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09/12/2010

EGALITE REELLE. DOMINIQUE STRAUSS-KAHN.

Les Notes de la Fondation Jean-Jaurès. N°41 -juillet 2004.

 

Pour l’égalité réelle. Éléments pour un réformisme radical.

 

Dominique Strauss-Kahn.

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« L’égalité formelle ne s’attaque pas aux sources mêmes de l’exploitation et de la reproduction des privilèges. La République a proclamé l’égalité. Il restait et il reste encore à la réaliser.  

Pour garantir une société juste,  nous devons compléter la logique de la réparation, propre à la social-démocratie traditionnelle, par une logique de prévention des inégalités sociales, à même de garantir une égalité de destins. » Socialisme de la redistribution, socialisme de la production et socialisme de l’émancipation, c’est cette triple voie que je propose pour que la lutte contre  les inégalités devienne une doctrine concrète : le réformisme radical. »

 

La situation de la France décrite il y a 6 ans, avec une rare expertise, par Dominique Strauss-Kahn, reste d’actualité. La crise financière, économique et sociale, sévère et durable, n’avait pas eu lieu mais son mécanisme, exposé par anticipation, en page 27, est exact. Pour rétablir la croissance et l’égalité, l’homme politique, devenu depuis Directeur du Fonds Monétaire International, définit un projet de société global, français et européen, humaniste et saisissant de démocratie sociale.

 

Extraits.

 

La situation.

 

« Je veux une société juste.

Or la France s’engage sur une pente inégalitaire, dangereuse pour son avenir, et, plus largement, de celui de l’Europe. L’égalité, la justice sociale, sont en effet au coeur du modèle de société français et européen : il présente un équilibre particulier entre liberté et cohésion sociale, entre croissance et redistribution, entre marché et Etat-providence. Dès lors, un creusement massif des inégalités marquerait la mort de notre modèle : l’alignement sur le modèle néolibéral américain, porté par la mondialisation.

Le lien si souvent affirmé entre socialisme, justice sociale et égalité, Léon Blum le résumait ainsi au lendemain de la Libération : « Maintenir et développer les droits de la personne humaine, au sein d’une société toute entière conçue et organisée pour le bien collectif, c’est la formule même du socialisme. C’est ce qui est contenu dans ces deux mots de social-démocratie qui n’ont pas été rapprochés par hasard. C’est la synthèse que Jaurès, durant toute sa vie, a essayé de réaliser entre les notions fondamentales du marxisme et les vieux principes de la révolution de 1789. Cette synthèse, il la fondait sur la justice sociale, « l’élimination progressive des privilèges héréditaires créés par le capitalisme » et « l’instauration d’une société où les inégalités naturelles ne seraient surchargées d’aucune inégalité supplémentaire ».

Ainsi, derrière cette notion de justice sociale, les socialistes ont toujours voulu lutter contre deux mécanismes différents qui se cumulent : la reproduction sociale des privilèges d’une part, qui crée des inégalités de chances et l’exploitation économique d’autre part, qui entraîne des inégalités de conditions L’égalité des citoyens devant la loi, l’égalité des droits politiques, sont un héritage de la Révolution française et de la gauche républicaine du XIXème siècle. Mais le sens historique du socialisme a toujours été d’aller au-delà de cette première égalité, parce qu’elle suppose, à tort, que les individus sont égaux et, qu’en offrant à tous les mêmes droits, tout sera résolu. Cette égalité formelle ne s’attaque pas aux sources mêmes de l’exploitation et de la reproduction des privilèges. La République a proclamé l’égalité. Il restait, et il reste encore, à la réaliser.

Derrière la stabilité des statistiques, les signes se multiplient qui tous indiquent que les causes à l’origine du creusement des inégalités en Europe sont également à l’oeuvre, de manière souterraine, en France où les mutations du capitalisme entraînent un accroissement des inégalités des revenus avant impôt. L’Etat-providence a, jusqu’en 2004, contenu ces inégalités, mais sa capacité redistributive faiblit dangereusement, prise sous le feu croisé des attaques idéologiques du libéralisme, du vieillissement démographique et d’un déficit de croissance persistant de notre économie. Le risque est réel d’un emballement brutal des inégalités de revenus.

Il y a une profonde inégalité des chances dans la société française, une inégalité des chances qui se répartit selon des clivages territoriaux. Selon qu’il naît à Neuilly, Montrouge ou Vaulx-en-Velin, un enfant bénéficiera ou non d’un entourage socio-familial porteur, d’un environnement urbain favorable, de moyens culturels épanouissants. Et ces inégalités de départ ne sont pas corrigées par l’Etat-providence. Celui-ci repose sur une logique de la réparation, de la correction des inégalités a posteriori : il prend mal en compte les inégalités de départ et tend même parfois à les légitimer, voire à les aggraver. Dès lors, les inégalités de départ se commuent en inégalités de destin. La société française se fragmente en territoires clos, aux destins divergents : l’exclusion et la précarité pour les habitants des banlieues défavorisées ; la « smicardisation » pour les classes populaires des territoires péri-urbains ; la réussite personnelle pour les cadres et les ingénieurs des territoires « gentrifiés ». Les nouvelles inégalités ne sont donc plus seulement « quantitatives », comme les inégalités de revenus ; elles marquent un changement de nature : elles s’attaquent au lien social, à ce qui « fait société ».

Le « vivre ensemble » se désagrège.

Répondre au défi inégalitaire est une nécessité pour la gauche, porteuse de ce combat pour la justice sociale. C’est à cette ambition que je veux m’atteler.»

 

Le projet.

 

« Pour garantir une société juste, nous devons compléter la logique de la réparation, propre à la social-démocratie traditionnelle, par une logique de prévention des inégalités sociales, à même de garantir une égalité de destins.  Comme la capacité distributive de l’Etat-providence atteint ses limites, la priorité est de penser une réforme globale du système fiscal et social, pour le rendre plus redistributif et plus efficace. Il nous faut désormais retourner vers le monde de la production et attaquer les inégalités là où elles se créent, c’est-à-dire au sein même du système productif : c’est le « socialisme de la production », pour lequel je milite depuis quelques temps déjà. Plusieurs pistes en découlent : la démocratie sociale, la régulation des licenciements économiques, la sécurisation des parcours professionnels, la législation sur les accidents du travail.

La production doit se concentrer sur les secteurs innovants et les hautes technologies. Il s’agit donc, pour relancer l’économie, d’améliorer les capacités cognitives, le parcours scolaire et la formation universitaire.

Pour renouer avec une égalité réelle des chances, je propose de construire un nouveau socialisme, le « socialisme de l’émancipation ». Il aura pour objectif à la fois d’intégrer les exclus dans la communauté nationale et d’assurer la promotion sociale des classes populaires. Il suppose une évolution sensible de la pensée socialiste : passer de la compensation en aval des inégalités – la logique de l’Etat-providence – à une logique de correction en amont; promouvoir une égalité réelle en renonçant à l’égalitarisme formel, pour concentrer les moyens publics sur ceux qui en ont le plus besoin, donner plus de capital public à ceux qui ont moins de capital social. C’est un grand retour aux services publics que je propose : le socialisme de l’émancipation passe par des réformes novatrices en matière d’éducation, de logement, d’urbanisme, de santé.

Mais ces trois socialismes ont un coût : pour les financer, nous avons besoin du moteur de la croissance économique. Ils ont également besoin d’un levier : face à l’affaiblissement du levier étatique dans le contexte de la mondialisation, il nous faut

construire l’Europe politique. Socialisme de la redistribution, socialisme de la production, socialisme de l’émancipation : ce sont les trois piliers de la social-démocratie moderne telle que je l’envisage.

Cette adaptation constante aux mutations du monde, notre histoire politique prouve que nous en étions capables. Le faire, c’est rester fidèle à notre tradition. Pierre Mendès-France, comme d’autres, insistait souvent sur cette idée d’adaptation de nos instruments d’action pour atteindre nos objectifs intemporels de justice sociale et d’égalité. De nouvelles formes d’exploitation apparaissent qu’il faut combattre. D’autres Bastille s’ ’érigent qui doivent ouvrir leurs portes.

« Ne pas comprendre cela, écrivait-il en 1968, c’est enfermer les hommes d’aujourd’hui dans la société du silence et de l’exploitation, une société sans horizon, une société sans espoir.»

Ces trois socialismes montrent que le réformisme de gauche n’est pas condamné à l’accompagnement social du libéralisme, qu’il peut être un « réformisme radical ». Oui, la politique a encore du sens. Oui, un autre monde est possible : il ne passe pas par les vaines espérances d’un mythique « grand soir », il ne se dissout pas dans le nihilisme de la contestation systématique. Oui, nous pouvons encore changer la vie. Telle est ma conviction, ma volonté, mon ambition. »

 

Dominique Strauss-Kahn rappelle les conquêtes pour l’égalité réelle pendant les « 30 Glorieuses » dont la fiscalité redistributive et la sécurité sociale. Il définit les raisons du retour de la machine inégalitaire, particulièrement sous le gouvernement « Raffarin », avec l’abandon de la priorité à l’emploi et l’absence de régulation des hauts salaires. Le capitalisme industriel devient financier et le transfert du risque financier va de l’actionnaire vers le salarié. La diminution de la population, l’augmentation de l’espérance de vie et la croissance insuffisante interrogent l’Etat-providence… L’imagerie collective a créé de terribles frustrations en laissant croire faussement que les responsabilités sont personnelles. L’école a failli…

Le texte complet de 103 pages expose la situation de la société française et les mesures concrètes pour réhabiliter « la dignité de l’homme » dans un ETAT JUSTE ET EQUILIBRE, PARTENAIRE ACTIF D’UNE EUROPE COHERENTE ET SOLIDAIRE.

Ce projet politique d’avenir, oeuvre rare, d’un socialiste très compétent, est accessible, en particulier, sur le site : www.jean-jaures.org

Image :www.ps45.fr

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.

 

04/11/2010

SUFFRAGE UNIVERSEL ET DEMOCRATIE

 

SU 6.jpg         « Universel » signifie qui s’étend à l’univers, qui ne souffre pas d’exception, qui est valable pour tous les hommes (et femmes) en tout temps et en tout lieu, sans distinction de race, de sexe, de condition sociale, d’origine…

 

            Le suffrage « universel », né de la Révolution de 1789, devenu égal, secret et sincère, avait une première fonction : supprimer la transmission héréditaire monarchique du Pouvoir.

           

 

 

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 Penser que le suffrage universel puisse légitimer, au 21ème siècle, des fils ou filles d’élus, candidats héréditaires à divers pouvoirs républicains, par une continuité dynastique est  « un trou de mémoire ». La filiation privilégiée, inégale, trahit l’égalité.

            Le suffrage universel, suite de combats contre l’exclusion du droit de vote des pauvres, des femmes, des militaires, des jeunes, des français d’Outre- Mer  puis des immigrés,  est un progrès, perfectible, de la démocratie.

            Le suffrage universel est l’expression d’une majorité et non d’une totalité d’électeurs. La question est de savoir si le suffrage universel est un critère suffisant pour maintenir la démocratie. Une réponse est qu’il est actuellement indispensable mais insuffisant parce que les classes moyennes et populaires sont dépossédées du pouvoir.

            La légitimation d’une élection par le suffrage universel dépend de conditions complexes :

  1. L’histoire fluctuante du suffrage universel.
  2. La progression du corps électoral.
  3. La situation politique avant l’élection.
  4. Les candidats de l’oligarchie.
  5. La participation non- universelle au vote.
  6. Les conséquences du choix et la controverse.

           

1. L’histoire fluctuante du suffrage universel.

            Maximilien de Robespierre, député élu de l’Artois, pour le Tiers Etat, dans son discours à l’Assemblée Constituante du 11 août 1791,  plaide pour le suffrage universel  égalitaire,  contre  le « marc d’argent »: « Qu’importe au citoyen qu’il n’y ait plus d’armoiries, s’il voit partout la distinction de l’or ! ». Il s’appuie sur l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen  du 26 septembre 1789, inappliqué pour les élections : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Le décret du 11 août 1792  supprime la distinction entre les citoyens actifs, qui payaient pour voter, et les citoyens passifs, non- possédants. Le principe du suffrage universel masculin, inscrit dans la Constitution montagnarde de 1793 n’est pas utilisé.

            Louis- Napoléon Bonaparte, neveu de l’Empereur Napoléon Ier, est le premier Président (de la seconde République) élu au suffrage universel, masculin, en 1848. Il devient l’empereur Napoléon III, à la suite de son coup d’état du 2 décembre 1851 motivé par son désir d’obtenir, par la force, un second mandat de 4 ans, interdit par la loi.

            Ensuite, le suffrage universel, redouté pour ces déviances inattendues, subit de longues éclipses.

            Le Général de Gaulle, Chef de l’Etat, rétablit cette élection du Président de la République au suffrage universel direct par le référendum du 28 octobre 1962 : 62.2% de suffrages favorables.  

            Le rôle novateur du suffrage universel direct ajoute une fonction politique à la fonction présidentielle institutionnelle.

 

2. La progression du corps électoral.

 

            Les corps électoraux sont définis par des critères limitatifs. Maximilien de Robespierre plaida pour accorder le droit de vote à «  tous » : aux femmes, aux comédiens et aux juifs aussi. Le résultat ne fut pas immédiat.

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Avant lui, Condorcet défendit le vote des femmes qui ne leur fut accordé qu’ en 1944 … et exercé pour la première fois lors des élections municipales du 29 avril 1945. Pourtant, le sceau de l’Etat, dès 1792, fut «  Marianne ». Les militaires de carrière ont appartenu au corps électoral en 1945 et les jeunes de 18 ans, en 1974.  Des citoyens ont été exclus (et tous ne sont pas encore à égalité): les indigents, les domestiques, les prisonniers, les français d’Outre- Mer, les sans- domicile fixe, les gens du voyage, les personnes sous tutelle, les immigrés européens, les autres immigrés. Certains résidents français, contribuables, ne sont pas, actuellement, autorisés à voter.

.           Les territoires des élections sont  plus ou moins étendus : l’Europe, la France, la Région, le département, la commune…Chaque citoyen a l’obligation d’être inscrit sur les listes électorales en un lieu précis.

 

3. La situation politique avant les élections.

            Le suffrage universel, pour garantir des résultats justes (ou presque) et surtout légitimes suppose des conditions avant le vote, en particulier :

-  Un scrutin  concurrentiel, des partis et candidats éthiques, le respect de la constitution. 

- Une information claire : les 191 pages du traité établissant une constitution pour l’Europe  restaient une lecture trop technique.

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- L’absence de déviances telles que le clientélisme, le favoritisme, les engagements mensongers, les cadeaux, les subventions conditionnelles, l’octroi de HLM en échange de voix, le népotisme : tout ce qui peut anesthésier les citoyens du corps électoral.

   - Une langue précise : l’usage  « délicat » de « gouvernance » au lieu de gouvernement, «d’ajustements sociaux » au lieu de démantèlement de l’état providence masque le caractère conflictuel de la réalité.

   - Un dialogue social,  c’est- à- dire une interaction entre les élus et les citoyens, rempart contre l’évolution du pouvoir vers une «démocrature ».

 

4. Les candidats de l’oligarchie.

            Le suffrage universel aboutit à l’élection de démocrates professionnels non représentatifs de la réalité sociologique. Les listes de candidats soumises aux électeurs sont établies par une oligarchie, classe minoritaire puissante rassemblant les pouvoirs politique, financier, économique… Les élus, par cooptation à l’intérieur d’une caste structurée en un réseau d’influence, restent souvent inamovibles, et cumulent des fonctions. C’est la noblesse d’état, à l’esprit de corps, du sociologue Pierre Bourdieu.

            Les ouvriers et techniciens, 58% de la population active, ne sont représentés que par 1 député ! Les « gouvernants » sont majoritairement issus des mêmes formations supérieures de dominants à la pensée standardisée, produits brevetés d’une société figée : ENA, sans parité ni diversité, Instituts politiques, études de droit… Les avocats, par exemple, au gouvernement et à l’assemblée, sont sur- représentés (la  prochaine publication tentera d’exposer l’étrangeté de ce groupe). Autorisés à cumuler leurs mandats et leur activité professionnelle, malgré les conflits d’intérêts, leurs cabinets sont des points d’appui et des relais idéaux pour le renforcement de leur réseau .vers la bourgeoisie des affaires, du marché de l’art, des producteurs d’énergie…

            Cette oligarchie n’est pas visionnaire et ne veut ni ne sait inventer un AVENIR JUSTE.

 

5. La participation non- universelle au vote.            

            Les listes présentées, lors de certains scrutins, sont sans panachage possible. Les bulletins blancs ou nuls ne sont pas comptés. L’abstention, croissante, suppose un remède démocratique à cette inégalité «  qui maximise le pouvoir, en minimisant la participation ». Il y aurait aussi 10% d’électeurs non- inscrits sur les listes électorales!

Les scrutins sont encore parfois invalidés pour irrégularités.

 

6. Les conséquences du choix et la controverse.

            Les résultats sont parfois contestés (la votation suisse refusant la construction de minarets de mosquée) ou annulés pour inverser les résultats (les référendums négatifs français ou irlandais sur l’Europe).

            Historiquement, le suffrage universel donne des résultats conservateurs. Le résultat peut être régressif. En Suisse, les référendums d’initiative populaire ont retardé l’accès des femmes aux responsabilités politiques. Adolf Hitler fut élu en 1933 et populaire, dans une Allemagne fascinée, jusqu’à la fin de la guerre. Jean- Marie Le Pen a reçu, à l’élection présidentielle de 2002, un nombre de suffrages peu représentatif, tout de même, de l’opinion générale. La propagande aliénante ou l’information d’apparence démocratique peut conduire aux mêmes désillusions.

            Parce que la Caste d’en haut a besoin des masses d’en bas qui font tourner la machine économique, le recours au référendum, à la pétition et à la manifestation de rue rectifie parfois des évolutions politiques « hors champ ».

            Les oppositions au suffrage universel ont été nombreuses pendant un siècle : celles des  royalistes, de républicains, de socialistes, des réactionnaires, des anarchistes, des étudiants de mai 1968… Montesquieu, en 1748, dans « L’esprit des lois », préférait le suffrage par le sort à la procédure électorale universelle intrinsèquement inégalitaire et antidémocratique.

             Les principaux arguments furent constants :

-         Le manque d’éducation, l’incompétence du peuple et ses « tourbillons ».

-         L’isolement de l’électeur qui empêche la formation de ce groupe qu’on appelle le peuple.

-         La reconduction des notables, résultat inégalitaire et antidémocratique inattendu : le peuple a voté 7 fois l’Empire, depuis 1800.

-         Les règlements technocratiques de l’administration publique qui dénaturent les lois votées par les élus du peuple souverain…

 

            Les politologues proposent des améliorations:

-         La prise en compte des bulletins blancs.

-         L’instauration d’une participation universelle compatible avec les libertés individuelles pour prévenir les risques d’arbitraire et contenir la domination des plus puissants.

-         Le passage à un système parlementaire qui éviterait les méfaits de la cohabitation.

-         La protection des électeurs afin qu’ils ne soient pas dépossédés au profit de mécanismes anonymes du marché.

-         La création d’une force homogène, populaire et offensive, un contre- réseau, sur le modèle de l’organisation collective des puissants.

.

            Sources : Assemblée Nationale- Philippe Braud : le suffrage universel contre la démocratie. PUF.1980 – Guy Hermet : le peuple contre la démocratie. Fayard. 1989. Discours et publications de  Justine Lacroix, Raymond Ferretti et Alain Garridou. www.cafes-citoyens.fr- Frédéric Lemaître, journal Le Monde. Encyclopédie Universalis. Mémoires du Général de Gaulle. Michel Pinçon et Monique Pinçon- Charlot : Le président des riches. Zones 2010 Le Monde Magazine du 23/10/2010. Image du favoritisme : www.demotivateur.fr

 

www.atelier- idees.org

Annie Keszey.

 

21/09/2010

GENS DU VOYAGE. VOCABULAIRE POUR TENTER DE PENSER JUSTE

 Atsingano, Bohémien, Egyptien, Gens du voyage, Gitan, Gitano, Gyftos, Gypsy, Kalé, Manouche, Rom (ou Rrom), Romanichel, Sinti, Tsigane (ou Tzigane), Yéniche, Zingeuner, Zingaro. Chib Romani, kalo.

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 Rom vient du mot Rrom, en langue romani qui signifie « homme » au sens d’être humain. Les Roms sont un peuple parti du nord de l’Inde vers l’an 1000 après Jésus Christ : leur  langue a des composantes sanskrites, arméniennes, grecques, indiennes...

Ils entrèrent, pour une partie d’entre eux, en Europe, au 14ème siècle, depuis la Turquie et s’installèrent dans l’Empire byzantin où ils furent appelés Atsinganos puis Tsigane, Zigeuner en allemand et Zingano en italien.  

 « Les Tsiganes ne forment pas du tout un groupe homogène. Ceux qui se sont implantés dans les Pyrénées pendant une longue période ont plutôt rencontré là-bas des situations culturelles ou climatiques assez différentes de ce que pouvaient rencontrer leurs lointains cousins en Alsace ou en Lorraine. Forcément, ces rencontres dans la longue durée, avec des populations différentes, transforment inévitablement les gens et les singularisent les uns par rapport aux autres. En admettant qu’au départ les Tsiganes aient pu constituer un groupe homogène ou, à tout le moins, qu’ils aient pu provenir d’une même région, par la force des choses, les rapports avec les sociétés rencontrées, ils se distinguent peu à peu les uns des autres. En fait, plusieurs groupes sont aujourd’hui à prendre en considération. On parle de Manouches, de Gitans, de Roms, on parle également de Yénishes, on parle de Voyageurs, on évoque l’existence de Sinti ou Sinté, autant de termes qui trahissent en fait des origines et des parcours divers.

 “ Tsigane ” est un terme de la langue grecque, pas un terme propre à la langue tsigane. Il désigne une secte religieuse du Moyen Âge dont les membres estiment impur tout contact avec les non-croyants. Cette secte exprimait sa religion à travers des manifestations culturelles liées à la musique et à la danse. Ceux qui vont être appelés Tsiganes, sont des gens qui, à l’époque, ne sont pas nécessairement membres de cette secte. Mais, parce qu’ils sont eux-mêmes musiciens et danseurs professionnels, parce que eux-mêmes pratiquent des activités liées à la divination, et parce qu’ils sont “ étrangers ”, ils seront assimilés à ces derniers. Quoi qu’il en soit, ces Tsiganes venus de l’Inde, ne composent pas du tout une population marginale. Un historien byzantin en parle comme étant l’une des huit grandes populations de l’Empire byzantin ».

 

 Parce qu’ils exerçaient les métiers de chaudronniers et de ferronniers, ils furent appelés Gyftos,  Ejiptanos ( à partir de la petite Egypte, région du Péloponnèse) puis gitanos en espagnol, gitans et égyptiens en Français, gypsies en anglais.       

 

 L’Empereur Sigismond, de la Bohême, en particulier, au 15ème siècle, leur accorda un passeport de circulation en Europe : Ils devinrent ainsi des Bohémiens.

 

« Dans le courant du XIXe siècle, après l’épopée napoléonienne, les routes sont fréquentées par toute une série de groupes tsiganes. Les mouvements que l’on discerne sont à l’origine du peuplement contemporain de la France par les Tsiganes.

tresors.jpg Les Manouches viennent de l’Alsace et de la Lorraine. Ils se sont cachés longtemps dans les Vosges du Nord. Cachés ou cachés à- demi, en ce sens que s’ils sont très mal perçus par les autorités départementales et l’appareil d’État, ils sont plutôt bien intégrés dans les petits villages tels que Lemberg, Baerenthal, Reipertswiller, Wingen, Wimmenau, etc. Là, il y a des familles de Tsiganes dont le chef est parfois qualifié de Bourgeois. Ainsi, par exemple, un Jean D., à l’origine d’une très grosse famille de musiciens actuellement dans le sud de la France, ce Jean D. est appelé Bourgeois, Égyptien et Musicien du village de Baerenthal. Ce sont des gens qui , pour la plupart, habitent – non pas en marge des villages, il y en a qui sont en marge, mais la plupart sont dans les villages – dans des maisons en dur, et en fait ils sont intégrés à l’économie agraire locale. On a des familles qui, à l’époque, s’incrustent près de cinq générations de suite dans le même village. Ainsi, par exemple, à Reipertswiller, la famille Hoffmann. Parmi ces Manouches, il y a des gens qui entretiennent un rapport très particulier au voyage. Ils suivent des itinéraires. Certains de ces itinéraires les poussent vers la Hollande, d’autres itinéraires les amènent vers Lille ou vers la Normandie. Peu à peu, certains itinéraires leur permettent d’aborder le Bordelais. Du Bordelais, il va y avoir un mouvement vers l’Espagne. De l’Espagne, certains Manouches vont aller jusqu’en Argentine, revenir en Espagne, puis de l’Espagne, revenir vers la France. D’autres vont aller en Italie. Vous avez donc, au départ de l’Alsace-Lorraine, ce groupe des Manouches qui a été façonné culturellement au contact des Alsaciens et des Lorrains pendant des siècles et imprégné de culture germanique, qui reprend le voyage et s’étend un peu partout en France, voire bien au delà. En Savoie et Haute-Savoie, vous avez également le retour au voyage de toute une série de groupes qui s’étaient sédentarisés dans la région. Certains sont colporteurs, vanniers, d’autres déploient des activités de cirque »*.           

 

Manouche vient du sanskrit : « homme ».     

 

Même situation de la part des Gitans, qui vivaient en Catalogne dans les Pyrénées et qui reprennent le voyage en suivant les foires et notamment les foires aux chevaux du Midi de la France. Certains d’entre eux, plutôt que de prendre un itinéraire qui les mène de Perpignan à Avignon, vont plutôt monter sur Toulouse puis, de Toulouse sur la Normandie, et de là jusqu’à Lille. Vous avez donc, tout à coup, des gens qui se trouvent à Lille, dans les Flandres, et qui ont été transformés au fil des siècles par leur contact avec les populations catalanes ou hispaniques. Cela amène une “ étrangéité ” dans une région qui ne les voyait pas. Ce sont, d’une certaine manière, les premiers migrants d’une ère industrielle qui n’en est alors qu’à ses premiers balbutiements. Ce sont des migrants qui ne s’intègrent pas nécessairement aux modes de vie locale, mais qui “ butinent ” dans leur contact avec les populations locales.  

 « Il faut y ajouter une population qu’on appelle Yénishe et qui provient, pour l’essentiel de l’Alsace-Lorraine, mais également de Suisse et de l’Allemagne rhénane. Elle est constituée plutôt de paysans qui tentent d’échapper par le voyage, fût-ce seulement une partie de l’année, à une paupérisation croissante induite par les grandes crises économiques qui ont touché le monde paysan au XIXe siècle. Une partie de ces paysans nouvellement voyageurs entre dans l’univers tsigane en se mariant notamment avec des femmes manouches, ou des hommes manouches. Il en ressort une population métissée qui, aujourd’hui, se trouve un peu partout en France, qui a plutôt tendance à vivre comme les autres Tsiganes manouches, mais qui est plus portée que les autres Manouches à s’unir avec des populations sédentaires, souvent des populations marginales. De nouveau, c’est donc un univers foncièrement différencié qui s’installe en France »*…

 

Alain Reyniers*, directeur de la revue Etudes Tsiganes, anthropologue de l’Université de  Louvain- La – Neuve, en Belgique.

            http://www.lau.cnrs.fr

La loi du 16/07/1912, en France, répressive, a créé un statut collectif d’enregistrement : le carnet anthropométrique qui concerne tout individu réputé nomade, romanichels et vagabonds ethniques. C’était un énorme dossier du « monstre administratif de l’état français » que le chef de famille devait faire viser à chaque déplacement.

 Art. 8 de la loi. Le carnet anthropométrique porte les noms et prénoms, ainsi que les surnoms sous lesquels le nomade est connu, l'indication du pays d'origine, la date et le lieu de naissance, ainsi que toutes les mentions de nature à établir son identité.
Il doit, en outre, recevoir le signalement anthropométrique qui indique notamment la hauteur de la taille, celle du buste, l'envergure, la longueur et la largeur de la tête, le diamètre bizygomatique
(?), la longueur de l'oreille droite, la longueur des doigts médius et auriculaires gauches, celle de la coudée gauche, celle du pied gauche, la couleur des yeux : des cases sont réservées pour les empreintes digitales et pour les deux photographies (profil et face) du porteur.

Tout carnet anthropométrique porte un numéro d'ordre et la date de délivrance. Il n'est pas établi de carnet d'identité pour les enfants qui n’ont pas treize ans révolus

Art. 9. Indépendamment du carnet anthropométrique d'identité, obligatoire pour tout nomade, le chef de famille ou de groupe doit être muni d'un carnet collectif concernant toutes les personnes rattachées au chef de famille par des liens de droit ou comprises, en fait, dans le groupe voyageant avec le chef de famille. Ce carnet collectif, qui est délivré en même temps que   le carnet anthropométrique individuel contient: 
1°) L'énumération de toutes les personnes constituant la famille ou le groupe et l'indication, au fur et à mesure qu'elles se produisent, des modifications apportées à la constitution de la famille ou du groupe.
2°) L'état civil et le signalement de toutes les personnes accompagnant le chef de famille ou de groupe, avec l'indication des liens de droit ou de parenté le rattachant à chacune de ces personnes;
3°) La mention des actes de naissance, de mariage, de divorce et de décès des personnes ci-dessus visées;
4°) Le numéro de la plaque de contrôle spécial décrit à l'article 14 du présent décret;
5°) Les empreintes digitales des enfants qui n'ont pas treize ans révolus;
6°) La description des véhicules employés par la famille ou le groupe;
Le carnet collectif indique les numéros d'ordre des carnets anthropométriques délivrés à chacun des membres de la famille ou du groupe.

           

D’autres articles de la loi précèdent et suivent ! ( www.filsduvent.kazeo.com) Romanichel vient du romani : « groupe d’hommes ». Sinti viendrait de Sind, la rivière qui a donné son nom à la province d’origine des Roms : Sindh. 

Les Manouches et les Sintis, population rom de pays germanophobes, furent exterminés, à 90%, dans les camps nazis lors de la guerre 1939- 1945.

 

En 1969, le terme de gens du voyage est adopté par la France où les marquages ethniques sont interdits par la loi. Leur carnet de circulation doit être visé tous les 3 mois.

En 2010, les gens du voyage, ne sont pas majoritairement Roms : ceux qui le sont ont des nationalités diverses, dont la nationalité française.  

 

            En 1970, les intellectuels de l’Union Romani, issus du bloc soviétique, créent un mouvement politique international et choisissent le terme unique de Rom pour toutes les communautés tsiganes d’Europe. Les Gitanos refusent « Rom » et se disent Kalé. Ils parlent le kalo, une loi espagnole punissant de la mutilation de la langue le fait de parler romani.

           

 

 L’économie des Roms.

 Traditionnellement, les Roms vendaient à des non- Roms : les Gadgé.

La mondialisation et la disparition de petits métiers ont contraint les Roms à s’adapter.

« Ils achètent des jeans en Turquie et les revendent en Roumanie. En Roumanie, ils font de la brocante, ils vont chercher chez les paysans toutes sortes d’ustensiles dont les paysans se débarrassent. Ces ustensiles, ces meubles, ces vieux vêtements paysans, sont revendus à des occidentaux, principalement à des Allemands. Vous avez des Tsiganes qui vont en Belgique acheter des tapis dans la région de Courtrai où les tapis sont très rapidement démarqués s’ils présentent quelques défauts. Les Tsiganes les achètent et les revendent à un prix intermédiaire, en France par exemple. Donc, de la distance, du déplacement. Du déplacement, vous pouvez tirer une richesse par le fait même du déplacement.

 

D’un autre côté, beaucoup de Tsiganes en France vivent comme une classe moyenne, en tant que marchands forains. C’est un débouché qui reste fort aujourd’hui. Vous en avez d’autres qui sont ferrailleurs…

 

 Vous avez, en France même, un cardiologue tsigane de réputation internationale, vous avez des avocats tsiganes, des commissaires de police(plutôt dans le Midi de la France, parce qu’effectivement, les Gitans ont vécu une autre modalité d’insertion que les Manouches d’ici). Le devenir de cette population n’est donc pas dessiné, mais il est probablement multiple comme cette population l’a toujours été. Il y aura des formes d’insertion, il y aura le maintien de modalités, au niveau de l’existence notamment, comme l’habitat en caravane, même si on bouge moins»*…            

 

Les Roms seraient environ 12 millions dans le monde dont  7 à 8 millions en Europe. Les statistiques sont imprécises puisqu’il n’y a pas de statistiques ethniques (en théorie du moins, le fichier GASPARD, de la police nationale, serait à consulter) !

Les Roms sont en Amérique du nord et du sud, en Australie, en Turquie, en Iran, en Europe. 

Les Roms ne sont pas à confondre avec les Roumains : ils vivent, certes, en Roumanie (2.4 millions) mais aussi en Serbie, au Montenegro, en Hongrie, Grèce, Macédoine, Allemagne, Albanie, Italie, Portugal, Biélorussie, Suisse, Pays- Bas, Bosnie, Croatie, Autriche, Belgique, Suède… .

 

95% des Roms sont sédentaires depuis le 16ème siècle. 

L’Histoire des Roms est violente, marquée par des tourments administratifs, des mutilations, internements, expulsions, dispersions, persécutions et extermination de collectifs, à partir de stéréotypes et de préjugés nombreux et erronés qui les stigmatisent.

Leur identité culturelle composite, ignorée, n’est jamais enseignée dans les écoles.

Les responsables politiques compréhensifs, fraternels et talentueux furent et sont rarissimes. La grande majorité des gouvernements européens reste  incapable de penser une intégration spécifique bilingue et transnationale.

 

« Ils sont les fils du vent, les charretiers de la liberté, les voyelles de l’ insoumission… » (Extrait de Tsiganes, de Jan Yoors) 

 

Sources : Alain Reyniers, directeur de la revue Etudes Tsiganes, anthropologue  belge.

Jan Yoors, auteur de « Tsiganes ».

Henriette Asséo, historienne, professeur à l’école des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

Encyclopædia Universalis. Marcel Courthiade.

 Le Monde.

 

www.maitre-eolas.fr 

 

www.atelier-idees.org

 

Annie Keszey.  

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22:34 Publié dans POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rom, gens du voyage, tsigane, manouche, gitan, expulsion, populisme, politique sécuritaire | | |  Facebook