27.04.2010

DE LA RACE EN AMERIQUE

De la race en Amérique.

We the people…

Cette fois, nous voulons parler des écoles délabrées qui volent l’avenir de nos enfants, les enfants noirs, les enfants blancs, les enfants asiatiques, les enfants hispaniques et les enfants amérindiens. Cette fois, nous voulons dire non au cynisme ambiant selon lequel, après tout, ces enfants qui ne nous ressemblent pas sont le problème des autres. Les enfants d’Amérique ne sont pas ces enfants-là, ce sont les nôtres et nous ne les abandonnerons pas face aux défis de l’économie du 21ème siècle. Pas cette fois.

 

Cette fois, nous voulons parler des files d’attente aux urgences peuplées de Blancs, de Noirs et d’Hispaniques qui n’ont pas d’assurance santé et ne peuvent s’attaquer seuls aux groupes de pression de Washington, mais qui y arriveront si nous nous y mettons tous ensemble.

Cette fois, nous voulons parler aux usines qu’on a fermées alors qu’elles faisaient vivre honnêtement des hommes et des femmes de toute race, des maisons qui sont à vendre alors qu’elles appartenaient hier encore à des Américains de toute religion, de toute région et de toute profession.

Cette fois, nous voulons dire que le vrai problème, ce n’est pas que quelqu’un qui ne nous ressemble pas puisse prendre notre travail, mais que l’entreprise pour laquelle nous travaillons va délocaliser dans le seul but de faire du profit.

Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toute couleur et de toute croyance qui se sont engagés ensemble dans l’armée, combattent ensemble et versent ensemble leur sang sous le même fier drapeau. Nous voulons parler du moyen de les ramener à la maison après une guerre qui n’aurait jamais dû être autorisée ni déclenchée. Et nous voulons parler de la façon d’illustrer notre patriotisme en prenant soin d’eux et de leurs familles et en leur versant les allocations auxquelles ils ont droit.

Je ne me présenterais pas à l’élection présidentielle si je ne croyais pas du fond du cœur que c’est ce que veut l’immense majorité des Américains de ce pays. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite mais, génération après génération, elle a montré qu’elle pouvait se parfaire. Et aujourd’hui, chaque fois que cette possibilité me laisse sceptique ou cynique, c’est la pensée de la génération à venir qui me redonne le plus d’espoir : ces jeunes dont les attitudes, les croyances et l’ouverture d’esprit sont déjà, avec cette élection, entrées dans l’Histoire…

Extraits du discours de Philadelphie. 18/03/2008.

Barack Obama. Edition Grasset.

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20.04.2010

FRANCOIS BAYROU PAR JEAN-FRANCOIS KAHN

François Bayrou, par Jean-François Kahn, dans « Marianne n° 678  pages 34 et 35 : Pourquoi, il faut révolutionner «  le pouvoir médiatique ».

 

Jean- François Kahn fut tête de liste du MoDem aux Elections européennes. Elu député, il a renoncé à la fonction.

 

           "Au premier redoublement de boulette, Ségolène Royal fut crucifiée.

            Avec son égocentrisme, François Bayrou fut implacablement renvoyé. Et là, face à une manifestation extravagante, démente, clinique, d’hypertrophie narcissique et monopoliste du moi, à l’effarante déclinaison d’une adoration mystique de son propre ego quasi divinisé, au déploiement convulsif d’un je éradicateur de tous les nous collectivement citoyens, qui remplaçait par autant de miroirs toutes les fenêtres ouvertes sur la réalité, face à cette donnée grosse de conséquences possibles, un inexplicable silence"…

 

17.04.2010

NOTE SUR LA SUPPRESSION DES PARTIS POLITIQUES. SIMONE WEIL. EDITIONS CLIMATS.

17/04/2010.

 

 SIMONE WEIL.jpg

Simone Weil, agrégée de Philosophie, est décédée en 1943. Les extraits suivants proviennent de la « Note sur la suppression générale des Partis Politiques. » écrite à l’époque du Communisme soviétique, du Nazisme et du Fascisme.

Alain jugea la note : « J’avais déjà toutes ces idées ; seulement elles étaient sans puissance, comme il arrive quand on ne combat pas, comme dit Descartes, avec toutes ses forces ».

 

 

…Le mot « parti » est pris dans la signification qu’il a sur le continent européen. ..

…L’idée de parti n’entrait pas dans la conception politique française de 1789, sinon comme mal à éviter, mais il y eut le club des Jacobins…

…Notre idéal républicain procède entièrement de la notion de volonté générale due à Jean Jacques Rousseau…

…La vérité est une. La justice est une. Les erreurs, les injustices sont indéfiniment variables. Ainsi les hommes convergent dans le juste et le vrai, au lieu que le mensonge et le crime les font indéfiniment diverger…

 

…Il y a deux conditions indispensables pour appliquer la notion de volonté générale :

-qu’il n’y ait dans le peuple aucune passion collective

-que le peuple ait à exprimer son vouloir à l’égard des problèmes de la vie publique et non pas à faire seulement un choix de personnes… C’est en 1789, seulement, que s’exprima une pensée collective dans les cahiers de revendications (de doléances)…

 

…Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient d’en discerner les caractères essentiels :

-          un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective

-          un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres,

-          la première fin et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite…

 

 

…Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration…

 

…La croissance matérielle du parti devient l’unique critère par rapport auquel se définissent en toutes choses le bien et le mal…

…Dès lors que la croissance du parti constitue un critère du bien, il s’ensuit inévitablement une pression collective du parti sur les pensées des hommes. Cette pression s’exerce en fait, elle s’étale publiquement. Elle est avouée, proclamée. Cela nous ferait horreur, si l’accoutumance ne nous avait pas endurcis…

…Les partis sont des organismes publiquement, officiellement constitués de manière à tuer dans les âmes le sens de la vérité et de la justice…

…La pression collective est exercée sur le grand public par la propagande…

…Les partis parlent, il est vrai, d’éducation à l’égard de ceux qui sont venus à eux, sympathisants, jeunes, nouveaux adhérents. Ce mot est un mensonge. Il s’agit d’un dressage pour préparer l’emprise bien plus rigoureuse exercée par le parti sur la pensée de ses membres…

…Supposons un membre d’un parti, député, candidat à la députation, ou simplement militant, qui prenne en public l’engagement que voici : « Toutes les fois que j’examinerai n’importe quel problème politique ou social, je m’engage à oublier absolument le fait que je suis membre de tel groupe, et à me préoccuper exclusivement de discerner le bien public et la justice. Ce langage serait mal accueilli. Les siens et beaucoup d’autres l’accuseraient de trahison…

 

…Si un homme, membre d’un parti, est absolument résolu à n’être fidèle en toutes ses pensées qu’à la lumière intérieure exclusivement et à rien d’autre, il ne peut pas faire connaître cette résolution à son parti. Il est donc vis- à- vis de son parti en situation de mensonge. ..

…C’est une situation qui ne peut être acceptée qu’à cause de la nécessité qui contraint à se trouver dans un parti pour prendre part efficacement aux affaires publiques. Mais alors cette nécessité est un mal, et il faut y mettre fin en supprimant les partis…

…On tenterait vainement de s’en tirer par la distinction entre la liberté intérieure et la discipline extérieure. Car il faut alors mentir au public, avec qui tout candidat élu a une obligation particulière de vérité…

De ces 3 formes de mensonge, au public, au parti et à soi-même, la première est de loin la moins mauvaise. Mais si l’appartenance à un parti contraint toujours, en tout cas, au mensonge, l’existence des partis est absolument, inconditionnellement un mal.

Le mensonge, l’erreur- mots synonymes- ce sont les pensées de ceux qui ne disent pas la vérité, et de ceux qui désirent la vérité et autre chose en plus. Par exemple qui désirent la vérité et en plus la conformité avec telle ou telle pensée établie.

 

…Les partis sont un merveilleux mécanisme, par la vertu duquel, dans toute l’étendue d’un pays, pas un esprit ne donne son attention à l’effort de discerner, dans les affaires publiques, le bien, la justice et la vérité…

…Il en résulte que- sauf un très petit nombre de coïncidences fortuites- il n’est décidé et exécuté que des mesures contraires au bien public, à la justice et à la vérité…

…Si l’on confiait au diable l’organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux…

 

…La conclusion, c’est que l’institution des partis semble bien constituer du mal à peu près sans mélange. Ils sont mauvais dans leur principe, et pratiquement leurs effets sont mauvais…

 

…La suppression des partis serait du bien presque pur. Les candidats diraient aux électeurs, non pas : « j’ai telle étiquette »- ce qui pratiquement n’apprend rigoureusement rien au public sur leur attitude concernant les problèmes concrets- mais je pense telle ou telle chose à l’égard de tel, tel, tel grand problème ».Les élus s’associeraient et se dissocieraient selon le jeu naturel et mouvant des affinités…

Hors du Parlement, comme il existerait des revues d’idées, il y aurait tout naturellement autour d’elles des milieux. Mais ces milieux devraient être maintenus à l’état de fluidité…

…On en est arrivé à ne presque plus penser, dans aucun domaine, qu’en prenant position  « pour » ou « contre » une opinion. Ensuite on cherche des arguments, selon le cas, soit pour, soi contre, c’est exactement la transposition de l’adhésion à un parti.

…D’autres ayant pris position pour une opinion, ne consentent à examiner rien qui lui soit contraire. C’est la transposition de l’ ESPRIT TOTALITAIRE…

Presque partout- et même souvent pour des problèmes purement techniques- l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’opération de la pensée. …C’est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques et s’est étendue, à travers tout le pays,  presque  à la totalité de la pensée…

…Il est douteux qu’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

 

Image : simone.weil.free.fr

Annie Keszey. www.atelier-idees.org