Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/02/2017

Les politiques pris aux mots. Ce qu'ils disent vraiment.

L’auteur de ce livre de 385 pages, au Seuil, est Cécile Alduy, professeur de littérature à l’Université et chercheuse associée au Cevipof à Sciences Po. Son précédent livre était, en 2015, « Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste ».

« Cécile Alduy clarifie le sens des mots du débat politique, à l’aube d’une période électorale à hauts risques. Elle passe au crible plus de 1 300 textes-2,5 millions de mots- écrits ou prononcés de 2014 à 2016 pour décrypter  mots-clés, mots fétiches et mots tabous, et cartographier les positions de chacun et la reconfiguration du paysage politique...

Plus que jamais la bataille des idées passera par celle des mots... »

L’étude scientifique, profonde et minutieuse ne se prête pas au résumé. La lecture complète, passionnante, est une aide précieuse à tout électeur qui tente de  choisir un candidat à la présidentielle de 2017 en dehors de la superficialité d’une dépendance classique à un parti politique, à une idéologie ou à une opinion.

« Cette enquête sémantique, stylistique et rhétorique dévoile derrière l’écume des petites phrases la structure profonde de la vision du monde des politiques...»

Terminées avant les primaires, les études concernent surtout Marine Le Pen,  François Fillon,  Jean-Luc Mélenchon,  François Hollande,  Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Extraits. Pages 37 à 63.

« Si pour un président en exercice, parler c’est agir, car le verbe deviendra loi, pour les candidats à la fonction suprême, parler, c’est d’abord, avant même de vouloir convaincre, exister...

Le capital symbolique de la fonction présidentielle a été dilapidé en deux mandats en apparence opposés, l’un placé sous le signe d’une hyperprésidence délétère (2007-2012), l’autre d’une hypoprésidence sibylline (2012-2017). L’un a écrasé la fonction présidentielle  sous la pression d’un ego surdimensionné, l’autre l’a vidée de sa crédibilité à force de paris non tenus et de revirements mal expliqués...

Quelle stratégie de présentation de soi chaque candidat adopte-t-il pour, avant même de proposer un programme, être habilité à entrer sur scène ?... Pour Nicolas Sarkozy, être un président digne de ce nom, c’est d’abord et avant tout être un chef...L’essence de la présidence, c’est le leadership et le leadership est assimilé à l’autorité du père de famille...Et vous savez quelle est la spécificité du président de la famille ? Tous les autres peuvent parler, le président de la famille doit décider et je déciderai à chaque fois que je pense que l’intérêt général de notre famille politique et de notre pays est en cause...La pensée conservatrice est basée sur le modèle du père autoritaire, tandis que le libéralisme est centré autour du parent bienveillant...La déclaration de candidature d’Alain Juppé est un modèle de sobriété et de modestie, le texte brille par son optimisme « croissance », « confiance », « France », sont les trois substantifs les plus fréquents. Viennent ensuite « nouvelle », « capable », « demain », « programme », « progrès », « dialogue », « durable »...Alain Juppé veut Apaiser, rassembler, réformer, surtout il refuse de faire peur alors que Nicolas Sarkozy veut mettre en ordre son parti et la France...Alain Juppé serait-il devenu le modèle du « Père bienveillant ? »...Ce divorce entre la langue parlée (du centre, voire de gauche) et l’électorat de la primaire de la droite et du centre a posé un indéniable problème de positionnement politique qui s’est révélé fatal au candidat Juppé.

François Fillon, le candidat « humble », taciturne, besogneux, surnommé Monsieur « Nobody » ou « Droopy » dans les médias fait une ascension fulgurante dans les dernières semaines des primaires  pour finalement l’emporter... « Ascension », « révélation », « résurrection », « apothéose », après des années de « sacrifices » et de souffrance, le vocabulaire christique envahit les commentaires tant il colle à la mise en récit de sa campagne par l’intéressé lui-même...C’est en tout cas bien « l’ethos » d’une candidature morale, d’un homme droit, humble, prophète dans le désert, prêt au sacrifice pour « la renaissance », si ce n’est la rédemption de la France qu’il a construit en filigrane au fil des ans...Humilité, sobriété, probité ( Je considère que la question de l’exemplarité et de la probité sont fondamentales pour le redressement national. 30/09/2016. Le devoir de se réconcilier avec les Français en se comportant avec probité et rigueur. 3/06/2014), constance, persévérance, sacrifice, loyauté, droiture, intégrité, sérieux, foi (Foi en la France. Foi dans le progrès. Foi dans l’homme. Foi inébranlable dans la tolérance, le progrès.). François Fillon a mis en avant une candidature morale, de conviction et de vérité profondément imprégnée de valeurs chrétiennes. Se dessine le profil d’un messianisme sobre : un charisme né de la rectitude morale du candidat et de l’adéquation entre valeurs défendues et valeurs incarnées. Ce candidat pourra libérer la France  du déclin et de la décadence - terme qu’il est le seul à utiliser-, car la vérité lui a été révélée et qu’à son tour il veut la dire sans trembler...

La présidentialité du président Hollande  a été tout au long du quinquennat un objectif fuyant et une qualité éphémère...François Hollande souffre surtout de la comparaison avec l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy. On ne pourra ici que tracer quelques pistes : un je qui fait la part belle au  nous du gouvernement et de la France ; une projection dans un futur hypothétique plutôt que la proclamation d’un faire immédiat effectif et efficace ; une volonté moins affichée, moins directe ; l’aveu, parfois, d’une impuissance face au destin. Finalement la mise en scène de soi et le style de François Hollande campent un président ordonnateur et metteur en scène plus qu’acteur...Certaines structures grammaticales ou syntaxiques envoient des indices subliminaux de délégation ou de défauts d’autorité. L’une d’elles est l’utilisation de formules passives, impersonnelles pour annoncer des prises de décision au lieu d’en revendiquer personnellement la paternité : Plus de 150 mesures ont été décidées depuis un an et demi et c’est considérable...De même François Hollande préfère souvent souligner le travail collectif plutôt que sa poigne personnelle : pour parler de l’action de l’exécutif, l’expression « nous avons décidé », l’emporte sur « j’ai décidé » dans une proportion de quatre à un...Refusant par modestie ou honnêteté (et absence de résultats) de revendiquer le coup d’éclat d’une action salvatrice, Hollande se montre régisseur d’une scène où il semble rechigner à monter...

Toute l’ambivalence de la position de Jean-Luc Mélenchon est comprise dans le paradoxe fondamental de son programme qui l’oblige à concourir à une fonction élective dont il rejette le principe et à participer à la grande machine médiatique de la présidentielle qu’il honnit !...

Le paradoxe n’est donc qu’apparent : Jean-Luc Mélenchon n’intègre une logique verticale de leader charismatique que pour faire émerger une structure de pouvoir horizontale...C’est lui qui utilise le moins le pronom personnel sujet « je » (sa fréquence relative est de 6,75 pour mille et pour François Fillon 15,29 pour mille). »

C’est en quarante pages (ces deux pages qui précèdent ne sont donc pas suffisantes) que Cécile Alduy démontre que «  la « présidentiabilité » n’est donc pas une notion abstraite et isolée dont la définition vaudrait universellement pour tous les candidats...

Page 72.

La conquête du pouvoir s’énonce souvent sur le modèle implicite ou non d’une quête. Pour cela il faut d’abord nommer l’objet de la quête, c’est-à-dire décrire la situation de crise à l’origine de tout roman, la perte à l’origine de tout conte. Le schéma actanciel de base des contes populaires, tel qu’il est décrit par Vladimir Propp et complété par Algirdas Julien Greimas, fournit un modèle de lecture efficace de la structure sous-jacente des récits de présidentiables. L’arc narratif en est simple : une situation initiale d’équilibre, un élément perturbateur qui vient rompre cette harmonie et provoquer un manque, l’intervention d’un héros qui acquiert et prouve ses compétences au cours de la quête, enfin le dénouement qui est un retour à l’équilibre, une fois que l’objet, concret et symbolique qui faisait défaut est ramené par le héros... ». Après les analyses fines des campagnes des six candidats l’auteur aboutit à un tableau comparatif.

Trois exemples. Page 76.

Pour Marine Le Pen, la situation initiale est celle d’un âge d’or de la France éternelle. L’opposant/la cause du manque c’est l’immigration, le « mondialisme », le multiculturalisme, le fondamentalisme islamiste. L’objet manquant ou désiré : l’Unité et la souveraineté. Le sujet est Marine Le Pen, « Jeanne d’Arc ». L’adjuvant/la valeur porteuse c’est le peuple, la vérité...

Pour François Fillon, la situation initiale est un Etat en faillite. L’opposant/ La cause du manque c’est l’Etat- providence, la gauche. L’objet manquant ou désiré c’est la liberté, la vérité, la croissance. Le sujet est un nouveau messie. L’adjuvant et la valeur porteuse c’est la rupture...

Pour Jean-Luc Mélenchon, la situation initiale est la Révolution française : l’égalité et la souveraineté du peuple. L’opposant/la cause du manque c’est l e capitalisme et la mondialisation, la « Monarchie présidentielle» et la « gauche » traîtresse. L’objet manquant ou désiré c’est la souveraineté démocratique et l’égalité. Le sujet est le peuple constituant. L’adjuvant et la valeur porteuse c’est « l’éco-socialisme », dont le porte- parole est Jean-Luc Mélenchon...

Celui ou celle qui parviendra à donner un sens global à la situation du pays en embrassant passé, présent et futur dans un même scénario de reconquête d’une plénitude, et à convaincre les électeurs de la pertinence de son récit, aura gagné la bataille des récits concurrents...

Extraits de l’épilogue. Page 364.

... En faire trop ou en dire trop peu, taire ou exagérer, pacifier ou attiser, telles semblent être les alternatives : toutes périlleuses. Du côté d’une rhétorique de l’excès et de la transgression intentionnelle on citera Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy et Manuel Valls, et, pour certains sujets seulement et selon un calendrier minutieusement choisi, Marine Le Pen. Du côté de la mesure, de la litote, voire du contournement, Alain Juppé et François Hollande rivalisent de modération et d’esprit de nuance, au risque d’être inaudibles. François Fillon joue sur le fil entre ces deux tentations. Il tient une ligne intermédiaire : ni provocation, ni discours lénifiant  mais le choix d’une rhétorique de la rupture et d’un discours de « vérité » qui se veut révolutionnaire, alors qu’il vise à mettre en place un retour en arrière (conservatisme culturel, redressement moral et libéralisme thatchérien). Les destins d’Alain Juppé et de François Hollande sembleraient donner raison aux partisans d’une stylistique de l’emphase, si Nicolas Sarkozy, adepte du clash, ne s’y était abîmé...

« Le chaos politique n’est pas sans rapport avec le pourrissement de la langue » pointait George Orwell en 1946. Il ajoutait : « il est sans doute possible d’améliorer quelque peu la situation en commençant par le langage. » Il est temps de prendre soin des mots dont nous usons pour créer le monde de demain......Espérons que nos responsables politiques préfèreront les mots qui vivifient aux mots qui figent. L’agilité et la justesse à la rigidité et l’injustice. »

Annie Keszey.

 

 [AK1]

26/02/2017

MARINE LE PEN PRISE AUX MOTS.

 Décryptage du nouveau discours frontiste. Seuil. 310 pages. Nouvelle publication.

Cécile Alduy, professeur de français à l’université de Stanford, en Californie et Stéphane Wahnich, professeur de communication politique à Paris-Est-Créteil, nous livrent le résultat de leur analyse lexicale, littéraire et statistique de 500 discours, textes et déclarations de Marine Le Pen afin d’en saisir la logique interne et d’expliquer l’efficacité rhétorique. 

C’est un livre profond, qui libère définitivement le lecteur de l’éventuelle emprise inconsciente qu’auraient pu avoir les discours frelatés de Marine Le Pen. 

Extraits discontinus. 

« Marine Le Pen garde très majoritairement le programme de son père Jean-Marie Le Pen, (le nationalisme, l’identité nationale, l’immigration, etc.) celui d’une  extrême droite nationaliste et xénophobe. Elle y ajoute quelques notions fortes, biaisées pour brouiller les repères : la laïcité, l’égalité contredite par la priorité nationale, épine dorsale structurelle du programme de discriminations... Elle reprend en permanence tous les thèmes  fondamentaux de l’extrême droite : décadence de la France, dénonciation des élites, diabolisation du monstre européiste, de la mondialisation, de l’islamisme, réquisitoire contre les féodalités et les communautés... 

Pour atteindre la dédiabolisation du parti, elle modernise le vocabulaire, les thèmes et l’image. Elle s’est forgé un style propre, incluant des concepts politiques porteurs (République, liberté, laïcité...) et de nouveaux mots codés (communautarisme pour immigrés). La mise en sourdine des mots et des thèmes les plus controversés de Jean-Marie Le Pen et l’adjonction d’un vocabulaire emprunté au camp républicain permettent à Marine Le Pen de décaler le centre de gravité de son discours vers un point d’acceptabilité plus proche de la norme environnante. 

Son discours est double. Tout d’abord, elle adapte ses argumentaires selon ses auditoires. Sur l’immigration par exemple, elle parlera dans les grands medias de politique « dissuasive » et mettra en avant une rationalité comptable. Elle réservera aux militants la logique xénophobe: l’allusion « au grand remplacement » et l’insistance sur le risque de «submersion démographique » et de conflits multiethniques. Elle use du doublage des mots de la République qu’elle accapare d’un sens second, contestable ou abusif, qui infléchit subrepticement leur signification originelle vers une interprétation politique tendancieuse : L’exemple le plus flagrant est celui de  « laïcité » redéfinie dans un sens restrictif et instrumentalisée comme une arme contre les populations d’origine immigrée. Ce double langage correspond enfin à la dualité inscrite au cœur de la stratégie de dédiabolisation elle-même, tiraillée entre les impératifs de la normalisation et ceux d’un positionnement antisystème. En dépit de ce double langage Marine Le Pen ne se contredit jamais. Son discours est « étagé », les mots et les argumentaires sont choisis en fonction des publics, mais les référents et les mesures proposées restent les mêmes. 

Le programme de Marine Le Pen s’inscrit en porte-à-faux avec les principes fondateurs de la démocratie française : il renie l’article premier du préambule de la constitution de 1958 et trahit la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 alors que Marine Le Pen, sans honte, s’en réclamait dans son discours d’investiture de 2011. 

La laïcité « sacrée » et « Mon peuple » de Marine Le Pen, par Cécile Alduy. 

La laïcité est aux antipodes de l’idéologie du FN historique. Jean-Marie Le Penn a pour compagnons de route des catholiques intégristes. Il manifeste pour l’école libre en 1984 contre « les laïcards », invoque Dieu dans ses discours et cite Benoît XVI. Entre 1990 et 2005, il aborde la question une dizaine de fois, soit dans 2% de ses interventions. 

Marine Le Pen s’est lancée dans une véritable croisade pour la laïcité, ce « principe français sacré ». Entre 2011 et 2013, elle en parle plus de trente fois, soit dans 25% de ses interventions. Si elle dit vouloir « l’application de la loi (de 1905), toute la loi, rien que la loi », elle défend une conception maximaliste et discriminante de la laïcité. La neutralité religieuse devrait s’appliquer à tout l’espace public (rues, entreprises, universités), et elle cible la religion musulmane (plus de 150 mentions contre 12 pour les juifs et 2 pour les catholiques) développant une logique de l’hyperbole anxiogène et de l’amalgame. « La République laïque n’est plus qu’un souvenir évanoui par des années d’immigration massive, de soumission aux revendications des fondamentalistes ». Une exagération martelée depuis les attentats de Mohamed Merah et contre Charlie Hebdo, toute croisade devant désigner des infidèles : «islamistes », «fondamentalistes musulmans », « racailles radicalisées », et plus largement « ces minorités visibles, communautarisées et organisées, à qui tout est dû et auxquelles on donne tout ». 

Marine Le Pen a réussi une véritable OPA sémantique sur le concept de laïcité, qu’elle transforme en une arme politiquement correcte contre les musulmans et les immigrés. C’est un procédé classique de « rétorsion » : emprunter à l’adversaire ses propres mots, les retourner et l’en déposséder. Chez elle, la laïcité ne correspond plus au principe de séparation des églises et de l’Etat, garantissant à la foi la liberté religieuse et la neutralité républicaine, mais à un levier contre l’islam et l’immigration.  

Mon peuple. 

Le national-populisme de Jean-Marie Le Pen s’exprime à travers le double mythe d’un peuple miraculeusement uni et sain  mais trahi par les élites, et du chef qui l’incarne et le guide. D’où le slogan de la présidentielle de 1988 : « Le Pen, le Peuple ». C’est un populisme ethnicisé qui exalte un sang gaulois immémorial et dénonce la disparition du peuple français sous la pression d’une immigration de peuplement. 

Marine Le Pen reprend cette mythologie mais insiste sur la dimension politique d’une souveraineté populaire confisquée par l’UMPS et la caste européenne. Elle veut donc rendre le pouvoir aux Français. Pour cela elle milite pour une démocratie directe référendaire censée donner la parole au peuple. Mais elle n’abandonne pas l’idée nationale populiste du guide. Son slogan de 2012 « La voix du peuple, l’esprit de la France » la présente comme l’incarnation du souffle collectif. Elle ne serait ni de droite ni de gauche mais « en plein milieu du peuple français, à le défendre ». Dans ses discours, elle parle de mon peuple et affirme « Je suis la France » sur TF1, le 15/09/2012. 

Marine Le Pen parle du peuple soit comme demos, source de la souveraineté démocratique, soit au sens des catégories populaires, soit comme ethnos, groupe défini par l’ascendance c’est-à-dire « les français de souche ». Elle louvoie entre ces définitions, entretient en permanence la confusion, dissimulant sous un vernis démocratique ou social les fondements ethnoculturels du « peuple » mariniste. C’est ainsi qu’elle peut appeler à « rassembler la communauté nationale...des gens qui auront des origines différentes, des religions différentes » puis, quelques minutes plus tard, donner une définition exclusive de l’appartenance à «la nation » : la maison du peuple français, c’est la France, et il a le droit, chez lui, de décider qui vient et qui reste ». (France 5, 7/10/2012.) 

Les deux auteurs du livre  décryptent donc ainsi la plupart des doubles-mots marinistes pour en déjouer la pernicieuse et redoutable imposture : l’ «Etat-nation », « l’immigration massive », « liberté-égalité », «l’âge d’or et l’unité », « décadence et renaissance », « le complot », « Prophètes et messie », « une mystique de l’histoire », « négation de l’histoire et impensé du discours »...  

Les conditions d’une réception favorable du discours mariniste. 

C’est vraisemblablement dans la rencontre entre ce nouveau discours et une situation sociopolitique difficile qu’il faut rechercher les raisons de la dynamique actuelle du Front national. 

Le vote Front national est d’abord une réaction face à l’évolution sociétale plus large de notre pays. La carte du taux d’immigration par département, celle de l’insécurité et celle des inégalités sont beaucoup plus proches de la carte électorale du Front national que ne l’est celle du chômage. Ce vote semble être d’abord l’expression d’une fragilisation sociale. Plus on est éloigné du centre de l’agglomération, plus on a le sentiment d’être oublié, déclassé, plus on a tendance à accorder sa voix au parti de Marine Le Pen. Il s’agit en réalité d’un vote de protection. 

Dans certaines régions, dont l’Ouest, relativement épargnées par l’immigration, il s’agit d’une réaction surdimensionnée, prudentielle, provoquée par des discours excessifs de la presse sur la réalité, qui aident Marine Le Pen à activer les peurs liées aux représentations des banlieues. 

Le vote Front national est aussi une réaction face à l’impuissance des politiques à réguler la société française aussi bien socialement qu’économiquement. La politique d’accueil des populations étrangères, par la droite et la gauche, est incertaine depuis des décennies : assimilation, puis intégration, puis inclusion qui pourrait se réduire, en France, à une mise en place non officielle de communautarisme confus... 

Le rapport des citoyens aux politiques est, depuis de nombreuses années, teinté de scepticisme et de suspicion. Les manquements démocratiques des élus et leur manque de pédagogie multiplient les abstentionnistes. 

Les discours des candidats à l’élection présidentielle de 2012 ont été plus marqués du sceau de la dénonciation qu’à celui de la proposition. Le recours aux boucs émissaires, coupables, a fait florès : Jean-Luc Mélenchon en voulait aux riches, François Hollande à la finance, par un appel à l’idée d’un complot secret qui en une phrase expliquait les maux des Français. Nicolas Sarkozy mettait en accusation les «  corps intermédiaires » et l’immigration. Ainsi ont-ils tous favorisés, par leurs thèmes, en les banalisant, les discours de Marine Le Pen. 

De nombreux politiques ont dérapé dans leurs propos, réhabilitant ainsi le discours du FN ; Charles Pasqua, Michel Rocard, Laurent Fabius, François Mitterrand, Jacques Chirac, Valery Giscard d’ Estaing, Nicolas Sarkozy (le Kärcher, les racailles et le discours de Grenoble). Certains autres ont frôlé sans états d’âme l’antisémitisme : Jean-Luc Mélenchon (un balai à la main), Christian Jacob (le mythe du « juif apatride »), Jean-François Copé (le pain au chocolat arraché...) 

Les affaires créent un climat délétère qui favorise les extrêmes : DSK menotté, Cahuzac, le Fouquet’s et le yacht privé d’un grand patron en 2007, Thomas Thévenoud, Copé-Fillon... 

Marine Le Pen occupe désormais une place incontournable dans les medias : elle garantit « une belle audience ». 

La bataille des idées-contre Marine Le Pen- n’est pas encore perdue. Encore faut-il choisir ses armes-SES MOTS-pour la mener. 

Les politiques, en urgence, doivent proposer un modèle explicatif clair du monde avec des propositions simples pour un bel avenir. 

 

Le parti lepéniste a forcé les portes de la République. Il s’emploie aujourd’hui à en squatter les valeurs. Il est urgent d’en décrypter les ruses. Les condamnations morales ont fait long feu. Plus que jamais c’est un combat politique. (LA FRANCE AU FRONT – Pascal Perrineau-Fayard- 2014.) 

Autres sources : Le Monde 9/01/2015 et 21/02/2015.) 

Annie Keszey.

 

10/02/2017

Roumanie : la société civile lutte avec succès contre la corruption politique.

Depuis le 1er février 2017, les citoyens roumains très nombreux, dont de jeunes diplômés, occupent les places centrales des villes, principalement à Bucarest. Ils sont unis par un idéal de démocratie morale et décidés à combattre la corruption des politiques. Contre la tradition d’émigration massive pour fuir les dérapages des élites, ils souhaitent rester vivre dans leur pays qu’ils veulent « digne », avec un gouvernement sans pots-de-vin, propre et compétent.

Ils acclament  Laura Codruta Kövesi, procureure de la République du Parquet national anticorruption (DNA) depuis 2013. Plus de 2 000 hommes et femmes politiques et hauts fonctionnaires se trouvent derrière les barreaux. Pour 2015, par exemple, ont été arrêtés un Premier ministre, cinq ministres, seize députés, cinq sénateurs, quatre-vingt-dix-sept  maires ou adjoints, quinze présidents ou vice-présidents de conseils départementaux, trente-deux directeurs de compagnies publiques. Pour cette seule année, le montant global des préjudices détectés atteint près de 500 millions d’euros. 90 % des enquêtes aboutissent à des condamnations.

Liviu Dragnea est le président élu du Parti social-démocrate majoritaire aux dernières élections législatives. Il ne peut être premier ministre du gouvernement, malgré son souhait, parce qu’il a déjà été condamné. Le 22/04/2016, en particulier, la Haute Cour de Cassation et de Justice l’a jugé coupable de fraude électorale lors du référendum de  2012 et sa peine a été de deux ans de prison avec sursis. Un second procès a débuté contre lui le 31/01/2017 pour avoir rémunéré deux secrétaires de la section locale de son parti  avec l’argent des services sociaux du département. Le préjudice, dû à ce « détournement de fonds », est évalué à 24 000 € par le Parquet national anticorruption.

Le gouvernement du Premier ministre Sorin Grindeanu, du même Parti social-démocrate, par solidarité avec Liviu Dragnea et en urgence, a fait approuver, le 31/01/2017, un décret assouplissant les règles anti-corruption afin de provoquer l’acquittement du mis en examen. Par ce décret des ordonnances de modification du code pénal et du code de procédure pénale le seuil des poursuites pénales pour de telles infractions passait à 44 000 €. Liviu Dragnea aurait ainsi obtenu un non-lieu, l’ordonnance  devant entrer en vigueur le 10/02/2017. Le peuple, en toute légitimité, s’est insurgé, avec détermination et constance.

Ces ordonnances ont été annulées, dimanche 5/02/2017, après six jours de protestations. Le 9/02/2017, le ministre de la Justice Florin Iordache, un des artisans du décret, a démissionné.

Le Président de la Roumanie, un centriste anticorruption, contre ces pratiques gouvernementales, a interpellé les autorités judiciaires.

Les manifestants du peuple veulent la démission de tout le gouvernement.  Bon courage à nos amis européens.

Annie Keszey.