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16/05/2013

Les reflets français en Espagne.

Du 28 avril au 15 mai 2013.

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L’Espagne est un miroir pour la France et inversement. Les faits politiques sont austères mais  les deux peuples, fraternellement lucides, contre les erreurs des gouvernants et les extrêmes passéistes, résistent à l’adversité.

Les espagnols sont informés par de multiples journaux nationaux dont El País et El Mundo et locaux, tel que El Diario de Mallorca, par exemple.

La corruption.
Le titre de l’éditorial du Diario de Mallorca du 28 avril 2013 est simple : « Il n’y a qu’à mettre fin aux privilèges et aux corruptions ».
« La crise économique brutale que nous subissons coïncide avec un déclin moral de la société qui nous conduit toujours plus vers l’abîme. Il n’y a pas un jour sans un nouveau cas de corruption, le problème qui préoccupe le plus les espagnols après le chômage. Dans l’épicentre de cette préoccupation se situent les politiques représentés par une caste, qui pour défendre ses privilèges, paraît se détacher de toute solution qui allégerait la charge que supporte l’Espagne.
Ce pays a besoin d’un sursaut des consciences, sans aucun doute. Mais pour y arriver, il faut que les mêmes partis qui contribuèrent à asseoir les bases de la corruption soient disposés à s’en détacher pour restituer le prestige des institutions et redonner confiance au peuple dans le système.
Sans éthique ni jeu clair, il sera plus difficile d’avancer et il deviendra impossible d’exiger des citoyens les efforts et les sacrifices nécessaires pour sortir du bourbier où nous nous trouvons.
Le journaliste publie ensuite des extraits de l’essai urgent et passionné d’Antonio Muñoz Molina qui préconise une simplification des structures politiques, empilées et redondantes, nationales, régionales, locales, atypiques, sources d’un gaspillage insensé qui explique l’énormité de la dette publique.
Une corruption majeure reste celle du gendre du roi d’Espagne, duc de Palma, Iñaki Urdangarin mis en examen pour détournement de fonds publics et fraude fiscale dans l’affaire Noos, structure événementielle. L’institut Noos reçut, par exemple, 3.5 millions d’euros publics de la communauté valenciana pour financer trois éditions de Valenciana Summit et préparer des jeux européens qui n’eurent jamais lieu. Le gouvernement des Baléares versa 2.3 millions d’euros publics à Noos pour organiser deux éditions du forum des Iles Baléares …Sommes exorbitantes. Les contrats auraient été signés à la Zarzuela et à Marivent, demeures de la royauté. La mise en examen de Madame Urdangarin, Cristina de Borbón y Grecia, seconde fille du roi, a été suspendue par la justice estimant ne pas posséder assez de preuves de son implication dans la corruption de son époux. La presse a commenté la sagesse de la justice ou, au contraire, a dénoncé l’injustice de la tolérance envers les puissants.
Le « fiscal » Pedro Harrach qui a impulsé les principales investigations sur la corruption aux Baléares, dont l’affaire Noos, proteste contre les obstacles nombreux rencontrés dans son travail, provoqués par le PP, Parti populaire, de droite et du centre, conservateur et libéral. Le PP, représenté par Mariano Rajoy est le principal parti politique au pouvoir.
Le second cas de corruption dévoilé le 8 mai et soumis à investigations est celui du PP qui aurait utilisé de l’argent opaque, échappant à la fiscalité, pour distribuer des enveloppes d’argent à certains de ses dirigeants. La double hypothèse formulée par la justice est celle de financement illégal d’un parti et de fraude fiscale. Le trésorier concerné a dû remettre son passeport aux autorités afin de ne pouvoir fuir : il aurait transformé des dotations nominales de fonds, au-dessus de la limite légale, en dons anonymes fractionnés en valeurs inférieures.
Le PP est aussi interrogé quant à des compléments financiers qu’il aurait versés à José Maria Aznar après son investiture en 1996, malgré l’interdiction législative.
Le 2 mai, le parlement des Baléares a été saisi pour analyser les montants financiers énormes, publics, dépensés par des ex-conseillères socialistes, en pleine crise économique, de 2008 à 2011, pour organiser la manifestation festive annuelle de la Diada qui remercie les volontaires de la protection civile. L’utilité consistant à offrir des billets d’avion à quelques 500 participants pour Ibiza, alors qu’ils vivent majoritairement à Majorque, n’est pas évidente.
A Orihuela, localité de la province d’Alicante, 4 des derniers maires sur 7 depuis 1979, ont dû répondre de faits de corruption et, en ce mois de mai 2013, 4 des 11 conseillers du PP local sont interrogés par la justice.
L’Espagne s’intéresse à la corruption française. Ana Teruel, journaliste espagnole à Paris reprend des informations de l’hebdomadaire Le Point sur l’achat d’un appartement de 7 millions d’euros par le fils aîné de Laurent Fabius, interdit de casinos, condamné il y a deux ans pour abus de confiance et qui n’a pas de gains déclarés. Ce prix dépasse de 1 million d’euros  la déclaration récente des biens du ministre Laurent Fabius. Le Ministère des Finances ne jugerait pas utile de demander à Tracfin, l’agence étatique d’information financière, une investigation sur ce fait!

L’économie.
Le chômage concerne 25% de la population active.
29 910 espagnols ont émigré vers l’Europe en 2012, 45% de plus qu’en 2011.
L’économie souterraine représente 19.2% du PIB.

La politique.
L’action du chef du gouvernement, Premier ministre, Mariano Rajoy est contestée par le parti d’opposition, le PSOE, Parti socialiste ouvrier Espagnol, mais aussi par le PP, parti de la majorité au pouvoir, dont la présidente demande une réforme radicale de l’Etat: réduction de l’administration, révision des structures, simplifications, développement de l’investissement au détriment de la rente… Le Président du gouvernement est interpellé quant à son manque de vision d’avenir et à l’insuffisance des mesures prises pour enrayer le chômage. Il ne lutte pas efficacement contre les gaspillages. Le gouvernement envisage un accroissement de l’austérité par de nouveaux impôts sur les alcools, le tabac, les hydrocarbures, l’IVA (TVA), les sociétés, les atteintes à l’environnement…
Mariano Rajoy et le leader du PSOE, Alfredo Pérez Rubalcaba, ont confronté cependant leurs pactes respectifs au sein du Congrès pour tenter de composer un front commun de mesures contre la crise économique et pour la création d’emplois. La droite serait disposée à aboutir à des accords avec la gauche mais doit encore perdre son arrogance, selon la gauche. Cette pratique s’apparente à une récente proposition de Jean Louis Borloo, en France, de définir un programme commun plutôt qu’un gouvernement d’union nationale.
La question du cumul d’une activité professionnelle avec un mandat politique est posée régulièrement. En ce début de mai 2013, le cas de José Ramón Bauzá, Président du gouvernement des Baléares, propriétaire d’une pharmacie, est controversé.

Le peuple. La société.
Beaucoup d’Espagnols rencontrent des difficultés économiques et souffrent de la déliquescence morale des élites qui ne les représentent pas. Le mal-être est diffus.
Le mouvement des Indignés s’est reconstitué le 15 mai, à Madrid, Puerta del Sol, et dans de nombreuses autres villes. Les participants entrent en rébellion  contre les partis et les institutions. Un nouveau mot apparaît dans les manifestations « el escrache » qui porte en lui les idées de rupture, de destruction, de violences.
Des grèves et manifestations très importantes ont contraint le gouvernement à renoncer à une nouvelle loi sur le système éducatif.
L’Espagne est divisée en deux par le débat sur la proposition de révision de la loi sur l’avortement. Les femmes qui ont avorté en dehors des conditions légales, réformées, ne devraient plus être concernées par la prison ou les amendes. Des mesures précises s’appliqueraient aux fœtus frappés par un handicap, ce qui déclenche la colère des Ultras qui dénaturent l’intention. L’église, statique, reste la principale opposante à cette proposition de loi. Le débat houleux et contradictoire, excessif,  sur ce sujet, ressemble aux débats français récents sur « le mariage pour tous ». Les politiques et les associations demandent un débat élargi et les sociologues tentent de clarifier les positions en classant les arguments entre ce qui est légal, scientifique, moral ou religieux.


L’Europe.
El Mundo du 2 mai, explique la montée des droites extrêmes européennes par le mécontentement social et la déroute économique qui sèment un extrémisme de désespoir. La recherche d’alliances entre les partis extrêmes européens menace l’Europe : ainsi Marine Le Pen aurait-elle rencontré le hollandais Geert Wilders pour constater ensemble qu’ils étaient d’accord sur 90% des sujets dont l’immigration. Sinistre symbiose.
El Pais du 3 mai publie une analyse de Joschka Fischer, ex ministre allemand des Verts, sur le danger qui pèse sur l’Union européenne. Il critique les obligations d’austérité et de restructurations imposées par l’Allemagne aux Etats européens en difficulté et souligne l’incroyable incompétence de la troïka (la commission européenne, la banque centrale européenne et le FMI) dans le traitement de la crise de Chypre. L’avenir d’une Europe forte suppose une union politique, financièrement solidaire quant aux dettes, ce qui suppose des abandons de souveraineté. L’Allemagne et la France sont-elles prêtes ? La crise est une crise de leadership politique. Les décisions nationales sont bien sûr en partie responsables des difficultés européennes. Si la prochaine campagne électorale allemande se taisait sur l’Europe, comme la campagne présidentielle française l’a fait récemment, alors que des mesures urgentes peuvent seules sauver l’Europe, ce serait alors convertir la démocratie en une farce…
El Pais du 8 mai relaie la demande du Congrès Juif mondial, réuni à Budapest, faite à l’Europe, d’agir contre les partis politiques d’extrême droite.
Dans El Pais du 10 mai, la parole est donnée à Alain Juppé. Il affirme que cultiver une attitude antiallemande est irresponsable et pense que la dichotomie entre l’austérité et la croissance est un faux débat. Il faut mettre les comptes en ordre pour ouvrir la voie à la croissance. Il reconnait et déplore les dérives extrémistes de la gauche, de la droite et de Nicolas Sarkozy en fin de mandat.
Dans le Diario de Mallorca du 8 mai, un titre est en français : Hollande, la débâcle du « président normal ». Eugenio Fuentes écrit que c’est le président le plus mal noté après un an de mandat : 75% de mécontents. Les chiffres record du chômage, la chute du PIB, l’incapacité à réduire les déficits servent la montée des droites extrêmes du parti de Nicolas Sarkozy et de l’extrême droite. De plus, François Hollande n’a pas réussi à initier une politique de croissance en Europe même si Angela Merkel consent à un assouplissement des mesures d’austérité. Le jugement sur l’action de l’actuel président ne pourra être formulé avec exactitude cependant qu’en fin de mandat.

www.atelier-idees.org
www.notreputeaux.com
Annie Keszey

16:26 Publié dans EUROPE, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, espagne, europe, corruption, dette, chômage, hollande, le pen, extrême droite | | |  Facebook

08/11/2011

Un Pouvoir amnésique: le déclin de l’Europe, pronostiqué en 2005.

Austérité et Majestic Barrière.

 

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Les Français et les Néerlandais, particulièrement ceux qui ont voté NON au référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen, refusaient et refusent le néolibéralisme sauvage, la cupidité et l’impunité des puissants, la concentration des richesses et les écarts sociaux de l’Union Européenne. La campagne référendaire avait été riche en avertissements de nombreux mouvements et associations, ignorés par les medias traditionnels, contre une constitution encore plus libérale que les précédents traités, privilégiant le marché, la concurrence, les banques et les grandes entreprises multinationales.

Une convention, en 2002, sous la présidence de Valérie Giscard d’Estaing, avait rédigé ce Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE), après, en particulier, l’instauration du système monétaire européen, de l’acte unique, du traité de Maastricht, du traité d’Amsterdam, de la banque centrale européenne pour mettre en place l’euro et du traité de Nice de 2000. Ce TCE  est un modèle abscons non modifiable de   principes et de procédures lourds et inadaptés. L’immobilité du traité s’ajoute à la rigidité de l’euro commun, piège « mortel », autant que le fut l’étalon-or, en l’absence d’un gouvernement économique européen ou fédéral chargé de gérer les écarts de compétitivité. Le vocabulaire utilisé, pernicieux, dévoile le risque : la constitution offre à ses citoyens « un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée ». Mais elle œuvre pour la justice, le développement durable et tend vers le plein emploi et la cohésion sociale.

En dehors de la concurrence obligatoire, le traité ne propose aucun engagement contraignant pour soutenir l’éducation, les prestations sociales, les services publics et l’emploi.

Les opposants  au TCE voulaient (et veulent) pour l’Europe, un modèle de réussite alternatif à celui des Etats-Unis, ultralibéral et à celui de la Chine, autoritaire. L’Europe du « bien commun » attendue est sociale, juste, écologique, démocratique et égalitaire. Elle s’oppose aux objectifs des élites : accaparer  les richesses pour elles-mêmes au détriment du salariat, détruire la démocratie et briser l’état. Cette Europe des élites est celle de la droite politique, en France,  mais, de plus, pourrait devenir celle des sociaux- démocrates devenus sociaux-libéraux depuis François Mitterrand ! Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Delors ont défendu le OUI à la Constitution malgré son danger. Les députés européens socialistes ont fait des contre-propositions, DSK a présenté un important rapport, sans succès. Même inquiets, ces derniers ont voté « oui ».

Nicolas Sarkozy a cassé la décision populaire majoritaire par le traité de Lisbonne.

L’exigence complexe, lucide et pertinente des opposants au référendum était une voie pour détourner l’Europe de son déclin et de son impuissance d’aujourd’hui.

Il fallait, disaient-ils, rétablir la justice entre les revenus du capital et ceux du travail, devenir une économie de la connaissance, pour favoriser la croissance en développant la recherche et en la structurant au niveau européen, concentrer les moyens, d’abord, sur ceux qui en avaient le plus besoin en investissant fortement dans la petite enfance et les banlieues défavorisées, assurer des parcours professionnels sécurisés, se doter d’une vraie politique industrielle et de l’emploi avec de grands projets à la clé, permettre la constitution de grands groupes européens capables d’exceller au niveau mondial. La concurrence fiscale et la concurrence sociale étaient démontrées incompatibles avec le modèle européen attendu et 66 régimes fiscaux déloyaux devaient être bannis. La progression de l’Europe supposait son autonomie énergétique, son indépendance dans le domaine de la Défense aux coûts partagés entre les états et une forte maîtrise de la communication et de l’information.

Bien sûr, l’écologie soutenait ce projet alternatif, (parce que le capitalisme est criminel pour l’environnement), avec une dimension nouvelle: celle de capital naturel.

Un secteur intouchable d’économies, pour le budget français en déséquilibre, avait animé les débats du moment : il fallait diminuer les dépenses militaires, disproportionnées, en veillant bien sûr à la réorientation, par la formation, des nombreux emplois publics du secteur.

Le livre de Susan George, politologue, européenne convaincue et altermondialiste experte « Nous, peuples d’Europe », publié en 2005 chez Fayard commente l’ensemble complet des propositions pour cette Europe radicalement différente.

Il y a 6 ans, Susan George savait que la débâcle surviendrait si une autre Volonté Politique Collective n’émergeait pas :

Aucune nation ne contrôle le mécanisme financier qui fait jouer la concurrence à l’échelle mondiale non seulement entre les productions et les salaires, mais aussi entre les systèmes sociaux. Cette mondialisation ne respecte aucune règle, sauf celles de la rentabilité. Elle approfondit les inégalités et détruit l’environnement. Elle bouleverse les identités culturelles et brime les nations surtout les plus faibles. Elle favorise l’émergence d’ensembles internationaux ou nationaux géants, capables de se concurrencer et d’imposer leur loi au reste du monde.

Le mépris des faibles, la religion de l’argent et le refus de partager sont, à notre époque aussi barbares que l’étaient le colonialisme ou l’esclavage en d’autres temps, et, à terme, aussi destructeurs pour nous tous.

Aujourd’hui, en novembre 2011, la zone euro, menacée par ses dettes folles, s’enfonce dans la tourmente de l’impuissance d’un G20

L’économiste américain Paul Krugman, dans le New York Times du 25/10/2011, publié par Le Figaro, expose « la tragicomédie de la dette européenne ».  

Alors que les plans de sauvetage tombent à plat les uns après les autres, les élites économiques européennes-qui sont, est-ce possible?, encore plus prétentieuses et égocentriques que les élites américaines- continuent de se ridiculiser…Les européens avaient réussi à bâtir un système de paix et de démocratie et à édifier des sociétés qui pour être imparfaites sont probablement ce que l’humanité a fait de mieux... L’impuissance de l’Europe des « 17 » nait d’un cercle vicieux. Les investisseurs qui achètent de la dette italienne, par exemple, redoutent une banqueroute et imposent des taux d’intérêts très élevés, ce qui -mécaniquement- alourdit encore le service de la dette et rend le risque de faillite plus vraisemblable. Le sauvetage de l’euro pourrait passer par le Fonds Européen de Stabilité Financière qui, le cas échéant, prêterait suffisamment d’argent à l’Italie (et aux Etats suivants) pour qu’elle n’ait pas à emprunter à de tels taux. Mais ce FESF implique le soutien des principaux Etats européens obligés de faire des promesses crédibles aux yeux des investisseurs. Or, l’Italie appartient au cercle des puissants surendettés : comment pourrait-elle se sauver en se prêtant elle-même de l’argent ? De même, la France, par sa  contribution au fonds alourdirait sa propre dette !

La dette française, fin 2007, était de 1211 milliards d’euros, soit 64.2% du Produit Intérieur Brut. En avril 2011, elle atteignait 1646 milliards, 85% du PIB. Un rapport de la Cour des Comptes la prévoit à 90% du PIB en 2012. Les effets d’une crise sévère et une gestion politico-économique lente, faible et éphémère, malgré son effervescence formelle, sont les causes d’un tel trou.

Des sites nombreux analysent le contenu et l’évolution des dettes de l’Europe. Le site www.slate.fr met ces dettes en images pour tenter de les concrétiser et les comparer.

 

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La dette est un sujet rarement débattu dans les medias. Un nouveau site français, récent,

www.audit-citoyen.org, lié à d’autres sites européens, souhaite combler cette lacune. Le site s’appuie sur un constat : déléguer la responsabilité des budgets à des ministres conduit souvent à l’échec. Les connaissances sur la « fabrication » des dettes modifient les thèses politiques. Ainsi nous a-t-on expliqué que l’Allemagne acceptait d’être généreuse avec la Grèce : la réalité est moins abrupte. L’Allemagne, excédentaire, produit plus que sa population ne peut consommer, elle a donc besoin de vendre à des pays « déficitaires ». Que ferait-elle de ses surplus ? Il y a eu trop d’emprunts par les prodigues parce qu’il y a eu trop de prêts par les prudents…Les ajustements ne concernent pas les seuls débiteurs !

La dette française actuelle, depuis 4 ans, a des responsables identifiables. Elle a, ce jour, une étrange utilité : en « affolant » le peuple, François Fillon, premier ministre, à la mine patibulaire de circonstance, sert plus facilement l’objectif du pouvoir conservateur de détruire l’Etat-providence en diminuant les prestations sociales au nom d’une nécessaire « rigueur* » (*élément du langage commun de l’UMP).

Mais les catégories moyennes et défavorisées des peuples européens ne sont pas naïves. La proposition de référendum de Papandréou, démocratique, pour la Grèce, n’avait d’autre but que d’apaiser la société grecque, révoltée de devoir « payer » à la place des coupables, en lui donnant la parole. Mario Draghi, quand il était Vice-Président de la banque Goldman Sachs, accepta le maquillage des comptes grecs, entrepris par le gouvernement conservateur, pour faciliter l’entrée dans la zone euro: il vient pourtant de succéder à Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne !

L’austérité renforcée a été imposée à la Grèce lors d’un G20 …de 33 chefs d’état dont le coût est évalué  à 28 millions d’euros (80 millions selon le Canard Enchaîné). Les deux nuits de Nicolas Sarkozy au Majestic de Cannes auraient coûté un minimum de 7000 €. Le bling-bling « Fouquet’s-Majestic-Barrière » est un mal chronique, provocateur.

Le plan de rigueur « Merkozy » n’envisage pas de relancer la croissance grecque. Daniel Cohn-Bendit, député européen, coprésident du groupe des Verts, travaille sur un ensemble de mesures  d’économies et de recettes nouvelles par solidarité avec le peuple grec afin de lui donner une perspective positive. Par exemple, il propose une refonte écologique du système agricole (en sachant que 70% des olives grecques sont manufacturées en Italie)… et une diminution de dépenses militaires consternantes. De même, l’alliance des députés européens démocrates et libéraux propose, dans la même intention, le projet « reset Greece».

Le plan d’austérité du Gouvernement, pour la France, est un ensemble de « rustines » aléatoires, le montage allemand pour l’Europe s’inscrit désespérément dans un univers néolibéral décadent.

De nombreux plans B s’élaborent pour proposer une alternative crédible européenne: repenser les rapports entre le capital et le travail, renforcer les fondements institutionnels et constitutionnels de l'Europe, redéfinir la place de l’Etat, produire un avenir dynamique, rassurant et juste.

L’atelier des idées tentera de différencier ces plans, très techniques et parfois contradictoires, pour les publier.

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.

 

 

 

 

 

 

24/10/2010

ALTRUISME ET CONCURRENCE

ALTRUISME ET CONCURRENCE.

 

La politique de Bruxelles est stupide.

  

 « …Une question se pose à nous : peut- on aller, par la concurrence, peu à peu, vers l’efficacité? C’est toute la politique de Bruxelles qui est en cause, toute la politique économique des nations du Nord (et du Sud d’ailleurs, avec l’intervention des pompiers pyromanes du Fonds Monétaire International). Une autre façon de poser la question serait : faut- il, par exemple, décentraliser au nom de l’efficacité ? Bien sûr que non.

            Non, car il n’existe pas de théorie économique qui permette de dire qu’en libéralisant petit à petit, on va, pas à pas, vers plus d’efficacité.

            Imaginons qu’un marché parfait existe et qu’on veuille aller vers lui. On peut, petit à petit, souhaiter libéraliser les marchés, celui du travail, des capitaux, puis privatiser, flexibiliser, supprimer les monopoles, mettre des péages là où il n’y en avait pas, bref, on peut souhaiter faire un peu comme l’Europe mais il y a toujours des îlots de non- concurrence, par exemple des monopoles publics. Je ne suis pas tout à fait en concurrence par conséquent mon économie n’est pas tout à fait efficace. Que faire? En tant que commissaire européen à la concurrence, je constate que les monopoles des postes, des transports aériens, du tabac, des alcools, l’exclusivité du service public de l’enseignement, de la santé, représentent autant d’entraves à la concurrence. Alors, démantelons. Que se passe- t- il ?

            …On ne peut aller pas à pas vers la concurrence, car la concurrence est un tout. C’est un résultat destructeur. Privatiser, par exemple, n’a aucune justification économique…

            La libéralisation progressive est une utopie, une pure volonté idéologique, un rêve de bureaucrate ou de fanatique, un calcul économique de puissant, le calcul du renard libre dans le poulailler libre et n’a par là même aucun intérêt pour l’efficacité économique. Mais alors, la politique de Bruxelles ? Elle est stupide, car supprimer un à un les monopoles publics conduit à des situations globalement pires. Vous avez « rationalisé » la poste ? Plus de bureau dans les petits villages, parce que trop coûteux ? Bienvenue à l’émigration vers les villes, à la perte d’efficacité. Vous avez supprimé les petits trains de banlieue, déficitaires, pour ne conserver que les TGV, rentables, concurrence avec le transport aérien oblige ? Bienvenue à la ruine des économies locales, à l’émigration, à l’entassement, à l’utilisation excessive de la voiture, à la pollution et ainsi de suite. Tout se tient, et si vous coupez un fil social, tout risque  d’être pire, voire de tomber.

            Et pourtant, il y a de l’équilibre. Et pourtant, il existe de l’harmonie sociale. Pourquoi ? Parce que subsistent d’autres liens non économiques, évidemment, car les liens économiques livrés à eux- mêmes sont purement destructeurs. On trouve ainsi du lien social, de l’affection, de l’amitié, du lien féodal, de la soumission, de l’altruisme, de la coopération, du don, de la confiance, de la gratuité, de la convention, de la coutume, de la loi…Mais surtout, il y a énormément de gratuité dans les actions humaines…

            L’homme n’est ni cupide, ni généreux, il est les deux. L’économie a réussi à accaparer de nombreux mythes : la liberté (le marché libre), l’égalité (l’égalité des consommateurs, des actionnaires), le bien-être, sans doute, le bonheur.

            Et pourtant, il doit paraître clair que la gratuité et la solidarité font la croissance, l’invention, la richesse malgré la concurrence essentiellement inefficace…

            Le capitalisme n’a pu fonctionner que parce qu’il a hérité de types anthropologiques qu’il n’a pas créés : des juges incorruptibles, des fonctionnaires intègres, des éducateurs qui se consacrent à leur vocation, des ouvriers qui ont une conscience professionnelle…Ces types ne surgissent pas et ne peuvent surgir d’eux-mêmes, ils ont été créés dans des périodes antérieures, par référence à des valeurs consacrées et incontestables : l’honnêteté, le service de l’état, la transmission du savoir… Or, nous vivons dans des sociétés où ces valeurs sont, de notoriété publique, devenues dérisoires, où seuls comptent la quantité d’argent que vous avez empochée, peu importe comment et le nombre de fois où vous êtes apparus à la télévision. Le système marchand ne survit que parce qu’il phagocyte tout ce qui relève de la gratuité et de la solidarité…

 

            Il nous faut démasquer inlassablement les rapports de pouvoir derrière les fausses évidences de l’économie marchande et refuser impitoyablement toutes les fausses lois.

            Mais faisons un rêve : lorsque l’économie et les économistes auront disparu, ou du moins auront rejoint l’arrière- plan, auront aussi disparu le travail sans fin, la servitude volontaire et l’exploitation des humains. Règneront alors l’art, le temps choisi, la liberté. Qui rêvait ainsi ? Keynes, le plus grand des économistes. »

 

Source : Le théorème de Lipsey- Lancaster, exposé par Bernard Maris, dans  son   « Antimanuel  d’Economie », Editions Bréal. Tome 1 : les fourmis.

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.

10:55 Publié dans ECONOMIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : concurrence, altruisme, bruxelles, europe, harmonie sociale | | |  Facebook