre. Or, Olivier Roy ou Gilles Kepel démontrent pourtant que l’homogénéité religieuse, comme politique des pays arabo-musulmans, est une pure illusion d’optique qui recouvre d’énormes fractures, dissensions, stratégies contradictoires d’une inextricable complexité… 
L’influence  idéologique de la thèse d’Eurabia, de 2005, élaborée par Bat Ye’or, une britannique, née en Egypte et vivant en Suisse, est considérable en France, en Italie, en Europe, aux Etats-Unis…
Tous les idéologues du mythe de l’islamisation échafaudent des systèmes, à partir desquels ils prophétisent, anticipent, réinterprètent l’histoire…A l’instar des gourous des sectes millénaristes et de leurs adeptes, ils semblent nous dire qu’il y a un code secret que seuls les initiés, dont ils font évidemment partie, peuvent déchiffrer. La passion du fait « révélateur », déjà repéré par Sartre chez l’antisémite, s’est transformée en passion des statistiques déviées propres à justifier les hypothèses les plus improbables. Dès lors les malheurs qui s’abattent sur notre existence ne sont pas absurdes ; ils ont une signification profonde, parce qu’ils ont une cause identifiable. Si rien ne va plus, des déboires économiques au manque de confiance dans la vie, en passant par les cataclysmes et les guerres, c’est que le musulman est là, derrière les gouvernements, qui souffle la discorde…
Plus on parle de l’islam, moins on écoute les musulmans. Leurs paroles sont submergées par le flot continu des déclarations, des prises de position, des débats auxquels ils ne sont pas conviés.
Franck Frégosi démontre que l’islam contemporain est non seulement compatible avec la laïcité mais qu’il s’est déjà acclimaté et reconstitué en elle dans l’espace français. L’islam n’est pas une civilisation unitaire rivée à une interprétation littéraliste du Coran…

Pour perdurer, les organisations islamistes et les réseaux terroristes ont un intérêt vital à ce que les musulmans européens ne se sentent  pas chez eux ; ils ont intérêt à envenimer les antagonismes imaginaires, source de violence antimusulmane, pour attirer dans leurs filets des populations humiliées et réactives.
Telle est l’ultime planche de salut de l’islamisme : que la croyance en un péril islamique provoque des actions arbitraires contre les citoyens musulmans européens afin d’en faire des soutiens, voire des recrues potentielles…Les islamistes ont donc pour alliés objectifs les nouveaux populistes européens, parce qu’ils sont les relais politiques et médiatiques majeurs du mythe de l’islamisation.
Ce sont eux les « vrais idiots utiles » à la solde de l’islamisme…
Et puis, parce que l’Europe est faible, que les européens se sentent menacés par la globalisation, qu’ils ne réussissent plus à courir en tête dans la compétition mondiale, ils ont besoin d’un ennemi intérieur !
www.atelier-idees.org     www.rupture-et-metamorphose.org  www.notreputeaux.com
Annie Keszey


23/10/2012

LE MONSTRE DOUX

L’OCCIDENT VIRE-T-IL A DROITE ? Raffaele Simone.
Le « monstre doux », c’est la droite nouvelle décrite  par Raffaele Simone, linguiste et pamphlétaire. Ce monstre doux est le modèle tentaculaire et diffus d’une culture puissamment attirante, au visage à la fois souriant et sinistre, qui promet satisfaction et bien-être à tous en s’assurant de l’endormissement des consciences par la possession et la consommation, tout en entretenant la confusion entre fiction et réalité.

Une tâche terrible revient désormais aux forces de la gauche, en ce début du XXIème siècle : conscientes de cet horizon de la mondialisation, il leur faut s’engager à chercher sans relâche de nouveaux contenus qui soient à la hauteur des temps, capables de remplir de formes modernes l’emballage presque vide sur lequel il est encore écrit « gauche ». Finalement, elles devraient constamment  inventer de nouvelles  bonnes raisons, pour être  ( ou rester), à gauche.

Les positions de gauche sont abstraites, laborieuses et labiles. Dans cette optique, pour rester de gauche, il faut avoir réprimé des impulsions, décrites par les postulats de la droite, avec un degré variable d’effort sur soi-même, c’est-à-dire de renoncement, y compris au risque de nier ou de limiter ses propres intérêts. Il s’agit de l’aspect à la fois admirable et fou de la gauche ; renoncer quand on peut posséder ? Se priver quand on peut accumuler ? Se limiter quand on peut profiter?
Pour nier les postulats de la droite, la gauche apporte une série de corrections :
-    Au postulat de supériorité (moi, je suis le premier, toi, tu n’es personne), la gauche oppose celui de l’égalité.
-    Le postulat de propriété (ça, c’est à moi et personne n’y touche) est corrigé par la redistribution.
-    Le postulat de liberté ( je fais ce que je veux et comme je veux) est limité par celui de l’intérêt public (les droits individuels ne peuvent amoindrir le bien public).
-    Le postulat de non-intrusion dans la vie de l’autre (ne te mêle  pas de mes affaires) rencontre le droit d’ingérence au nom de l’intérêt général.
-    Le postulat de supériorité du privé sur le public (je fais ce que je veux avec les affaires des autres) est complètement nié par la gauche : bien que le privé ait des  prérogatives et des droits définis, le public est prééminent…
Etant intrinsèquement  « antinaturelle », une position de gauche est aussi fragile et oscillante ; y adhérer est coûteux (requérant des efforts et la capacité de renoncer), y demeurer est ardu (demandant parfois de  remodeler sa propre vie), en sortir peut-être une tentation…
Avec l’avènement de la modernité mondialisée et consumériste, « les idéaux de gauche »-ceux qui  la distinguent vraiment de la droite- ne paraissent plus être à la hauteur du temps. A une époque de gaspillage, consumériste et libérale à l’extrême comme la nôtre, ils prennent un aspect intrinsèquement réducteur, morne et déprimant…

La véritable surprise du paysage politique et culturel du XXIème siècle réside  dans le fait que l’on a vu apparaître sur la crête des eaux le masque souriant de la droite nouvelle qui promet bonheur et bien être à tous, même si elle a, en réalité, bien d’autres intérêts et objectifs…
La droite nouvelle n’est pas une évolution des droites conventionnelles: elle n’est ni le fascisme, ni le salazisme,  elle n’a rien à voir avec le franquisme ou la droite des colonels. Encore moins avec le nazisme même si, pour des raisons exclusivement électorales, elle n’hésita pas à faire alliance avec des groupes de cette obédience…Elle ne pratique ni ne prêche aucun des comportements des droites dures du XX ème siècle…Ses techniques pour affronter l’adversaire sont en accord avec l’époque, elles se font sans effusion de sang, même si elles peuvent être dévastatrices : isolement professionnel, dénigrement et raillerie (via les medias aussi), dommages économiques, persécution judiciaire, marginalisation politique. La droite nouvelle « ne détruit pas, elle empêche de naître »…Certes, de véritables mesures de droites sont prise parfois, d’une main ferme, mais cela ne se produit que dans certains lieux : de telles mesures sont en réalité réservées aux pays-autres- et reculés (Amérique latine, Asie méridionale et centrale) ou à des groupes particuliers  de personnes considérées comme «  dangereuses » ou «  indésirables » . Les Etats-Unis illustrent avec une clarté de manuel cette double ligne perverse et cruelle : ils sont libéraux chez eux de façon ostentatoire (mais non sincère), répressifs et vraiment « fascistes » hors les murs.  Il suffit de penser aux prisonniers islamiques maintenus isolés et au secret à Guantanamo, depuis 2002, sans accusation,  sans procès, ni respect pour aucune règle…La droite nouvelle n’est pas laïque car elle a bien compris que le mobile religieux peut fonctionner avec succès lorsqu’on s’adresse au peuple et n’a que faire de la richesse générale parce qu’elle préfère réserver la plus grande attention à celle de certains groupes (qui peuvent même être considérables) d’individus…Il s’agit bien plus d’une culture que d’une force politique concrète : elle se polarise certes sur certains partis plus que d’autres mais, étant imprégnée, elle influence toutes les strates sociales, y compris celles qui devraient se charger de s’opposer à elle, comme celles de la gauche électorale…
Puisqu’elle exprime de façon directe le grand capital national  et multinational, la droite nouvelle est technologique et capitaliste mais d’un capitalisme plus financier qu’industriel. En économie, elle est l’ennemie de l’intervention publique surtout dans la gestion des grands systèmes de services…En politique elle est totalitaire et radicale : par exemple, on ne négocie pas avec l’adversaire, on le désapprouve jusqu’à le ridiculiser…Elle est ultraconservatrice, sauf en ce qui concerne l’innovation des produits et l’extension des biens de consommation qui doivent, au contraire, se développer sans fin…
La nouvelle droite ne reconnaît pas de Classe Universelle en dehors de la bourgeoisie (petite et moyenne) qu’elle cherche à mener à des niveaux toujours plus élevés de consommation, de bien- être et d’amusement, ignorant le reste de la population (pauvres, presque pauvres, personnes menacées par la pauvreté, minorités et immigrés)…La droite nouvelle est en fait drastique, d’un côté, dans sa façon de contester les critères idéologiques et, de l’autre, elle est généreuse dans l’exaltation d’un parti pris global d’amour, de joie, de divertissement, diffusé avec l’aide des medias, de l’usage envahissant de la communication et de l’amusement…Avant tout, la droite nouvelle, globale et planétaire, ne limite pas ses affaires à quelques pays, mais les étend sans cesse à l’ensemble du globe
L’ultracapitalisme  est la manifestation politique et économique de la droite nouvelle. L’ultracapitalisme est doté d’une spécificité historiquement nouvelle : il accumule les profits plus seulement (comme dans la tradition) en exploitant ses propres travailleurs, mais plutôt en capturant et en opprimant sa propre clientèle mondiale…
Trois premiers niveaux de changements font comprendre que l’adversaire de la gauche a devant elle est constitué de facteurs planétaires puissants et ramifiés dont les racines sont souvent invisibles et qu’il est immensément plus difficile d’affronter. A ces trois niveaux, la dissolution de la classe ouvrière en tant que classe universelle, la métamorphose anthropologique et économique du peuple de gauche, la disparition des jeunes de la classe politique s’ajoute un quatrième niveau : la naissance d’un paradigme de culture globale de nature despotique…Nulle part, la gauche n’a su prévoir et encore moins contrôler, la naissance de cette sorte de « despotisme culturel » moderne dans lequel nous vivons depuis plus de vingt ans et qui nous enveloppe désormais dans ses mailles…Dans un renversement d’une énergie extraordinaire les faits ont montré que non seulement la culture de masse n’est absolument pas marginale, mais que la politique, l’économie et même la guerre se font précisément à travers la culture de masse, gouvernant les goûts, les consommations, les plaisirs, les désirs et les passe-temps, les concepts et les représentations, les passions et le mode d’imagination des gens, bien avant leurs idées politiques…Le vote suivra…
Raffaele Simone rappelle un régime imaginé par Tocqueville à une différence près : le souverain absolu n’est pas le roi mais une entité immatérielle et invisible, une entité sans corps ni adresse postale, qui ne réside nulle part mais à une place diffuse parce qu’elle est constituée par tout ce qui gouverne la culture de masse de la planète : par ce que j’appellerais en définitive « le monstre doux » c’est-à-dire le paradigme de masse de la droite nouvelle…
Pouvoir approfondir la perfidie du « Monstre doux » est un cadeau inestimable fait aux citoyens par Raffaele Simone. Son livre est publié chez Gallimard, édition : le débat.
www.atelier-idees.org                                Annie KesZEY