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08/06/2014

LE NATIONAL-POPULISME, voilà l'ennemi.

 Jacques Julliard. Marianne  n°893. Extraits. 

…Si l’on fait la somme des europhobes, des eurosceptiques et des abstentionnistes, c’est plus des ¾ des Français qui se désintéressent de la politique…Les diverses extrêmes droites qui vont se retrouver au Parlement européen constituent la plus étrange des internationales : celle du chacun pour soi…Et si tout cela devait se solder par le remplacement du Portugais Barroso par le Luxembourgeois Juncker à la tête de la Commission, alors il faudrait être encore plus inquiet sur l’avenir que nous ne le sommes après notre dimanche noir. A force d’envoyer des médiocres et des cruches dans les institutions européennes, nous avons eu une Europe de médiocres et de cruches… 

Si les 14% des socialistes- qui ont au moins l’excuse du fardeau du pouvoir- sont dramatiques, les 6% du Front de gauche, dans l’opposition ouverte depuis deux ans, sont proprement tragiques. Il y a bien sûr une responsabilité particulière de Jean-Luc Mélenchon qui n’a cessé d’hystériser et d’histrioniser son aversion maniaque pour François Hollande… Mais au-delà de ce cas, ce qui s’est passé dimanche 25 mai est la preuve qu’il n’y a pas présentement  de majorité de rechange à gauche… 

François Hollande manque de leadership démocratique, c’est-à-dire l’art de parler au peuple, de lui proposer une orientation et de l’entraîner avec lui. Au vrai, il n’est pas impopulaire, il est apopulaire et comme extérieur à sa fonction… 

Marine Le Pen est « Mme 25% » et comme un précipité de tous les maux et de toutes les tares de la France actuelle. Il faut donc la combattre pour ce qu’elle représente réellement. Elle est plus que jamais la championne du national-populisme, c’est-à-dire l’exploitation des souffrances et des frustrations populaires au profit d’une idéologie rance du repli sur soi, de l’autarcie économique et de la haine de l’étranger, sous toutes ses formes. Le contraire de la République que nous défendons. Le national-populisme, voilà l’ennemi ! 

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles, les meilleures sont venues d’Italie, où un jeune président du Conseil qui n’a pas froid aux yeux, a pulvérisé, à la surprise générale (avec 40.8 % des suffrages) les divers partis populistes qui pullulent : ceux du bouffon Beppe Grillo, du bouffon de Forza italia, de Silvio Berlusconi, de la feue Ligue du Nord. Dans un pays qui, il y a encore trois mois, était la risée du monde, un européen convaincu et convaincant a renversé la donne. Viva Italia ! 

Rien n’est donc perdu pour la France, fors l’honneur. 

Si nous le voulons, Marine Le Pen ne reverra plus jamais ses 25 %.

 

19/05/2014

DEVENEZ MAIRE!

PETIT GUIDE DE L’ELU LOCAL. VINCENT QUIVY.

Le revenu de votre maire.

Conseils pratiques à ceux qui veulent tenter leur chance.

 

Le revenu de votre maire.

Les maires des 36 000 communes sont payés en fonction du nombre d’habitants. L’Etat a établi une grille des « maxima » mensuels correspondant à chaque tranche de population. Ces « maxima » sont devenus la norme. Le montant de cette première indemnité est décidé par les élus eux-mêmes lors du premier conseil municipal. Au 1/07/2010, le maire d’une commune de 500 habitants pouvait recevoir jusqu’à 646.25 € / mois, brut, 3421.32 € pour un maire d’une commune entre 20 000 et 49 999 habitants,  5512.13 € pour les maires des villes de plus de 200 000 habitants… Les adjoints touchaient respectivement 250.90 €/ mois, brut, 1254.49 € et 2756.07 €… S’il s’agit d’un canton ces indemnités sont majorées de 15%.

Si la commune est classée « touristique », elle fait l’objet d’une dotation de solidarité urbaine : le bonus accordé, par exemple, à l’édile de Lyon correspond à 50 % de son indemnité. En cas de cumul des mandats, député-maire ou sénateur-maire, les indemnités s’additionnent, de même si le maire est aussi conseiller général, régional ou intercommunal. Il y a, de plus, dans les institutions locales une maladie qu’il faut repérer : on l’appelle la vice-présidence aiguë. Elle consiste à élire un président et de nombreux vice-présidents, rémunérés. La loi plafonne cependant leur nombre : les vice- présidents ne peuvent dépasser 1/3 des élus dans une intercommunalité. [Par exemple, le président, Éric Cesari, de l’Assemblée de l’agglomération  Seine-Défense (Puteaux-Courbevoie), vient de faire approuver la nomination de 14 vice- présidents dotés d’une indemnité de 1400 € chacun et de 5 membres du bureau à 418 €.  L’indemnité prévue pour un vice-président est de 2508 €/ mois, brut, mais il y a eu un partage solidaire afin d’augmenter le nombre de vice-présidents, dans la perspective probable d’une extension de l’agglomération. L’indemnité de membre de bureau semble étrangement faible.  La maire de Puteaux ajoute ce gain à son indemnité de base approuvée en conseil municipal du 4/04/2014, de 3421.32 €, plus 15 %,  donc à 3934.52 €/ mois, brut. Son fils, Vincent Franchi, l’ajoute  à son indemnité de conseiller général  de 2661.03 €/ mois, brut et d’adjoint au maire de Puteaux : 1276.91 €/ mois, brut.] La communauté d’agglomération de La Rochelle regroupant 18 communes, avant l’élection de 2014, avait 26 vice-présidents plus 9 conseillers communautaires délégués, tous rémunérés. L’un de ces conseillers assistait par exemple un vice-président dans ses fonctions relatives à l’espace « Musiques actuelles! »

Une jungle de structures difficile à clarifier verse d’autres indemnités aux maires : les syndicats intercommunaux, les établissements locaux publics à caractère administratif, les sociétés d’économie mixte. La présence des maires à la plupart des conseils d’administration est récompensée financièrement…Marc Baïetto, maire d Eybens, commune de la métropole grenobloise de moins de 10 000 habitants est parvenu ainsi à la somme rondelette de 6 000 €/ mois. Les revenus des élus sont cependant plafonnés par le législateur. Aucun élu local ne peut percevoir plus de 8230 €/ mois (2010). En cas de dépassement l’élu peut distribuer son non- perçu à qui il veut.

Les pensions, avantageuses, ne sont pas prises en compte dans le plafonnement. Un élu peut cumuler plusieurs pensions issues de ses mandats électifs et s’il reste élu au-delà  de l’âge de la retraite s’y ajoutent les indemnités prévues. Alain Jupé cumule ses revenus de maire de Bordeaux avec sa retraite de député et celle d’inspecteur général des finances.

De nombreux maires, en parallélisme avec leur fonction élective, exercent un métier, payé. Christophe Girard, adjoint à la culture, sous le dernier mandat de Delanoë, recevait une indemnité de 2800 €/ mois, insuffisante pour vivre à Paris et un salaire évalué à 15 000 €/ mois comme directeur de la stratégie chez LVMH. Il n’a pas cherché le cumul de fonctions électives mais s’est exposé au conflit d’intérêts.

Puis,  les maires reçoivent une allocation pour frais de représentation, votée sur proposition du maire par le conseil municipal, des frais de transport, d’hébergement, de mission, des frais pour voyages d’études auxquels s’ajoute souvent l’attribution d’une voiture de fonction acceptée par l’organe délibérant. Avant de faire l’addition totale, encore faut-il dénombrer l’entourage au service du maire et le coût de quelques nécessités pratiques (bureau, téléphones, ordinateur…)

Le montant national des indemnités  annuelles versées aux élus locaux dépasse 1. 3  milliard d’euros.

Chers ou trop chers élus ?

 

Conseils pratiques à ceux qui veulent tenter leur chance.

 

Vincent Quivy appuie ses conseils aux candidats potentiels sur ses recherches personnelles et ses lectures de nombreux rapports. Les pratiques qu’il décrit sont largement répandues et ne correspondent pas aux édiles démocratiques et exemplaires auxquels rêvent une partie des citoyens. C’est aussi une critique humoristique et désolante. L’exercice de la fonction de maire tel qu’il est décrit signe au moins les piteux résultats de l’instruction civique ! 

Si la chose publique, les revenus et avantages vous tentent, il vous faut acquérir quelques notions indispensables à votre survie dans le système : connaître les règles non écrites, les coutumes, pour pouvoir ensuite les suivre… ou les combattre !

 

Loi n° 1 : à la dépense, rarement vous regarderez.

Alinéa 1 : des palais, vous construirez.

Les exemples sont nombreux. Partout, à Evry, Evreux, Trappes, Cholet… des sièges pour instances intercommunales sont construits ou vont l’être pour des millions d’euros alors que ces instances sont créées  pour rationaliser l’administration et alléger les charges ! Les hôtels de région avaient précédé : l’hôtel de Rennes-Métropole, sur 4500 m2 et 7 niveaux a dépassé le coût de 53 millions d’euros,  celui de la région de Rhône- Alpes à Lyon, imaginé par le célèbre architecte Christian de Portzamparc, avec ses 46 000 m2 sur 11 étages a coûté 123 millions d’euros, celui du Nord-Pas-de- Calais, à Lille a dépassé 150 millions…

 

Alinéa 2 : l’argent, vous distribuerez.

Vous distribuerez de l’argent public aux associations et aux clubs, embaucherez des personnels, sans toutefois respecter les « arguties » juridiques prévues, même si la Chambre régionale des comptes  dénonce ces « légèretés » comme le recours massif aux agents contractuels, plus malléables que les fonctionnaires territoriaux.

 M Vève qui fut directeur d’une société d’économie mixte (SEM) à Avignon est un exemple des dérapages salariaux tolérés par des politiques : son salaire fut de 11 500 €/ mois, avec un 13ème mois, une lourde prime annuelle et un logement de fonction. En 2006, pour son départ en retraite, la présidente de la SEM, maire UMP d’Avignon et le vice-président PS du conseil général du Vaucluse accordèrent à M Vève une prime exceptionnelle de  588 885 € nullement prévue par les textes officiels dont le code du travail ! Dès son départ en retraite, M Vève devint conseiller de la même SEM Citadis et toucha annuellement 71 500 € pour une moyenne hebdomadaire de 24 h de travail, en plus de sa retraite évidemment.

Alinéa 3 : dans la communication vous investirez.

Pour assurer son avenir un maire doit vanter ses mérites,  mettre en valeur son action et publier dans la presse locale un nombre élevé  de photos le représentant. Les conseils locaux sont souverains pour définir les dépenses. Le Conseil régional du Languedoc-Roussillon avait déjà dépensé 12 millions d’euros en 2 ans en 2003 et 2004. La région Picardie distribue des objets promotionnels : stylos, livres, T-shirts, coupes…

 

Les lois et alinéas  sont tous illustrés, dans le livre, par de nombreux exemples. 

 

Loi n° 2 : l’efficacité rarement vous rechercherez .

Alinéa 1 : vos fonctions vous privilégierez.

La lourdeur des dépenses pourrait vous laisser croire que, derrière le coût prohibitif de la démocratie locale, perce la nécessité d’être efficace et performant. N’ayez crainte, il n’en est rien. Les intercommunalités, par exemple, aux périmètres inadaptés et aux compétences mal définies se sont créées plus par  « effet d’aubaine » dû « aux fortes incitations financières de l’Etat » que sur « un véritable projet de territoire ». (Cour des comptes 2009)

Alinéa 2 : dans un océan de lois vous surnagerez.

Cette accumulation de strates et de fonctions a un avantage : elle vous permettra, noyé dans cette pléthore d’élus et de structures, de prospérer sans être remarqué ou surveillé de trop près. Elle a un inconvénient : vous aurez du mal à en connaître les rouages et les innombrables règles légales, dont celles concernant les diverses indemnités…

Alinéa 3 : un professionnel vous deviendrez.

Le profil des élus est bien souvent celui de gens qui n’ont pas sacrifié une carrière à la politique, n’ayant pas mieux à espérer ailleurs. Un type de parcours qui, bien sûr, connaît de nombreuses exceptions, mais engendre incontestablement une « professionnalisation » durable, voire définitive…

 

Loi n°3 : l’opacité toujours vous cultiverez.  

Alinéa 1 : vos fonctions vous cacherez.

Alinéa 2 : vos revenus vous tairez.

La transparence n’est pas la règle première en France. Si la loi précise que toute délibération concernant les indemnités de fonction doit être accompagnée d’un tableau annexe récapitulant l’ensemble des indemnités allouées aux membres du conseil municipal, général ou communautaire, dans la pratique, comme le souligne le député René Dosière, de nombreuses délibérations ne respectent pas ces modalités…

 

Loi n° 4 : les petits arrangements vous appuierez.

Alinéa 1 : des libertés vous vous accorderez

Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence, a embauché son mari comme directeur de son cabinet, en lui versant un salaire dépassant le maximum autorisé, de 2001 à 2008. Dénoncée par un élu local, la maire a été condamnée par le tribunal administratif à rembourser 150 000 € … 

Alinéa 2 : des petites dérives vous accepterez.

Charles Josselin, ex secrétaire d’Etat de Pierre Bérégovoy, président puis vice-président du conseil général des Côtes d’Armor, puis ministre, a cumulé 2 voitures de fonction , l’une pour le jour, avec chauffeur, l’autre pour le soir, les jours de congés et les vacances, avec carte d’essence. Cet élu disposait d’un logement de fonction, recevait une indemnité logement et faisait régler ses notes de chauffage, d’électricité, d’eau, de mobilier et de décoration par le conseil général…

Alinéa 3 : votre famille et vos amis vous favoriserez.

Le conjoint, la famille et les proches sont souvent sources de dérives, comme si l’un des principaux avantages du pouvoir était de faire profiter l’entourage de la manne publique. Les exemples sont multiples : embauches de fils, de maris, de frères, marchés concédés à des entreprises amies, achats de terrains à prix élevés à des relations amicales. Toutes ces déviances ne sont pas condamnées : celles de Michel Laignel quand il était maire de Lonchin (Nord) l’ont été. Il avait embauché 2 de ses filles sans délibération du conseil syndical, avait attribué plusieurs marchés de la ville à l’entreprise de l’un de ses fils, signé un contrat douteux avec l’association du petit ami de sa fille…

 

Loi n° 5 : des  lois vous vous affranchirez. 

Alinéa 1 : des contrôles vous contournerez.

Les principaux traqueurs d’abus sont les magistrats des chambres régionales des comptes, qui n’ont pas le pouvoir de poursuivre, et les juges d’instruction, qui ne peuvent agir que si le parquet leur en fait la demande…

Alinéa 2 : de la justice vous vous défierez.

Vous vous garderez de toute remarque désobligeante envers les « victimes » du système judiciaire que sont les élus condamnés. Au contraire, les innombrables poursuites visant les responsables locaux devront faire naître chez vous, à l’instar de vos collègues, une suspicion, voire une hostilité affirmée, contre les fonctionnaires chargés de faire respecter la loi…

 

Loi n° 6 : votre bifteck vous défendrez.

Alinéa 1 : d’esprit de corps vous ferez preuve.

Alinéa 2 : vos avantages parfois vous pourfendrez. (Un très rare exemple est la prise de position pour ou contre le cumul des mandats.)

Chers élus. Ce qu’ils gagnent vraiment. Vincent Quivy. Seuil. 230 pages. 19 €

Si cette étude ne vous a pas rendus optimistes, essayez la lecture de « Délits d’élus – 400 politiques aux prises avec la justice »  de Grazziella Riou Harchaoui et Philippe Pascot – édition Max Milo – 447 pages – 19.90 € - 2014 - tome 1. Le 2d tome est en attente !

Si vous avez la volonté de changer le monde, attendez le concours annuel des meilleurs maires du monde qui sont des modèles civiques et talentueux !

Annie Keszey. www.atelier-idees.org             www.notreputeaux.com

 

 

 

 

 

 

 

 

04/05/2014

F.HOLLANDE ET M. VALLS CONFRONTES A DEUX ECONOMISTES.

 Le journal espagnol El Pais, du 17/04/2014, attribue à Manuel Valls le qualificatif de « flamante » : brillant, resplendissant, flambant neuf ou récent, au choix des lecteurs.

Le titre de l’article, en première page, écrit depuis Paris par Ana Teruel est fidèle à la réalité. La France congèlera les pensions, les salaires publics, les prestations sociales et ne revalorisera pas les salaires des fonctionnaires. L’ajustement de 50 000 millions d’euros obligera à des coupes dans le domaine de la santé…Puis, en page 20, La France sacrifiera la dépense sociale…Le système de protection et de santé concentrera 40 % des coupures…

Congeler-couper-sacrifier.

Manuel Valls, complice de François Hollande, révèle ainsi une triple trahison : devenu social-libéral, Il trahit les conquêtes et les valeurs fondatrices du parti socialiste, il rétrécit l’Etat qui l’a accueilli et prend pour ennemies les classes précaires et moyennes au lieu de combattre le monde de la finance.

Son plan s’inscrit dans une politique économique standard d’austérité européenne, traditionnelle, de  la droite classique, qui, historiquement, a souvent échoué, fondée sur des mythes politiques coûteux pour la base surtout et faux. Ces mythes, totems « bidons » de la pensée unique (Hervé Nathan), ont distordu la prise rationnelle de décision en économie. La désinformation venue des medias, possédés le plus souvent par des nantis, entretient dans les mentalités collectives des pratiques erronées  Les responsables politiques successifs de l’endettement français sont restés impunis et florissants.

L’acharnement thérapeutique mal ciblé et vain de François Hollande et de Manuel Valls ne peut restaurer un système à bout de souffle. L’austérité n’est pas le remède adapté à la grande récession née en 2008- 2009, par insuffisance de la demande globale.

La France risque ainsi de rejoindre les Etats-Unis d’Amérique dans leur descente aux enfers, leur plongée croissante dans l’inégalité sociale incompatible avec le maintien de la démocratie.

Manuel Valls ne semble pas connaître les conseils hautement spécialisés et novateurs de Joseph E. Stiglitz, démocrate américain, prix Nobel d’économie, auteur de l’étude Le triomphe de la cupidité, en 2010, puis de l’ouvrage Le prix de l’inégalité, en février 2014.

Après une description inconnue du public, accablante, de l’inégalité américaine actuelle, l’auteur propose, lui, une autre politique et une réforme économique, une bonne voie, celle d’un autre monde dont il expose les principes pour arrêter les excès d’en haut, ceux de l’économie virtuelle et aider les autres, pour une société plus équitable et égalitaire. Un grand nombre de propositions, au-dessus des partis politiques et en avance, sont applicables en France.

Joseph Stiglitz concrétise, en particulier, ce que François Hollande avait promis de faire, pour être élu. Mais François Hollande  n’a sans doute pas lu le livre qui lui est donc offert, ainsi qu’à Manuel Valls, avant qu’il ne soit trop tard.

L’essai partiel de synthèse  suivant, 510 pages en 4 pages, sera joint à l’envoi. Il ne peut remplacer la lecture de cette analyse profonde, ambitieuse, savante des USA qui aide aussi à mieux penser la réalité française.

Un second envoi suivra, Le capital au 21ème siècle de Thomas Piketty, parfaite analyse de l’inégalité française. Un autre essai de synthèse sera joint, cette lecture complexe demandant un temps long.

LE PRIX DE L’INEGALITE. JOSEPH E STIGLITZ- BABEL ESSAI- 510 PAGES- 9.70 € TTC.

1. L’inégalité aujourd’hui aux Etats- Unis. 2. Les raisons de l’inégalité croissante. 3. La bataille du budget.4. Les réformes : l’autre voie. 5. L’espoir.

L'inégalité aux Etats-Unis. 

Le mouvement de protestation Occupy Wall Street né de l’indignation devant l’injustice révoltante de la société américaine a dénoncé Wall Street d’abord puis a pris un nouveau nom pour une protestation plus large,  Les 99 %, à partir d’un article écrit par Joseph Stiglitz pour la revue Vanity Fair,  Of the 1 %, for the 1 %, by the 1 % ( Du 1 %, pour le 1 %, par le 1 %) : il y décrit l’aggravation massive de l’inégalité aux Etats-Unis et un système politique visiblement trop à l’écoute des riches.

Le marché n’est pas efficace, son pire échec est son incapacité à créer des emplois pour tant de citoyens, cause majeure de l’inégalité.

En mars 2012, 24 millions d’américains qui souhaitaient trouver un emploi à temps complet, n’en trouvaient pas. Les progrès de la productivité sont allés plus vite que l’expansion de la demande.

La  mondialisation n’est pas perverse, elle est mal gérée au profit d’intérêts particuliers. Interconnecter les peuples, les pays et les économies autour du globe peut-être aussi efficace pour stimuler la prospérité que pour répandre la cupidité et la misère.

Les 99 %  perpétuent la tradition Nous sommes tous une classe moyenne mais avec une petite modification : ils comprennent que nous ne sommes pas tous à nous élever ensemble. Nous, l’immense majorité, nous sommes en train de souffrir ensemble et la pointe du sommet- Les 1 % – vit autrement. Le capitalisme donne aux 99 % ce qu’il n’a pas promis : l’inégalité, la pollution, le chômage et la dégradation des valeurs jusqu’au niveau où tout est acceptable et où personne n’est responsable.

C’est la politique qui a modelé le marché et elle l’a fait pour le conduire à favoriser le haut aux dépens du bas. L’élite économique a fait pression pour obtenir un cadre juridique qui œuvre à son profit au détriment des autres mais ce système économique n’est ni efficace, ni juste.

Depuis 2008-2009, 8 millions de familles ont été expulsées de leur maison, des milliers d’autres sont en attente de saisies, elles ont vu s’envoler leur épargne et se tarir les chèques d’indemnisation du chômage. Des maisons sont vendues à perte, d’autres restent vides. Les jeunes fraîchement sortis de l’université ont des dettes se chiffrant en milliers de dollars et n’ont pas de travail. Ce sont des épreuves incompatibles avec le rêve américain.

Malgré la crise, le 1 % supérieur a conservé son emprise sur une part énorme du revenu national : un cinquième ! En 2007, le revenu de 0,1 % supérieur des ménages américains représentait 220 fois le revenu moyen des 90 % inférieurs. Le 1 % des plus fortunés possède près d’un tiers de la richesse du pays. Le 1 % supérieur a accaparé 93 % du supplément de revenu crée dans le pays en 2010 par rapport à 2008. Les plus riches ont un taux d’imposition de 16, 6 %, inférieur au taux de 20, 4 % payé en général par les contribuables. (2007, mais toujours d’actualité).

 Les prix moyens de l’immobilier ont chuté de plus d’ 1/3 de 2006 à 2011. La fortune des nombreux américains qui avaient contracté des emprunts hypothécaires a disparu.

La thèse de L’économie du ruissellement qui explique qu’en donnant plus d’argent en haut on rend service à tout le monde notamment parce que cela va stimuler la croissance est fausse. Par contre la thèse du ruissellement vers le haut pourrait être efficace.

En 30 ans, les bas salaires des 90 % inférieurs n’ont augmenté que de 15 %, tandis que les salaires du 1 % supérieur se sont accrus de 150 %, ceux du 0,1 % supérieur de 300 %. Les 6 héritiers de l’empire Wall-Mart ont une fortune de 69.7 milliards de dollars, l’équivalent de la fortune totale des 30 % inférieurs de la société américaine.

Le taux d’incarcération est le plus élevé du monde. Un enfant sur quatre vit dans la pauvreté. Les chances scolaires sont inégales : 74% des étudiants viennent du quart supérieur de la population. La dette  pour paiement des études du diplômé moyen du supérieur est supérieure à 25 000 dollars. Un américain sur sept est confronté à l’insécurité alimentaire.

Les USA paient très cher cette inégalité : moins de productivité, moins d’efficacité, moins de croissance, L’inégalité met en danger la démocratie. La participation des électeurs jeunes aux élections législatives de 2010 n’a été que de 20% ! 

 

  1. Les raisons de l’inégalité croissante.

    La recherche de rentes.

    La plus forte et la plus célèbre, c’est l’exploitation des pauvres et des non-initiés par les financiers. Ils ont gagné des sommes frauduleuses en agressant des catégories par le crédit prédateur et les pratiques abusives autour des cartes de crédit. Ceux qui gagnent, dans ce capitalisme dévoyé, sont ceux qui ont la capacité de contourner la loi ou de la déformer en leur faveur. Ces financiers ont participé à la rédaction d’un ensemble de règles qui leur permettent de gagner beaucoup, trop, même pendant les crises qu’ils contribuent à créer. Warren Buffet a qualifié d’armes financières de destruction massive les nouveaux prêts hypothécaires scandaleux qui ont provoqué la crise des subprimes, ceux-là s’en sont sortis avec des millions, parfois des centaines de millions de dollars.

    Les PDG de grandes entreprises et des avocats de haut vol aident ces pratiques prédatrices.

    L’impôt régressif.

    L’impôt régressif est la recherche de rente qui redistribue en haut de l’argent pris au reste de la société. Le génie des plus hauts placés est de concevoir les meilleurs moyens d’exploiter le pouvoir du marché et autres imperfections du monde : les barons des chemins de fer du 19ème siècle, John D. Rockefeller et sa Standard Oil puis Bill Gates  avec l’hégémonie de Microsoft sur les logiciels pour PC à partir d’une pratique non concurrentielle et pourtant admise. Le président Obama accepte une règle de 2003 qui interdit à Medicare, l’organisme étatique de soins, de négocier le prix des médicaments, octroyant ainsi à l’industrie pharmaceutique un cadeau annuel d’une cinquantaine de milliards de dollars.

     Au Mexique, Carlos Slim détient le monopole du téléphone et impose ainsi des prix  plusieurs fois supérieurs aux tarifs des marchés concurrentiels.

    Les prix bradés des actifs des Etats à des investisseurs privés.

    C’est l’origine de la fortune de Carlos Slim et ce procédé étatique de bradage est mondial.

    La capture du régulateur.

    Les élites font nommer à la tête des commissions de contrôle des sympathisants ou des anciens employés des secteurs qu’ils sont chargés de réglementer : leur dépendance est incompatible avec leur mission. Parfois, il s’agit de capture cognitive, des affinités naturelles avec les banques par exemple, tel le cas d’Alan Greenspan qui n’avait jamais travaillé pour l’une d’entre elles. [Stiglitz ne pouvait connaître encore l’exemple parfait de régulateur tricheur que fut Aquilino Morelle, ami du Président de la République et du Premier ministre français.]

    Les lobbyistes.

    Très nombreux auprès des responsables politiques, 2,5/ sénateur, ils œuvrent, en particulier, auprès des responsables politiques pour placer leurs soutiens aux postes de régulation  et empêcher la rédaction de lois contraires à leurs intérêts.

    L’affaiblissement des syndicats.

    Cet affaiblissement n’a cessé de s’accentuer depuis la grève des contrôleurs du trafic aérien brisée par Reagan en 1981.

    La discrimination économique contre de vastes composantes de la société américaine.

    Les femmes, les Afro-américains, les Hispaniques font l’objet de discriminations sur les salaires et les crédits. Leur niveau de vie est bas.

    L’inégalité est plus grande dans les dividendes que dans les salaires et plus grande dans les plus- values que dans  toute autre forme de revenus.

  2. La bataille du budget.

    Pour maîtriser les déficits, il faut connaître leur histoire depuis la dernière période excédentaire. La logique commande, en effet, d’inverser les mesures qui ont inversé la situation budgétaire de l’Etat.  Aux USA les causes des déficits sont les suivantes :

    Les réductions d’impôts des plus riches, surtout par Bush.

    Le financement des guerres d’Irak et d’Afghanistan, de 2000 à 3000 milliards de dollars. 50 % des soldats vont recevoir des pensions d’invalidité.

    Les dépenses militaires égales à celles du monde entier, dont les superprofits des prestataires militaires.

    Le remboursement des médicaments de Medicare.

    La grande récession de 2008 qui a provoqué le déficit le plus grave.

  3. Les réformes : l’autre voie.

    Les premières réformes consisteraient à arrêter le déficit : supprimer les réductions d’impôts des riches et des entrepreneurs qui n’investissent pas,  cesser les guerres, faire payer les pollueurs, ne pas surpayer les achats publics, assurer le plein emploi par des formations de mutation et des investissements dans les secteurs d’avenir, taxer les rentes.

    Les taxations des industries polluantes, pétrole, gaz, charbon, chimie sont à instaurer, de même que la taxation des  transactions financières (la France serait en train d’en adopter une sur les marchés des changes), les niches fiscales doivent être abandonnées et les rentes taxées à des taux plus élevés.

    Joseph Stiglitz juge que baisser les salaires et réduire les budgets ne ramène pas l’économie à la prospérité : c’est lui infliger une contraction, un choc « récessionniste ». Il critique l’austérité de l’Europe, imposée par le fétichisme du déficit de la troïka FMI, Commission européenne, banque européenne, organismes non élus, politique inadaptée aux maux et souligne la rigidité du système monétaire de l’euro sans mécanisme d’ajustement quant aux taux de change et d’intérêt.  Les hausses d’impôts sur les riches  et de dépenses stimulent l’économie. Il est contre-productif  d’accorder un chèque en blanc aux entreprises : il faut soutenir les seules entreprises créatrices d’emplois et productrices d’investissements à forte productivité.  L’entreprise américaine AIG a reçu de L’Etat plus de 150 millions de dollars de renflouement, plus que l’aide sociale aux pauvres de 1990 à 2006 ! Une aberration…

     Les banques indépendantes ne le sont guère et surtout surveillent  l’inflation alors qu’elles devraient travailler la répartition, l’emploi, la croissance et la stabilité financière. Pour l’économiste les mouvements de l’inflation ne sont pas le premier danger. Il faut réglementer les banques, interdire leurs crédits frauduleux, les priver de leurs abus de pouvoir, leur demander des comptes et les punir. Obama a donné des milliards de dollars de fonds publics aux banques après la crise de 2008 et n’a pas aidé, en temps utile, les citoyens surendettés par les crédits d’achat de leur maison…Obama est impuissant ou peu courageux…

    Il faut rendre l’impôt sur le revenu et sur les sociétés plus juste et plus progressif, créer un impôt sur les successions plus efficace afin de prévenir la création de nouvelles oligarchies et puis, aider les autres. C’est-à-dire, améliorer l’accès aux soins, à l’éducation, à l’épargne et assister sérieusement la formation des salariés afin qu’ils passent des emplois perdus aux nouveaux emplois qui se créent…

    Les politiques peuvent remodeler les forces du marché pour qu’elles nous rapprochent de l’égalité. Il s’agit de retrouver  la doctrine  de l’intérêt bien entendu, évoquée par Tocqueville qui concilie l’intérêt personnel et l’intérêt personnel de tous les autres. Tant que Le 1 % occupera tous les postes politiques, ces réformes simples ne pourront pas être appliquées.

  4. L’espoir.

    Les 99 %,(parfaitement informés par Joseph Stiglitz), pourront un jour sortir de leur désillusion et de leur impuissance pour se rebeller contre leur asservissement aux intérêts d’une élite minuscule. Les riches cesseront alors de kidnapper le processus politique à leurs propres fins et la démocratie égalitaire vaincra la ploutocratie.

    Annie Keszey.

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