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27/07/2013

L'évêque- comptable, "blanchisseur" du Vatican.

Ne pas jouer avec le feu de l’argent.
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Michel Garroté, rédacteur en chef: En ma qualité de catholique conservateur, croyant et pratiquant, il m’est toujours douloureux de devoir constater que tel ou tel homme d’Eglise puisse sombrer dans le pire. Et parmi le pire, il y a l’usage désordonné de l’argent. Certes, mes confrères journalistes sont toujours très zélés dès lors qu’il s’agit de vomir sur les chrétiens. Cela dit, c’est parfois le comportement d’un seul chrétien qui fait rejaillir sur tous les autres des flots de christianophobie. A cet égard, l’appât du gain chez Mgr Nunzio Scarano, évêque-comptable mondain du Vatican, est un exemple typique, et, en écrivant « typique », je souhaite dans l’espérance que ce soit le dernier.
Ainsi donc, en pénétrant dans la résidence à Salerne de Mgr Nunzio Scarano, l’évêque-comptable du Vatican soupçonné de transferts clandestins de fonds entre la Suisse et l’Italie, les policiers ont découvert un appartement luxueux, rempli d’objets d’art et de toiles de maître. Membre de l’archidiocèse de Salerne et comptable à l’administration financière du Vatican, le prélat a été arrêté le 28 juin dernier et conduit à la prison romaine de Regina Coeli.
Il est accusé d’avoir participé à une opération de blanchiment d’argent en faisant rentrer clandestinement 20 millions d’euros en Italie depuis la Suisse. Il a par ailleurs été suspendu de ses fonctions il y a plusieurs semaines après son inculpation dans une affaire de détournement d’argent, instruite séparément par le parquet de Salerne.
Les enquêteurs qui ont perquisitionné son appartement ne s’attendaient pas à une telle débauche de richesses. Situé dans l’un des quartiers les plus huppés de Salerne, en Campanie, le domicile de 700 m2 habitables est tapissé d’œuvres d’art et divisé en couloirs par des colonnes de style romain.
« Nous nous sommes demandé comment ce prélat avait pu acheter un tel bien et des œuvres d’art aussi coûteuses », a déclaré l’un des enquêteurs. Les enquêteurs ont alors demandé à la police fiscale d’effectuer des recherches sur son patrimoine financier.
La piste a conduit à la banque du Vatican, dont le directeur et l’adjoint ont été arrêtés le 1er juillet dernier. Selon le magistrat Nello Rossi, qui enquête à Rome avec son collègue Stefano Pesci sur des soupçons de blanchiment d’argent à l’Institut pour les Oeuvres de Religion (IOR), la banque du Vatican, Mgr Nunzio Scarano aurait participé à une tentative de faire entrer clandestinement au moins 20 millions d’euros en Italie, pour le compte d’une famille propriétaire de chantiers navals à Salerne.
Outre son appartement luxueux, les enquêteurs ont découvert qu’il était copropriétaire de trois sociétés immobilières à Salerne. Ils se sont également aperçus que Mgr Nunzio Scarano, qui dispose de relations très haut placées dans la haute société romaine et dans les milieux bancaires, avait retiré l’an dernier 560’000 euros en liquide et en une seule fois sur l’un de ses comptes à la banque du Vatican.
La somme a ensuite été reversée, généralement par billets de 500 euros, à 56 proches, en échange de chèques. Le prélat aurait ensuite encaissé ces chèques sur un compte ouvert dans une banque italienne afin de rembourser le crédit immobilier de son appartement, acheté pour 1,7 million d’euros. Nunzio Scarano a déclaré aux enquêteurs qu’il avait retiré les 560’000 euros « pour solder son crédit » (?).
La police de Salerne enquête sur un foyer pour personnes âgées que Mgr Nunzio Scarano a contribué à financer dans la ville. Elle cherche à déterminer comment l’endroit a été construit et d’où venait l’argent. Selon un enquêteur, chaque chèque était justifié comme provenant « d’un don ».
« Mais c’est un tour de passe-passe idiot. Nous l’avons vu tout de suite. Ce sont de faux dons », a-t-il déclaré. Avant d’être ordonné prêtre à l’âge tardif de 35 ans, Mgr Nunzio Scarano a travaillé dans des banques de Salerne et Battipaglia.
L’on parle de la somptueuse résidence de l’évêque. Il s’agit en réalité de somptueux revenus et de fastueux train de vie. Le pape François a promis de faire le ménage. Il va lui falloir – pour cela – sortir l’artillerie lourde.

© Michel Garroté www.dreuz.info
Source (s) :
La somptueuse résidence de l’évêque-comptable–« blanchisseur » du Vatican…


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18/06/2013

LE DROIT DE SAVOIR.

Edwy Plenel. Directeur de Mediapart. Editions Don Quichotte.

Edwy Plenel décrit le métier de journaliste tel qu’il le conçoit et tel qu’il devrait être: démocratique, rigoureux, courageux et libre. Il traque la vérité afin d’honorer le droit de savoir, démocratique, des peuples. Son « manifeste professionnel », fondé sur des valeurs fortes et rares, est porteur d’espoir, pour le lecteur.

Extraits discontinus.

« Un journaliste fait donc son travail quand il apprend au public ce qui lui échappe, ce qu’on ne voudrait pas qu’il sache, ce qu’on lui dissimule ou qu’on lui cache, ce qui lui est méconnu ou inconnu, bref tout ce qui ne ressort pas de la communication, d’où qu’elle vienne…Or, bizarrement, dans le débat public français, c’est à ce moment précis que le journaliste se fait mal voir. Le voilà brocardé alors même qu’il s’accomplit en jouant son rôle d’apporteur de nouvelles inédites, nouvelles dérangeantes ou mauvaises, indociles et imprévues, incroyables ou impensables, nouvelles qui bousculent les certitudes, ébranlent les opinions, déstabilisent les réputations. Calomnié à cet instant où, sortant de sa routine et prenant des risques, il accomplit la promesse professionnelle qui lui fut enseignée d’être d’abord loyal envers les citoyens en leur dévoilant les vérités les plus utiles, celles qui font réfléchir, celles qui mettent en branle et en mouvement, celles qui découvrent l’impossible et ouvrent le possible. Bref, celles qui nous font sortir des chemins balisés…
La question de l’information, avant de devenir un enjeu professionnel ou une affaire économique, est au cœur de la vitalité démocratique elle-même…Le droit de savoir des citoyens est à la source de la légitimité des journalistes: la responsabilité qui leur incombe est de créer les conditions de cette autonomie politique des individus sans laquelle le collectif démocratique n’est qu’une imposture ou une mascarade…Garantie essentielle contre le retour de la barbarie, il est énoncé à l’article 19 de la déclaration des droits de l’homme du 10 décembre 1948, dans une formulation qui anticipe l’avènement technologique d’internet en défendant une circulation « sans frontières » des informations : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »…Or, la culture française reste celle d’un droit d’accès difficile, indirect, complexe, dissuasif, lourd et lent, parsemé d’embûches et d’obstacles. Nous sommes bien loin d’une loi fondamentale instaurant la liberté d’information comme une règle qui s’impose à tous les tenants d’une quelconque autorité publique…
Le droit de savoir est ce pouvoir de tous qui, par la publicité sur les affaires publiques, arrête l’abus de pouvoir…
Les secrets les plus redoutables que le journalisme doit affronter s’il entend être au rendez-vous de son devoir démocratique d’information envers le public (sont) les secrets d’argent, roi ou fou comme l’on voudra, dans tous les cas de l’argent qui s’érige en maître, instituant de nouvelles féodalités aux privilèges imprenables et intouchables…
Les paradis fiscaux sont le théâtre où les millionnaires affrontent les pauvres, les multinationales les citoyens, les oligarchies les démocraties : à chaque fois, le plus riche l’emporte… Environ 85% des opérations bancaires internationales et des émissions d’obligations sont effectuées via ce que l’on appelle l’euromarket, un espace offshore apatride. Le FMI a évalué en 2010 que le bilan cumulé des petits paradis fiscaux insulaires s’élevait à 18 000 milliards de dollars- une somme équivalente à un tiers du PIB mondial- précisant que ce montant était sans doute sous- estimé…(Nicholas Shaxson cité par Edwy Plenel).
Les banques françaises, notamment BNP- Paribas, Crédit agricole et Société générale, comptent ainsi 24 filiales dans les Caïmans, 12 dans les Bermudes, 19 en Suisse, 29 à Hongkong et 99 au Luxembourg…
Savoir, donc. Démasquer l’imposture. Percer le secret. Regarder la réalité. Affronter la vérité.
Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges…(Friedrich Nietzsche cité par Edwy Plenel). Il ne suffit pas de croire que l’on pense politiquement juste pour informer vrai. C’est même souvent le contraire… L’opinion ne se confond pas avec l’information…
La liberté d’opinion, écrit Hannah Arendt (citée par Edwy Plenel) est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat, et c’est pourquoi les vérités de faits sont les vérités politiquement les plus importantes…
Seuls comptent la vérité des faits, le sérieux de l’enquête, la légitimité de l’information, la bonne foi du travail journalistique.
La démocratie, dans cet esprit, ce n’est pas simplement «  tout dire », mais « tout dire indexé à la vérité ». Ce n’est pas l’aveu, mais l’échange; pas la confession, mais la relation ; pas la dénonciation, mais l’élévation. Bref, il s’agit de dire la vérité pour créer du lien et construire ensemble…( Michel Foucault cité par Edwy Plenel).
   
Le vrai courage c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer. Être le grain de sable que les plus lourds engins, écrasant tout sur leur passage, ne réussissent pas à briser…

L’on est homme seulement si l’on est libre de la soumission à une autorité souveraine. Ni le monde, ni la vie n’ont de sens en dehors de celui que nous construisons par l’engagement de notre responsabilité. Jean-Pierre Vernant, (cité par Plenel), évoquait la dette et l’hospitalité. Notre dette des uns aux autres, infiniment, dans une chaîne sans fin ni frontière, dans l’espace comme dans le temps. Cette dette dont la conscience nous fera accueillir l’étrange et l’étranger, l’inconnu comme l’imprévu lorsqu’ils frapperont inopinément à nos portes.
A  condition cependant que nous ayons appris à vivre en vérité. Et que, par conséquent, nous n’ayons pas renoncé à savoir. »
www.rupture-et-metamorphose.org
Annie Keszey

12/04/2013

L'ENTHOUSIASME DU SCANDALE.

 

jérôme cahuzac,ministre du budget,corruption,réprobation,pierre lascoumes,répression des fraudes



La choquante mais opportune visibilité de la corruption noire de Jérôme Cahuzac est finement synthétisée par Renaud Van Ruymbeke. Ce  juge d’instruction strict, désigné, avec Roger le Loire, pour enquêter sur l’affaire de blanchiment de fraude fiscale du ministre du Budget concentre  les faits individuels, politiques, médiatiques et citoyens d’actualité dans «l’enthousiasme du scandale».
La corruption de responsables politiques, quels qu’en soient les partis, incessante au cours de l’histoire, n’avait pas créé une émotion aussi intense et surtout unanime avant ce dernier choc.
La réprobation absolue cette fois, posture morale certes gratuite, est  étonnamment consensuelle. Aucune voix n’utilise les procédés habituels d’indulgence, de tolérance, pour le déviant, ni d’ambiguïté grise tels que  la minorisation des faits, l’euphémisation, le déni,  le renversement de culpabilité, le cynisme, la recherche de bouc émissaire, l’exploitation de circonstances atténuantes…

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