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20/05/2010

Temps des crises

le temps des cerises.jpg

Temps des crises. Michel Serres.

Manifeste ! Le pommier ! 09/09/2009.

[Extraits discontinus].

Les politiques ne connaissent pas cette science complexe qu’est l’écologie. La sortie de crise, pour Michel Serres, académicien,  suppose l’implication, éthique, des savants.

 Mais que révèle le séisme financier et boursier  qui nous secoue aujourd’hui ?

Si nous vivons une crise, aucun retour n’est  possible. Les termes relance et réforme sont hors de propos. Il faut donc inventer du nouveau.

Financière et boursière la crise qui nous secoue aujourd’hui cache et révèle des ruptures qui dépassent, dans le temps, la durée même de l’Histoire.

 

Les ruptures.

1. L’agriculture.

Au 20ème siècle, le néolithique se termine : l’humanité occidentale, bien qu’elle continue à se nourrir d’elle, quitta donc, ici au moins, la terre.

Parallèlement, la proportion d’humains vivant dans les villes avoisinera les 75%, en 2030.

Or, lorsque se déterritorialise ainsi la majorité des humains, le rapport au monde se transforme.

Premier coup : tout devient politique, du grec polis, la ville.

Second coup : or, précisément, à ce moment-là, le monde se venge et menace les hommes. Dès lors, rien ne sera plus vraiment politique au sens traditionnel.

Basculement.

2. Les transports.

La mobilité des hommes a cru. En 2008, elle s’élève, pour le transport aérien, à trois mille milliards de kilomètres- passagers. La distance d’où proviennent les marchandises dans les hypermarchés se chiffre par milliers de kilomètres. La France devient une cité  dont le TGV est le métro et les autoroutes, les rues.

3. La  santé.

Après les années 50 émerge un organisme humain d’une nouveauté dont nous ne nous formons peut- être pas encore une idée assez juste : moins de souffrances, moins de maladies incurables, moins de traces de ces douleurs sur la peau. Le temps de naître, les pics de douleur, la durée des maladies dépendent en partie de nous désormais, même peut- être le moment de la mort que nous pouvons , en partie, différer.

      4. La démographie.

Le nombre des humains passera bientôt à 7 milliards, le plus souvent serrés en gigantesques mégalopoles. L’espérance de vie augmente de 3 à 6 mois par an. C’est une recomposition du paysage humain qui n’est pas accompagnée des transformations en profondeur des institutions et des coutumes.

   5. La connexion.

   Après le monde et le corps : nos relations. Les dites nouvelles technologies changent nos liens, nos  voisinages, nos savoirs et nos manières d’en prendre connaissance. Le connectif remplace le collectif.

6. Les conflits.

   La seconde guerre mondiale fut le premier conflit où, selon les experts, les humains réussirent à tuer plus de leurs semblables que ne le firent les microbes et   les bactéries au cours des précédents    affrontements. Quel modèle atroce de domination. Il n’est pas sûr que le plus fort, même de plus en plus fort, reste très longtemps le maître. En dépensant plus de mille milliards de dollars, l’hyper- puissance  incontestable n’a pu gagner, en ces jours, une guerre contre l’un des pays les plus faibles de la planète.

   Etrange crise de la puissance.

 

   En quelques décennies se transformèrent radicalement : le rapport au monde et à la nature, l les corps, leur souffrance, l’environnement, la mobilité des humains et des choses, l' ’espérance de vie, la décision de faire naître et parfois de faire mourir, la démographie mondiale, l’habitat dans l’espace, la nature du lien dans les collectivités, le savoir et la puissance.

 

La crise globale.

L’ensemble de nos institutions connaît désormais une crise qui dépasse de fort loin la portée de l’histoire ordinaire.

Etrange et dangereuse chose, malgré ces transformations majeures, nos institutions politiques, religieuses, militaires, universitaires, hospitalières, financières, continuèrent à peu près comme si rien ne se passait.

La crise ne touche pas seulement le marché financier, le travail et l’industrie, mais l’ensemble de la société, mais l’humanité entière.

Le jeu à deux qui passionne les foules et qui n’oppose que des humains, le maître contre l’esclave, la gauche contre la droite, les républicains contre les démocrates, telle idéologie contre une autre quelconque, les verts contre les bleus…disparaît en partie dès lors que ce tiers intervient. Et quel tiers ! Le monde soi- même. Ici la lise, demain le climat. L’eau, le feu, la terre, flore et faune, l’ensemble des espèces vivantes, ce pays archaïque et nouveau, inerte et vivant : la Biogée.

Fin des jeux à deux ; début d’un jeu à trois. Voilà l’état global contemporain… 

La Biogée peut- elle devenir un sujet de droit ?

Le nouveau triangle se nomme : Sciences- Société- Biogée.

 

La biogée.

Qui donc aura l’audace de fonder non plus des institutions internationales où ces jeux à deux vainement perpétrés restent ou aveugles ou dommageables au monde, mais une institution à la lettre mondiale. Dans un livre récent, je l’appelai WAFEL, avec les initiales anglaises des quatre éléments et des vifs. S’y réuniraient non pas les députés des nations mais les représentants de l’eau, de l’air, du feu, de la terre et des vivants, bref de cette Biogée pour dire la Vie et la Terre.

Fonte des glaces, montée des eaux, ouragans, pandémies infectieuses, la Biogée se met à crier…

Mais qui aurait la parole en ce parlement de muets ? Sûrement pas, en tout cas, les politiques actuels, dont la désuétude se mesure à leur ignorance des paroles et des choses du monde…

Qui va parler au nom de la Biogée? Les savants.

 

L’avenir des Sciences.

Les six grands bouleversements cités proviennent, tous, sans aucune exception, de la recherche scientifique et de ses applications : agronomie, pharmacie, biochimie, physique nucléaire, sciences de la vie et de la terre.

Seule la Science a le souci du long terme qui peut aider à l’anticipation. Le corpus global des Sciences a toujours joui d’un centre, or, ce centre, dans l’histoire, se déplace : le logos mathématique (Grecs), les forces mécaniciennes (de Galilée à Auguste Comte), la mathématique des grands nombres, la physique et la chimie des particules. Ces Sciences sont faciles puisqu’elles traitent d’objets préalablement minutieusement découpés. Les Sciences de la Vie et de la Terre, (SciViTe) désormais, prennent le relais, nouveau centre de gravité du savoir, qui se réfère plus aujourd’hui à la Connaissance dans son ensemble. Sciences difficiles parce qu’elles entrent dans la réalité des liens qui unissent les choses entre elles et les Sciences qui parlent des choses entre elles. Difficiles mais accessibles…

Devenons des SciViTes plutôt que des civiques. La Biogée comprend, en effet, le monde et les humains.

Je ne demande pas que les savants prennent le pouvoir, hélas tombé dangereusement en une telle déshérence que n’importe qui pourrait aujourd’hui le ramasser, mais qu’ils prennent la parole au nom des choses, la parole des choses elles- mêmes.

Par le rayonnement de cette nouvelle « boule », toutes les sciences, plus ou moins, se mettent à ressembler à l’écologie, ce savoir d’une inextricable difficulté…L’écologie ne découpe rien, elle associe, allie, fédère, entre dans le détail et dessine les paysages…

[Inquiétude impertinente : combien de soi-disant écologistes politiques savent un minimum d’écologie vraie ? Riant, je propose d’ouvrir de petits stages où, accroupis sur l’herbe, ils apprendraient…]

Les SVT couvrent aussi les sciences humaines, dont les sciences cognitives.

Comment penser désormais la politique, le droit, l’économie, comment même construire une sociologie, sans référence à notre plongement dans les éléments et les vivants de la Biogée?

 

Deux serments.

 

Pour ce qui dépend de moi, je jure : de ne point faire servir mes connaissances, mes inventions et les applications que je pourrais tirer de celles-ci à la violence, à la destruction ou à la mort, à la croissance de la misère ou de l’ignorance, à l’asservissement ou à l’inégalité, mais de les dévouer au contraire, à l’égalité entre les hommes, à leur survie, à leur élévation et à leur liberté.

 

Que les savants puissent parler au nom de la Biogée exige qu’ils prêtent d’abord un serment dont les termes les libèrent de toute inféodation aux trois classes : la religion, qui géra les hommes en prétendant les défendre, l’armée qui les gouverna et, souvent, les asservit et enfin l’économie qui se mit à régir leurs vies, parfois implacablement. Pour devenir plausibles, il faut que, laïques, ils jurent ne servir aucun intérêt militaire ni économique.

A ce prix seulement, ils pourront prendre la parole à la WAFEL, au nom de la biogée.

 

Des sorties de crise ?

L’universalité de l’accès au savoir peut fonder une vraie démocratie : la hiérarchie précédente se fondait sur la rétention de l’information…Or, la hiérarchie, c’est le vol.

Cet accès universel change la nature même du pouvoir. La liberté, c’est l’accès. Non seulement l’accès possible, mais l’intervention active (de tous, dans toutes les affaires publiques). L’égalité règne aussi bien pour l’intervention libre, que pour l’accès, facile.

Intervention et accès concernent ici l’information que les spécialistes disent « douce » et non la puissance brute, le sabre du gendarme ou la bombe nucléaire, marteau ou faucille, durs.

Face à la dureté de la Biogée, l’homme doit changer d’intelligence : encore du côté du venin et du croc, elle doit muter, au plus vite et sous risque gravissime, de la volonté de puissance au partage, de la guerre à la paix, de la haine à l’amour.

Douces, les trois révolutions de l’écriture, de l’imprimerie et de l’ordinateur ont bouleversé l’histoire des conduites, les institutions et les pouvoirs dans nos sociétés de manière plus fondamentale que les changements durs, ceux des techniques du travail, par exemple.

Je le répète, dur se dit du travail à l’échelle entropique : coups de marteau sur un burin, fonte de l’acier, moteurs, bombes nucléaires. Doux se dit des actes d’échelle informationnelle : traces, marques, signes, codes et leur sens. Je n’ai cessé de citer les quatre opérations concernant l’information : la recevoir, l’émettre, la stocker, la traiter. Elles spécifient toutes les choses du monde, sans exception, nous compris. De même que nous communiquons, entendons et parlons, les choses inertes, comme les vivants émettent et reçoivent de l’information, la conservent et la traitent. Nous voici à égalité. Asymétrique et parasite, l’ancien partage sujet- objet n’a plus lieu ; tout sujet devient objet ; tout objet devient sujet. Toute la connaissance change et la pratique et le travail et la conduite…

Voici donc le secret du livre et de la crise : les écarts qui, béants, s’ouvrent entre le casino de la Bourse et l’économie réelle, les chiffres de nos conventions fiduciaires et la Biogée des vivants et de la Terre, tout autant que celui qui sépare le cirque médiatique de l’état évolutif des personnes et de la société, ces distances équivalent, en somme, à la bifurcation du dur et du doux. Je promets, pour demain, un long livre sur ce Doux. Image : dorure.rmc.fr- Annie Keszey. www.atelier-idees.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09/05/2010

L'agenda 21

EAU TERRE.jpg

mains piece.jpgL’agenda 21, adopté par 173 Chefs d’Etat au sommet de la terre de Rio de Janeiro, en 1992, repose sur un précepte : penser globalement et agir localement.

Ce programme d’actions de développement durable, pour le 21ème siècle, défini dans 40 chapitres et 27 principes, est encadré , en France, par des textes fondateurs. Le développement durable devra satisfaire les besoins des générations actuelles et futures…

La méthodologie de l’agenda 21, accessible, par exemple, sur le site www.agenda21france.org et sur le site www2.ademe.fr, pour l’agenda local , induit « que le développement durable sonne le glas d’une culture technocratique et d’un pouvoir hiérarchisé et repose sur un partage des savoirs, des pouvoirs et des responsabilités : il introduit un nouveau mode d’évaluation, de décision et d’action politiques, un changement de posture du monde ».

 

La réalité de l’agenda 21 confirme- t- elle cet idéal de démocratie participative?

 

L’agenda 21 de Puteaux a été voté lors du conseil municipal du 27/04/ 2009, après diverses concertations.  Les 27 et 28 Mars 2010, le Maire de Puteaux a organisé les journées du développement durable pour faire le point sur l’avancement des 97 actions planifiées et maintenir la mobilisation citoyenne. Trois ateliers, d’une heure chacun, se sont tenus dans la salle du tribunal sur la biodiversité, la qualité de la vie et l’activité économique (dont la mobilité). Moins de dix participants, (les trois- quarts restant silencieux), dans une ville de 44 278 habitants, ont suivi ces ateliers! La chargée de mission de l’agenda 21 n’est pas responsable de cette situation : ses exposés furent agréables et construits…

Certes, il y avait des visiteurs à l’exposition, sur la place, mais on peut faire l’hypothèse d’une fréquentation voisine de 1% de la population. Ce n’est pas seulement le cas de Puteaux. Par contre, à Laval, au Québec, 10 % de la population participe aux actions concrètes de développement durable. La région Rhône- Alpes dispose d’un panel de 10 000 personnes qui participent aux débats. La Suisse procède, elle, à des «  votations »…Maintenir la démocratie en éveil n’est pas impossible mais suppose des conditions à réunir, volontairement. La ville de Porto Alegre, au Brésil, est bonne conseillère.

Aucune enquête locale n’est accessible sur les attentes des habitants de Puteaux  mais de nombreuses données nationales clarifient le contexte des agendas 21, peu propices à l’investissement citoyen.

 

Le pouvoir de décision excessif des Maires.

Les lois de décentralisation et la modification de la constitution ont accru considérablement le pouvoir des maires, déjà surdimensionné par le système des élections municipales. Les possibilités d’agir sont concentrées dans les mains de quelques adjoints et hauts fonctionnaires, soutenus par la  majorité muette des élus. C’est une situation de mimétisme par rapport aux conseils des ministres : le philosophe feutré et ex-ministre, Luc Ferry, s’étonne toujours de « la servilité » de nombreux représentants du peuple. Il n’y a pas un réel contre- pouvoir communal qui pourrait relativiser la manière autoritaire dont les responsabilités sont dévolues aux conseillers municipaux : l’opposition municipale est dans la quasi- impossibilité de se faire entendre et d’autant plus virulente qu’elle est inefficace. La décentralisation a engendré un centralisme local et les citoyens, dans ce carcan, se savent, malgré les apparences, d’une grande impuissance, paradoxale, puisqu’elle touche à des sujets qui les concernent directement.

 

La pesanteur hiérarchique nationale sur le pouvoir local.

L’état pèse par ses lois, décrets et normes dont les normes comptables. De plus, en général, le Maire est tenu par la discipline de son Parti politique. Une mesure hiérarchique telle que la suppression de la taxe foncière, par l’incertitude qu’elle entraîne sur les finances locales re- oriente, autoritairement, les politiques prévues. La suppression, sans concertation, de la taxe carbone, signe, en particulier, l’inanité de l’engagement de citoyens et, pire encore, des associations de défense de l’environnement, en général plus écoutées. Elle dévoile l’engagement provisoire et électoraliste de l’Etat, au lieu d’un engagement urgent, responsable.

 

L’interrogation sur la pertinence de l’espace local, strictement délimité, pour engager un développement durable.

La démocratie locale est plus dans une logique de concurrence, voire de rupture avec les territoires voisins que dans une logique de coopération seule apte aujourd’hui à traiter les problèmes à grande échelle. [Le mur étanche entre Neuilly et Puteaux, sur l’île en copropriété, est symboliquement anachronique quant aux préoccupations  écologiques]. Quelle est l’étendue réelle du pouvoir des institutions locales face aux puissances démesurées qui les traversent ? Les objectifs de la préservation du climat, de l’eau, de la biodiversité, de la défense des équilibres écologiques nécessaires à la vie et à la vie humaine, peuvent-ils être pris en charge au niveau local ? Saint Brieuc, par exemple, dans les côtes d’Armor, peut consulter les citoyens sur le ramassage des algues vertes, putrides, de ses plages, mais ne peut résoudre, localement, la question des nitrates. La concertation se fait au niveau du territoire hydrographique des bassins versants afin d’assurer une gestion cohérente des eaux. Entre le débat public, pourtant, et le document réputé en être issu, les « comités de l’eau », rédacteurs des conclusions, insèrent des « filtres administratifs notables ». De la libre décision des usagers ne peut naître une réglementation. Des habitants des Côte d’Armor estiment maintenant plus pertinent de déposer plainte contre le Préfet, pour pollution et mise en danger des populations, plutôt que de se couler dans les régimes de décisions existants aux mains des élus et d’associations dépendantes des fonds de collectivités territoriales.

A Puteaux, une action volontariste devrait ramener les papillons sur une pelouse de l’Ile : c’est poétique et esthétique. Mais quel est l’impact sur la protection des « corridors » de la biodiversité ? Les indicateurs pour mesurer les situations de la biodiversité sont encore en construction : ils pourraient être universels pour contourner les « lobbies ».

Actuellement, la multiplication des structures et l’enchevêtrement des compétences nuit à la clarté des mesures, inégales et éclectiques.

 

La compétence en question des responsables.

L’écologie est une science très difficile, transdisciplinaire, qui suppose l’intervention de nombreux savants, complémentaires. Or, ces savants ne sont pas en nombre suffisant et  les communes disposant d’une cellule de compétences transversales, pour penser le développement durable, sont rares. La population française d’aujourd’hui n’a pas une culture écologique, l’école publique ayant négligé l’enseignement des Sciences de la Vie et de la Terre. Dans ce contexte, les confusions sont nombreuses. La bonne volonté ou la mode médiatique n’est pas la pertinence.

 

Des résultats scientifiques controversés.

Le débat entre le Groupe des Experts Intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC) et les climato- sceptiques que sont Claude Allègre et Vincent Courtillot, en particulier, n’est pas tranché. Une tentative de clarification est prévue entre experts. Les inconvénients des éoliennes se multiplient. L’opposition à l’énergie nucléaire ne progresse pas faute de proposer des alternatives de même importance productrice. Le procédé de calcul des émissions de CO2 est en cours de révision afin d’intégrer et de situer géographiquement les importations et les exportations…

 

Des informations pour juger rarement complètes.

Quelle est la situation de départ du développement à parfaire? Il existe déjà un certain nombre de mesures  (nombre de pauvres, cartes du bruit, analyses de l’eau, poids des déchets…) mais très techniques  pas toujours accessibles et ne recouvrant pas le seul territoire de concertation. Quel est le but de l’action entreprise ? Comment mesurera- t- on les résultats ? Quelle sera la démarche ?

La ville de Puteaux vient de réaliser le bilan carbone des bâtiments et des services municipaux pour 2008, de suggérer une démarche et d’annoncer un but chiffré : une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20%, en 2020. Toutes les actions proposées devraient s’inscrire dans des cadres évaluables localement puis nationalement or, très peu le sont. La ville de Chalon- sur- Saône, engagée en 2002 dans l’agenda 21 a déjà diminué en 3 ans ses émissions de GES de 5, 2 %...C’est précis.

 democratie1.jpg

Malgré ces imperfections générales, il ne faut pas renoncer à sa parole citoyenne, pour interroger la politique:

-         N’y a- t- il pas beaucoup trop d’actions, de plus aux évaluations non posées, engagées sur Puteaux ? Les pages 4 et 5 de Puteaux- infos d’Avril 2010 présentent le catalogue des promesses électorales dont certaines sont dites « faites » et d’autres à venir. En aucun cas le recours au catalogue ne permet de comprendre pour juger la politique écologique.

-         Toutes relèvent- elles du développement durable?

-         Pourquoi ne sont- elles pas ordonnées en fonction du poids des investissements qu’elles supposent, de leur efficacité attendue et de leur urgence?

-        Une articulation raisonnable entre les structures publiques et les structures privées défaillantes est- elle impossible ? Est-il  « humaniste » d’investir l’argent des contribuables dans le centre de La Falaise, dans les Yvelines, pour améliorer la fête annuelle des guinguettes, certes conviviale, en sachant que des familles avec enfants vivent dans des taudis de Puteaux ?

-         Les écoliers d’une classe de l’école Jacotot sont initiés au lombriposteur afin de développer de nouveaux gestes éco- citoyens. C’est une initiative  charmante et sans doute utile mais les écoliers de Puteaux ont-ils tous un ordinateur scolaire ? La Ville et l’ Education Nationale, ensemble, ont- elles éradiqué l’échec scolaire et les exclusions des élèves de Puteaux?...

Toutes les mesures pourraient être soumises à la question…

Des mots clés d’actualité sont  totalement absents des communications : immigré, chômeur…

Ces malentendus majeurs sur la finalité, la portée et l’efficacité des pratiques de concertation locales ne permettent pas de clarifier la démocratie participative : est-ce une légitimation des décisions prises ou une mobilisation pour des actions éco- citoyennes ? Est- ce une motivation électoraliste éphémère ou un simulacre pour métamorphoser la contrainte réglementaire en adhésion volontaire ?

jardin camelias.jpg

Toute politique est perfectible. La publication de résultats locaux, situés dans divers ensembles plus vastes, récompenserait le travail fait par l’équipe du développement durable  de Puteaux et impliquerait peut-être davantage la population.

Sources : cahiers philosophiques – M Fœssel- M Kœbel- M Maesschalk- L Blésin- A Bertrand. ADEME.

Images : www.developpementdurable.com

              Le jardin aux camélias.Puteaux.

Annie Keszey

www.atelier-idees.org

16:44 Publié dans UN MONDE MEILLEUR | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : agenda21, démocratie participative, pouvoir des maires | | |  Facebook

07/05/2010

PAROLE DONNEE AUX INVISIBLES

7//05/2010.

 

Le quai de Ouistreham. Florence Aubenas. Edition de l’Olivier.

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Florence AUBENAS, née en 1961, fut journaliste à Libération, avant de devenir grand reporter au Nouvel Observateur. Elle est présidente de l’Observatoire international des prisons.

De février à juillet 2009, elle a résidé, dans une chambre meublée, à Caen, afin d’y chercher anonymement du travail. Elle a conservé son nom, ses papiers et s’est inscrite au chômage, avec un baccalauréat pour seul bagage et sans références professionnelles.

Ce livre rend compte de son expérience.

 EXTRAIT. Le monde féroce du ferry.

            « …Mauricette, la chef d’équipe, est désignée pour nous former. Elle a les cheveux très courts, blond platine, un physique taillé pour l’ouvrage. Son humeur monte et descend comme la mer et nul ne sait quelle Mauricette va répondre quand on s’adresse à elle. Ça lui plaît. Elle en joue.

            Marilou et moi restons collées l’une contre l’autre, en essayant de ne pas commettre d’impairs. « Vous deux, là, vous allez faire les sanis. C’est le premier mot que j’apprends à bord. Sanis veut dire « sanitaires » qui lui-même signifie « toilettes ». Faire les sanis, c’est laver les toilettes, tâche majoritaire à bord et exclusivement féminine. Parfois, on dit à un employé homme : « tu vas faire les sanis » mais ça ne se réalise jamais, c’est forcément pour faire une blague, même avec les fortes têtes ou les souffre- douleur. Les hommes passent l’aspirateur, l’auto- laveuse, nettoient les restaurants ou les bars, dressent les couchettes pour les traversées de nuit, jamais ils ne frottent la cuvette des WC.

            Aujourd’hui, donc, nous allons être formées aux sanis des cabines passagers. Mauricette nous met dans les mains un panier en plastique, avec deux pulvérisateurs et une vingtaine de chiffons, puis nous entraîne en courant dans le premier des interminables couloirs du ferry, si étroit qu’il faut se plaquer contre la paroi quand on se croise. Les cabines sont d’un seul côté, environ tous les deux mètres. Mauricette ouvre la porte de la première et se précipite dans l’espace minuscule où s’imbriquent quatre couchettes superposées et un cagibi de toilette, comprenant lui- même un lavabo, une douche et des WC . Elle se jette à terre, si brusquement que je pense d’abord qu’elle a trébuché. Je veux la relever, mais, sans même un coup d’œil derrière elle, elle s’ébroue pour me repousser et, à genoux sur le carrelage, se met à tout asperger avec un pulvérisateur, du sol au plafond. Puis, toujours accroupie, elle chiffonne, sèche, désinfecte, astique, change le papier- toilette et les poubelles, remet des savonnettes et des gobelets en une rangée impeccable au- dessus du lavabo, vérifie le rideau de la douche. Tout a duré moins de trois minutes : c’est le temps imparti pour cette tâche.

            Mauricette se rue hors du cabinet de toilette. Dans la cabine, elle époussette tout ce qui peut l’être, fait briller les miroirs, ramasse les papiers (trente secondes). Dans le même temps et le même espace, s’agitent au moins deux autres employés, qui changent les draps des couchettes (on dit « faire les bannettes ») et passent l’aspirateur (on dit « être d’aspi »). Tous réussissent à s’éviter, les bras et les jambes se croisent au millimètre près, le drap s’envole au ras des têtes, sans les frôler, à un rythme parfait, que la frénésie déployée par chacun dans sa tâche et l’étroitesse des lieux rendent particulièrement spectaculaire. Une des filles chante « il jouait du piano debout », d’autres rythment le refrain d’un coup de hanches.

            Mauricette se retourne : « Tout doit être impeccable. Faites surtout attention à ne laisser aucun cheveu, n’oubliez pas de prendre un chiffon de couleur différente pour les waters, d’éponger chaque goutte dans la douche surtout si elle a servi récemment, de ne laisser aucun savon usagé, de jeter tous les rouleaux de papier- toilette entamés. » J’oublie tout immédiatement, dans un effarement proche de la panique. Quand Mauricette annonce : « Maintenant, allez- y », je manque me trouver mal. Elle nous fait un grand sourire. « Vous avez de la chance, elle est de bonne humeur », dit une fille.

            En un quart d’heure, mes genoux ont doublé de volume, mes bras sont dévorés de fourmis et j’écume de chaleur dans le pull que j’avais cru prudent de garder. Je n’arrête pas de me cogner dans les gens, les meubles, je ne suis pas loin d’éborgner une collègue avec un pulvérisateur pendant qu’elle fait les bannettes. Elle ne se trouble pas : « Moi, le mois où j’ai  débuté, j’avais des crampes dans tout le corps. J’ai perdu au moins six kilos… »

 

Image : www.connexions-normandie.fr 

Publié antérieurement sur:www.atelier-idees.org

 

11:59 Publié dans UN MONDE MEILLEUR | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ouistreham, florence aubenas, sanis, ferry | | |  Facebook