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15/08/2011

UN QUARTIER DURABLE: FRIBOURG-EN-BRISGAU.

La ville Fribourg-en-Brisgau, capitale « écologique » depuis 1992, est située dans la région la plus ensoleillée de l’Allemagne, dans la Forêt Noire. La ville accueille 10 000 emplois directement liés aux activités environnementales. Elle est le siège, en particulier, de la Solar Fabrik 1.

Proche de la centrale nucléaire redoutée de Fessenheim, en Alsace, Fribourg a créé un concept local d’approvisionnement en énergie visant la protection contre le réchauffement climatique : la consommation d’énergie, d’eau et de matières premières est réduite, l’emploi de nouvelles technologies énergétiques et des énergies renouvelables est accéléré.

Le quartier écologique Vauban naît après le rachat, par la ville, en 1992, d’anciennes casernes, sur un terrain de 4 hectares. Ces casernes, rénovées, sont affectées aux 220 logements alternatifs du collectif SUSI (association dans laquelle se trouvent d’anciens occupants illégaux des casernes, légalement relogés), à 600 logements pour étudiants, à la maison de quartier et au centre culturel des associations.

Les 34 hectares restants contiendront ensuite 2000 logements et un site d’activités artisanales et industrielles regroupées.

L’éco-quartier se fonde sur la mixité sociale et la convivialité, à partir de services publics situés à de courtes distances dont les jardins d’enfants et les écoles. Ces écoles enseignent l’écologie et le développement durable. Les commerces, accessibles, vendent  les produits de la ceinture verte agricole de Fribourg.

La conception, l’évolution et la gestion du quartier sont prises en charge par une association privée et démocratique de résidents : le Forum Vauban. Les impasses conflictuelles, nécessitant les décisions de la seule municipalité ont été rares depuis 15 ans, de l’ordre de 10% des problèmes à résoudre.

Le site boisé, traversé par un ruisseau, est à 4 kilomètres du centre-ville.

Les déplacements doux sont privilégiés: le vélo, les bus et le tramway dont le tracé fut défini dans le plan d’aménagement. Chaque logement n’a droit qu’à une place de stationnement, très coûteuse à l’achat, dans 2 garages-silos collectifs à l’entrée du site. Les places privées sont rares, à la périphérie du site, et ne concernent que 25% des logements construits à cet endroit.  Certains habitants s’engagent à ne pas avoir de voiture.

Le modèle urbain de « cité-jardin durable » limite l’extension et la population. L’architecture est particulièrement variée quant à ses formes strictement pensées et à ses couleurs. L’isolation est de 40 cm pour les murs extérieurs et de 35 cm sous les toits, souvent à couvertures végétales. Les jardins privatifs et les espaces verts restent sans clôture, arrosés par l’eau de pluie filtrée dans du sable.

Des maisons passives, en bandes, sans ombre portée, avec triple vitrage, ne consomment que 15kWh/m2/an. 

D’autres maisons, positives, produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment : la maison construite par l’architecte Rolf Disch, maison de bois à triple vitrage, suit le soleil pour optimiser les gains de l’énergie  fournie par des panneaux photovoltaïques et des capteurs solaires thermiques sous vide. 

Tous les  logements sont soumis au label habitat à basse énergie inférieur à 65kWh/m2/an.

La ville a construit une usine de cogénération alimentée à 80% par des copeaux de bois et à 20% par du gaz naturel.

L’éco-quartier est l’œuvre, en particulier, de 3 acteurs remarquables : la ville de Fribourg, le forum Vauban et la coopérative de construction Genova.

Une première évaluation globale par usage de l’Analyse du Cycle de Vie et du logiciel GEMIS juge l’expérience positive. En particulier, les émissions de CO2 ont été divisées par 2.

Un rapport technique approfondi sur les quartiers durables est téléchargeable sur le site :

www.areneidf.com

 

www.atelier-idees.org

Annie Keszey

 

14/01/2011

2011. INDIGNEZ-VOUS!

 

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Un grand Résistant, de 93 ans, Stéphane Hessel, appelle les jeunes générations à une insurrection pacifique.

Créer, c’est résister.

Résister, c’est créer.

Le motif de base de la Résistance était l’indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux…

Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous !

Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger les conquêtes de la Résistance telles que la sécurité sociale, la retraite, la nationalisation des sources d’énergie et des grandes banques, la subordination des intérêts particuliers aux intérêts généraux…, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée? Sinon parce que le pouvoir de l’argent, tellement combattu par la Résistance, n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat.

Il nous appartient aujourd’hui de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l’égard des immigrés, pas cette société qui remet en cause les acquis du programme du Conseil de la Résistance, pas cette société où les medias sont entre les mains des nantis et qui propose la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition de tous contre tous.

Pour être efficace aujourd’hui, il faut agir en réseau, dans la non-violence et la conciliation de cultures différentes, se fonder sur les droits et utiliser les moyens modernes de communication…

[Extraits de : « Indignez-vous » de Stéphane Hessel aux éditions « Indigène ». 3 €. 2010.]

Stéphane Hessel naît à Berlin, en 1917, d’un père juif écrivain et d’une mère peintre, mélomane. En 1924, la famille s’établit à Paris. Stéphane, naturalisé français en 1937, est mobilisé et connaît la «drôle de guerre.»

En mai 1941, il rejoint la France libre du Général de Gaulle, à Londres. Débarqué clandestinement en France, fin mars 1944, pour une mission de contact avec les réseaux résistants, il est arrêté à Paris, en juillet, par la Gestapo, sur dénonciation. Quelques jours avant la libération de Paris, il est envoyé au camp de Buchenwald. A la veille d’y être pendu, il échange son identité contre celle d’un Français mort du typhus. Sous son nouveau nom, il est transféré au camp de Rottleberode, puis, après une première tentative d’évasion, au camp de Dora dont il s’évadera définitivement.

Cette vie restituée, il fallait l’engager, écrit-il dans ses mémoires.

Diplomate, il participe à la rédaction de la déclaration universelle des Droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948, par les Nations unies, au Palais de Chaillot, à Paris.

Si vous rencontrez quelqu’un qui n’en bénéficie pas, aidez-le à les conquérir.

Pendant la guerre d’Algérie, il milite en faveur de l’indépendance algérienne.

En 2008 et 2009, il se rend dans la bande de Gaza, prison à ciel ouvert et à son retour témoigne sur la douloureuse existence des Gazaouis. Il a été élevé à la dignité d’Ambassadeur de France et de Commandeur de la Légion d’honneur.

Je me suis toujours situé du côté des dissidents, déclare-t-il à la même époque.

[Sylvie Crossman, éditeur : www.indigene-editions.fr]

 

08/06/2010

LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITE

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Extraits.

 

Joseph STIGLITZ, économiste aux prévisions justes, décrypte la crise actuelle d’un capitalisme dévoyé. Il définit les conditions pour créer un nouveau système financier, économique et politique, basé sur un idéal éthique, apte à réduire la fracture entre les nantis  et les autres.

 

            Joseph E. STIGLITZ, économiste américain, Prix Nobel en 2001, est l’un des rares à mettre en garde, depuis plusieurs années, contre la libre circulation des capitaux, la financiarisation du marché et les déréglementations…

            Son dernier livre, de février 2010, « LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITE », publié chez « Les Liens qui Libèrent », est un combat d’idées fondé sur une analyse de la « fabrication » de la crise, des responsables, des réponses politiques et des hypothèses quant à l’avenir du monde.

            Dix chapitres structurent cette étude dont le quatrième expose l’une des principales causes directes de la crise : le scandale des prêts hypothécaires américains. La conclusion, à la page 465, envisage deux issues possibles pour l’avenir du monde : l’une, tragique, reconduirait le même système capitaliste dévoyé, l’autre, développée par l’auteur, mettrait à plat les fondements de l’économie mondiale afin de réformer une science économique qui s’est fourvoyée entraînant dans son sillage l’accroissement des inégalités, de la pauvreté, de la crise environnementale et une faillite de la morale.

 

LA FABRICATION DE LA CRISE.

 

            …Marché déréglementé, saturé de liquidités et de taux d’intérêts faibles, bulle planétaire de l’immobilier, hausse astronomique du prêt à risque : le mélange était explosif. Ajoutons les deux déficits des Etats- Unis, le budgétaire et le commercial et l’accumulation correspondante de gigantesques réserves en dollars, en Chine, dans un contexte d’une économie mondiale et il était clair que tout avait affreusement déraillé.

 

LES RESPONSABLES.

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            L’énumération suivante ne reprend que quelques niveaux de responsabilités.

-         Les initiateurs de prêts immobiliers agissant pour les sociétés de crédits hypothécaires, avec la complicité des banques et des agences de notation,

-         Les présidents de la Federal Reserve, Alan Greenspan, puis Ben Bernanke qui n’ont rien régulé,

-         Les dirigeants d’entreprise, par leur gouvernance inadaptée et la mise en œuvre inadéquate des lois de la concurrence,

-         Les investisseurs imparfaitement informés du risque et peu formés aux transactions financières.

 

            Quant à Bush et Obama, ils ont « sauvé » des banques avec l’argent des contribuables (les taxpayers) sans exiger de contreparties !

 

LE SCANDALE DES PRETS HYPOTHECAIRES AMERICAINS.

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            Avant l’arrivée des innovations financières modernes, les banquiers- prêteurs vivaient dans un monde assez simple. Ils évaluaient le risque de crédit, consentaient des prêts à taux fixe, les surveillaient pour vérifier que l’emprunteur dépensait bien l’argent de la façon promise et encaissaient les remboursements avec intérêt. Entre les prêteurs et les emprunteurs existait une relation de confiance : la confiance que l’argent déposé à la banque serait rendu. Les coûts de ces transactions efficientes  étaient faibles. Le profit des banques était constitué par la différence entre les intérêts des emprunteurs et  ceux versés aux  déposants.

            Cependant, en 100 ans, de nombreuses paniques bancaires ont engagé les déposants à se ruer sur les guichets des banques, par peur de ne pas récupérer leur argent…

            Depuis plusieurs décennies, les institutions financières « subprime » d’Amérique ont créé un large éventail de prêts immobiliers dont le but principal était de maximiser, pour les banques, les commissions des transactions. Il s’agissait de soutirer le plus d’argent possible à l’emprunteur. [Les professionnels de ces prêts, cupides, raffolent toujours de ces multiples commissions].

            Pour le prêt hypothécaire à 100%, les banques prêtent 100% de la valeur de la maison, voire davantage. Si le prix de la maison augmente, le propriétaire garde la différence, si le prix diminue, il rend les clés et s’en va. Il ne peut en acquérir une autre sans être alors en défaut de paiement. Plus la maison est grande, plus le gain peut être gros, ainsi de nombreuses familles, financièrement analphabètes et abusées ont-elles investi de l’argent qu’elles ne pouvaient gagner et, tout perdu.

            Le prêt à taux d’appel, avec des taux d’emprunt très bas au départ et qui explosent ensuite ou le prêt « ballon », à coût de départ avantageux mais qui doit être renégocié au bout de 5 ans avec de nouvelles commissions enrichissent les prêteurs et ruinent les emprunteurs. Quant au « prêt menteur », quiconque pouvait l’obtenir sans annoncer ses revenus ou en les surestimant, sans rien prouver, parfois même le banquier se chargeait de ce mensonge. Les acheteurs, incapables d’assumer leur dette, apprenaient parfois, par le premier futur acheteur, que leur maison avait été mise en vente aux enchères par leur banque !

 

 

            Ces formules de prêts, très nombreuses et inventives postulaient toutes que les prix des maisons augmenteraient, alors que c’était déjà une quasi- impossibilité économique à l’époque, elles ignoraient, de plus, l’hypothèse du chômage et la très importante augmentation des taux d’intérêt.

            Pour partager et diversifier  les risques, les banques locales ont « titrisé » les prêts hypothécaires : elles ont regroupé les crédits pour les vendre, avec commissions, en suivant une longue chaîne d’investisseurs  du monde entier. Tout le mécanisme de la titrisation reposait sur la théorie du plus fou : elle supposait qu’il existait des fous à qui l’on pouvait vendre des prêts hypothécaires toxiques et les périlleux morceaux de papier fondés sur eux. L’ignorance ne les empêchait pas de se jeter avidement sur ces titres…et d’importer partout la crise américaine.

           

            Les impacts de ces pratiques prédatrices sur la vie des citoyens sont des cauchemars : la maison de Doris Canales a été menacée de saisie après 13 refinancements en 6 ans. Ces prêts, sans document, étaient versés sur le compte de Doris, à la suite d’un coup de téléphone. 3 millions de propriétaires ont été en défaut de paiement en 2009, 2 millions ont perdu leur maison. Ces nombres vont croître jusqu’en 2012.       

 

 

LA CONCLUSION.

            … Les défauts de notre système financier illustrent des vices généraux de notre système économique, et les vices de notre système économique reflètent des problèmes de fond dans notre société. Nous nous sommes lancés dans les renflouements (des banques) sans avoir une idée claire du type de système financier auquel nous voulions parvenir et le résultat a été déterminé par les mêmes forces politiques qui nous avaient plongés dans le chaos. Nous n’avons pas changé de système politique donc peut-être ne faut-il pas nous en étonner…

            Il est certain que les choses vont changer à cause de la crise. Le retour au monde d’avant crise est exclu….

            Dans certains domaines, les règlementations sont améliorées : il est presque sûr qu’on va limiter les excès du levier. Mais dans d’autres, l’absence de progrès est frappante : on laisse les banques trop- grandes- pour- faire – faillite poursuivre leurs activités à peu près comme avant ; l’usage des dérivés gré à gré, si ruineux pour les contribuables, continue presque sans fléchir ; et les dirigeants reçoivent toujours des primes démesurées. Dans tous ces domaines on prendra des mesures cosmétiques mais très inférieures à ce qu’il faudrait. Sur d’autres points la déréglementation va continuer à bon rythme, aussi scandaleux que cela puisse paraître : sans un sursaut populaire pour l’empêcher, il est clair que les protections fondamentales des investisseurs ordinaires vont être minées par un affaiblissement crucial du Sarbanes- Oxley act, voté au lendemain de l’affaire Enron…

            Sur plusieurs points déterminants, les choses se sont aggravées pendant la crise. Nous avons modifié non seulement nos institutions- en encourageant encore plus de concentration dans la finance- mais les règles même du capitalisme. Nous avons annoncé que pour des institutions privilégiées, il n’y aurait que peu ou pas de discipline de marché. Nous avons créé un ersatz de capitalisme aux règles floues mais aux résultats prévisibles : de futures crises ; des prises de risque inacceptables aux frais de la population…et davantage d’inefficacité. Nous avons fait des discours sur la transparence mais nous avons élargi les possibilités qu’ont les banques de manipuler leurs comptes. Dans les crises précédentes on s’inquiétait de l’aléa moral, des incitations négatives que créent les renflouements ; mais l’échelle de la crise a donné à ce concept un sens nouveau.

            Les règles du jeu ont changé également au niveau mondial…Autrefois, on pouvait éventuellement débattre du degré d’équité des règles du jeu dans la concurrence entre pays développés et moins développés ; aujourd’hui, il ne peut y avoir aucun débat…

            Nous avons vu le danger.

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            Saisirons- nous l’occasion de retrouver l’équilibre entre le marché et l’Etat, entre l’individuel et le collectif, entre l’homme et la nature, entre les moyens et les fins ? Il nous est aujourd’hui possible de créer un nouveau système financier, qui fera ce que les êtres humains attendent d’un système financier ; possible de fonder un nouveau système économique, capable de créer des emplois qui ont un sens, d’assurer un travail décent à tous ceux qui veulent travailler, et où la fracture entre les nantis et les autres se réduira au lieu de s’élargir ; et, possible surtout de créer une société nouvelle, où chacun aura les moyens de réaliser ses aspirations et de vivre au niveau de ses potentialités, où il y aura des citoyens capables d’être à la hauteur d’idéaux et de valeurs partagés, et une collectivité qui traitera notre planète avec le respect qu’à long terme elle va certainement exiger. Toutes ces occasions sont là. Le danger réel, aujourd’hui, est de ne pas les saisir.

 

Images : www. newsweek.com (deux prédateurs, Fannie May et Freddie Mac). Ces deux prédateurs s’adressent à un contribuable : Soyez mignons, retenez- nous quand nous atterrirons !)

                www.seeker 401.wordpress.com

Annie Keszey. www.atelier-idees.org