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15/02/2016

La laïcité au quotidien. Guide pratique.

Inédit. Régis Debray et Didier Leschi. Folio. 154 pages. 7 €.

Régis Debray est directeur de la revue Medium, président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions. Didier Leschi est préfet, ancien chef du bureau central des cultes au ministère de l’Intérieur.

Ils étudient trente-huit cas pratiques d’interrogations quotidiennes sur l’application de la laïcité, avec érudition, précision et finesse.

C’est un manuel attendu, adapté à l’enseignement de la laïcité dans les écoles publiques, même s’il reste encore perfectible face aux opinions ou aux convictions contradictoires tenaces. Les deux auteurs font un retour aux fondamentaux moyennant un socle commun de règles de conduite. Là où la théorie divise, l’exercice peut unir.

Luc Ferry, un des premiers lecteurs, note que les argumentations développées le sont avec intelligence et tact, avec cet alliage de profondeur et de bon sens qui est si rare et pourtant si précieux sur ces sujets délicats. Les deux derniers paragraphes, consacrés aux excès de zèle donnent le ton et le sens d’ensemble de l’ouvrage...

Les chapitres suivent un ordre alphabétique : Aumôneries, Autorisation d’absence...Cantine scolaire, Caricature...Crèche de Noël ...Dimanche...Foulard...Imans, Injure et blasphème, Jupe longue...Non- mixité...Nourriture...Services au public, Services publics, Vues de l’étranger, Zèle (excès de).

A partir de faits historiques, politiques, sociaux, qui conduisent à des attitudes contradictoires dans la vie courante, ils prennent des positions fondées sur des argumentations pour énoncer les comportements laïques les mieux adaptés à notre République et à son vivre-ensemble.

Dans un entretien au Monde, le 27/01/2016, Régis Debray recadre les débats qui enflamment la société française. « La laïcité relève d’abord du droit. C’est une exigence de la raison inscrite dans la loi...L’ex-fille aînée de l’Eglise n’a pas fait sa révolution pour se retrouver la fille cadette de l’islam, dont une fraction intégriste témoigne aujourd’hui des mêmes ambitions d’emprise que le catholicisme en 1900...Si on veut un islam de France, un institut supérieur de théologie musulmane s’impose en France...On ne devient pas prêtre, pasteur ou rabbin sans avoir fait de longues études sanctionnées par des diplômes. C’est une obligation. Pourquoi ce n’en serait pas une pour les imans ?...Si l’homme est quelque chose qui doit être dépassé, la grandeur d’un régime laïque concilie humanisme et optimisme : elle consiste à laisser à chaque individu le soin de choisir en conscience, sans pression ni soumission, ce qu’il estime devoir dépasser sa pauvre vie individuelle.»

Extraits du guide pratique.

Autorisation d’absence. « ...Ces dernières années, les dates d’examen, concours, contrôles sur table ou interrogations écrites ont donné lieu à réclamation de la part de parents d’élèves, d’étudiants ou du monde enseignant. Il est pourtant clair qu’écoles primaires, lycées ou universités ne sauraient vivre au rythme des fêtes religieuses vu la capacité des cultes à les multiplier. Depuis 1967, les autorisations d’absence peuvent être accordées aux fonctionnaires qui désirent participer aux principales fêtes propres à leur confession. Afin que chacun ait connaissance de ces fêtes, tous les ans, le ministère de la Fonction publique édite une circulaire en direction des chefs de service pour indiquer celles de l’année qui vient...S’il est indiqué d’accepter des congés exceptionnels pour les principales fêtes mentionnées dans la circulaire, on ne peut accepter de voir proliférer des jours de congé pour motifs religieux ce qui ruinerait toute organisation collective du travail... »

Cérémonie religieuse. « Les autorités civiles peuvent-elles ou doivent-elles y assister ?...Pour ce qui est des autorités républicaines, il pourrait être suggéré que la place de la République à Paris, lieu de rassemblement populaire et spontané, devienne le point focal de la célébration officielle. » Dans ce chapitre les auteurs rappellent l’évolution historique du sujet depuis la loi de 1905 : 1917, le président de la République, le président du Conseil, les parlementaires assistent aux funérailles religieuses du général Gallieni-... 1918, les Autorités boudent le Te Deum de la victoire, le 11 novembre... Le préfet en uniforme est présent dans le temple, la synagogue, l’église et même la Grande mosquée de Paris (où il n’assista pas au prône) en mémoire des morts de 14-18 et de 39-45... Le 26 août 1944, de Gaulle prend l’initiative de faire célébrer un Te Deum à Notre-Dame pour célébrer la libération en marche... Le président Chirac s’autorise à communier lors des obsèques de son prédécesseur, un sérieux coup de canif fut apporté à cette règle protocolaire qui distingue entre la présence et la participation... Nicolas Sarkozy a porté la kipa... La laïcité semble s’égarer lors de la cérémonie du 11 janvier 2015 à la Grande Synagogue de la Victoire, après les criminelles attaques antisémites perpétrées dans le prolongement du massacre de Charlie Hebdo. Le président de la République, le Premier ministre, de nombreux membres du gouvernement sont présents...En 2015, un préfet en chaussettes assiste à une prière de l’iman en mémoire des victimes des attentats...C’est cette instabilité qui engage les auteurs à choisir la place de la République.

Crèche de Noël. « Une crèche dans un hôtel de ville ? Le sujet est anecdotique mais illustre bien un phénomène plus large : la métamorphose d’un culte en culture, liée à la sécularisation de nos sociétés...On peut autoriser une crèche en bas d’un sapin de Noël sur la voie publique, comme dans une vitrine de grand magasin, mais sa mise en valeur ostentatoire dans un hall de maison commune pour autorisée qu’elle soit par la jurisprudence, reste un geste discutable. Le siège d’un conseil municipal abrite les élus de la population. Ils peuvent avoir leurs affinités ou leurs traditions mais le maire est à la fois notabilité locale et agent du pouvoir central...Le marquage des temps liturgiques à l’intérieur des bâtiments publics constitue une entorse aux principes républicains issus de l’histoire française...

Financement des mosquées. «  ...Une mosquée est-elle achetable comme un club de football où l’on sait que celui qui dirige est celui qui paie ?... Avec l’impérialisme idéologique du wahhabisme, distributeur de milliards, la question devient cruciale. Cet argent véhicule des conceptions et des pratiques attentatoires à notre mode de vie...La Caisse des Dépôts pourrait être le lieu de passage obligé des fonds dont elle contrôlerait l’origine et l’utilisation selon un cahier des charges arrêté en concertation avec les représentants institués d’un islam de France. »

Foulard. « La loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse concerne l’espace du primaire, du collège et du lycée...Il serait préférable de laisser l’Université libre de s’autogérer. Il ne faudrait pas cependant que certaines universités adoptent tel règlement intérieur et d’autres, tel autre, et que se mette en place une concurrence entre elles sur un critère religieux. Le mieux est donc de ne pas toucher au présent statu quo (absence d’interdiction).

Actuellement cependant une étudiante voilée de vingt ans a formulé un recours auprès du tribunal administratif contre son exclusion de l’Ecole nationale de commerce, l’ENC Bessières !

Zèle (excès de). Entre les laïques qui ont peur pour eux-mêmes et les laïques qui veulent faire peur aux autres s’est récemment enclenché un cercle vicieux...Il n’y a pas de laïcité viable dans un Etat qui se défait, un peuple qui se renonce, une République qui éteint les Lumières. Les temps qui courent changent l’ordre du jour. La défense de la société ne suffit plus. Pour sauvegarder notre droit de rire, de boire et d’écouter de la musique, ce qui est à défendre en premier lieu, c’est l’existence d’une puissance publique résolument en charge, par- delà les passions et les intérêts particuliers, du Bien commun.

Bonne lecture !

Annie Keszey.

 

17:47 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laïcité au quotidien, régis debré, didier leschi | | |  Facebook

01/02/2016

Casserole décernée au maire de Puteaux par Anticor.

A Monsieur le président d’Anticor.

Objet : la casserole décernée à Madame Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux.

Monsieur,

Sur le site Internet d’Anticor, vous publiez, en particulier, les raisons qui vous ont fait attribuer une casserole à Madame Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux.

Je vous avais déjà exprimé des réserves sur vos pratiques en janvier 2014 à propos d’autres faits.

Votre positionnement « anti-corruption » est défini avec rigueur. Il est politiquement utile et correspond à la définition des dictionnaires et de la Justice. Donc, soyez remercié.

Vous militez aussi pour «  l’éthique en politique », pour la morale donc, et je vous l’avais déjà écrit en 2014, vos positions sont idéologiques, confuses, très imparfaites et peuvent nuire inutilement aux personnes que vous « canardez ». Les preuves que vous donnez sur votre site pour justifier « la casserole » révèlent, par leur style, votre « copinage » avec l’opposant putéolien du MoDem, dont vous reproduisez d’ailleurs un tweet, à droite de votre écran. C’est un tweet d’opinion, légal, issu des critiques permanentes à la kalachnikov verbale de l’opposant chronique du maire de Puteaux, qui n’a cependant pas sa place sur le site Anticor tenu impérativement, me semble-t-il, à l’objectivité, à la froideur des faits.

L'opposant local du MoDem a été menteur et tricheur, je vous en ai adressé les preuves en 2014. Que font ses « opinions » sur votre site « éthique » ?

Revenons à la casserole.

Vous ressassez l’histoire de retraits du Canard Enchaîné de 2011. Le premier procès et deux procès suivants en appel ont abouti à la décision d’absence de coupables en 2015. Finalement, il n’y a donc pas eu de condamnations. Pourquoi évacuez- vous les décisions de Justice pour vous situer, en empruntant le radotage local, en amont ? Le fils de la maire, a bien reçu un nombre déraisonnable, légal, de délégations. On peut supposer que ce sont les prémices d’une prolongation de la « Monarchie élective ». Cette prolongation serait, à torts partagés, entre le fils héritier et les électeurs : ces mêmes électeurs qui, aussi, n’auraient pas repéré un autre candidat plus motivant. L’opposition de Puteaux n’a aucune vision de la ville du futur, aucune idée gestionnaire créative. Conduite par l’opposant du MoDem, elle pleurniche contre «  la vilaine madame la maire » dont elle souhaite la place. Depuis 1789, révolution imparfaite, les monarchies électives ne cessent de s’épanouir. Pourquoi l’Etat ne sort- il pas un interdit législatif ? Pourquoi ne le demandez-vous pas ? N’importe quelle famille accepte-t-elle de contrarier ses intérêts ? Le favoritisme risqué des enfants, des parents ou des amis (candidatures de Jean Sarkozy ou d’Amin Khiari pour l’Epad... Soutiens douteux exercés par Jean-Paul Huchon... Instauration de la retraite à 70 ans par François Hollande pour ses amis...) et le népotisme actif ont été dénoncés par vous-même et vous avez fait des propositions. Que sont-elles devenues ?

Vous énumérez quelques-uns des cadeaux (en évitant bien sûr de citer les séries de casseroles concrètes) faits par la maire à des citoyens précis. On peut estimer en effet qu’il s’agit peut-être de clientélisme électoral, légal cependant, parfaitement accepté par les bénéficiaires. Mais pourquoi serait-elle la seule accusée ? Tous les milieux politiques trempent dans la démocratie « grise ». Le clientélisme est généralisé et vous devez mettre à jour votre liste. Vous devez aussi moduler vos propos : ce n’est pas parce qu’un électeur reçoit une cafetière qu’il perd son libre arbitre.

Prouvez ce que vous écrivez et luttez contre tous les concernés qui dérivent.

Au fait, ne seriez-vous pas vous-même en position de clientélisme tant vous restez peu enclin à interroger la véracité des propos de votre source principale : pour la promouvoir peut-être ?

Médiapart est un journal courageux qui applique « le droit de savoir » des lecteurs. Il a révélé de la part de la maire des actions « fumantes ». Mais, que devient la présomption d’innocence ? Un journaliste peut-il se substituer au juge ? Les faits révélés seraient à l’étude par la Justice, seule habilitée à les traiter à partir de preuves. Pourquoi n’attendez-vous pas le résultat de ces investigations (même si elles sont parfois imparfaites), avant de prendre parti ?

Il vous manque « le doute philosophique », subtil et soucieux du respect de la personne.

Ne confondez plus « faire traîner une casserole » et «faire passer à la casserole ». Bon courage pour que vos initiatives progressent encore vers la vérité. Annie Keszey.

18:22 Publié dans POLITIQUE, PUTEAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anticor, casserole, maire de puteaux | | |  Facebook

23/01/2016

La déchéance de nationalité : une invention de gauche.

Ran Halévi, directeur de recherche au CNRS et professeur au Centre de recherches politiques Raymond-Aron rappelle «  que les premières expressions de la déchéance de nationalité se trouvent à la veille de la Révolution française sous la plume volcanique de l’abbé Sieyès, auteur de Qu’est-ce que le Tiers-Etat, qui tient lieu de programme révolutionnaire.

La nation, explique Sieyès, n’est pas l’œuvre du temps, de la tradition mais le produit d’un contrat dont elle est libre de déterminer les termes et les contours. Or, pour Sieyès, la noblesse ne saurait faire partie du corps national ; il faut l’expulser invinciblement de l’ordre commun, la déchoir de la citoyenneté en renvoyant dans les forêts de Franconie ces centaines de milliers de familles qui ont la folle prétention de s’attacher à leurs anciens droits.

En 1789, le côté gauche de l’Assemblée constituante prendra le relais : il recrée la communauté nationale et forge son identité par l’exclusion, d’abord idéologique puis juridique, d’une partie de ses membres - les nobles, les modérés, les tièdes, les factieux -, tous expédiés hors des confins arbitrairement dessinés du contrat social. Les révolutionnaires instituent de même le crime de lèse nation aux dispositions passablement brumeuses, qui sert précisément à criminaliser les ennemis de la nation. Plus tard, le procès du Roi et le régicide viseront à retrancher, au propre et au figuré, le corps royal du corps national, pour en faire une sorte d’apatride allégorique perpétuel. Avant que la Convention mette la Terreur à l’ordre du jour en instaurant la guillotine comme l’entreprise massive d’une déchéance de la citoyenneté, appliquée à tous ceux que les Jacobins auront décrétés mauvais citoyens.

Et c’est Robespierre en personne, grande sentinelle des trahisons révolutionnaires, qui en fournit la logique : Celui qui attaque la liberté d’une nation est autant son ennemi que celui qui voudrait la faire périr par le fer. C’est ériger la déchéance politique et physique, en principe de salut public ».

Ran Halévi s’étonne ensuite que Jean- Luc Mélenchon admirateur de l’Incorruptible juge nauséabond le principe de la déchéance civique...

« Les adversaires de la déchéance de la nationalité invoquent pour la combattre beaucoup de principes et peu d’arguments. On voit mal quel droit sacré serait bafoué par une loi qui prévoit le retrait de la nationalité française à un individu qui l’a de lui-même abdiquée- et qui ne s’estime du reste nullement apatride puisqu’il se veut citoyen de l’Etat islamique...L’appel aux droits de l’homme ? C’est oublier que ces droits- là sont une possession naturelle, donc inaliénable, alors que le droit de citoyenneté est conféré par la nation qui arrête les conditions de son attribution ou de sa résiliation...Vient ensuite l’argument de l’inefficacité : tout ce raffut pour une mesure essentiellement symbolique ? Eh bien, ce n’est pas rien pour un citoyen français de savoir qu’un terroriste islamiste qui veut la mort de son pays, a été, de droit, délié de la communauté nationale. Faut-il rappeler que le pouvoir des symboles peut-être autrement redoutable que leur seule efficacité statistique ? »

Dès 1789, la portée symbolique- et politique des droits de l’homme était énorme à travers le monde...

« Les déclamations élevées à gauche contre la déchéance de nationalité contredisent une tradition de gauche qui va de Sieyès à Renan et au-delà. L’un et l’autre tiennent la nationalité pour un acte de volonté, un plébiscite de tous les jours, dit admirablement Renan, qu’il oppose aux conceptions culturalistes et territoriales de la nation... »

Annie Keszey.