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21/09/2015

PENSER GLOBAL. L'HUMAIN ET SON UNIVERS.

 

Edgar  MORIN - Editions Robert Laffont - 134 pages – Préface de Michel Wieviorka. 

 

Madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, vient d’introduire

 

l’interdisciplinarité dans les collèges. Or les professeurs ne sont pas formés et ne pourront appliquer cette réforme puisqu’ils ont reçu un enseignement par disciplines cloisonnées. Des programmes interdisciplinaires commencent cependant à être proposés, par le CNRS par exemple, ainsi que des réflexions théoriques pour accéder aux connaissances nécessaires à une nouvelle pensée : la pensée complexe, définie en particulier par Edgar Morin.

 

Des sites dont www.ing.ulg.ac.be/articles/interdisciplinarite/index/htlm précisent la notion d’interdisciplinarité.  

 

Edgar Morin, directeur de recherches émérite au CNRS, théoricien de « la pensée complexe » nous invite à « penser global ». Un résumé de son livre n’aurait pas la profondeur ni la rigueur requises. Les extraits discontinus suivants ont pour intention d’introduire  certains des développements de l’ouvrage, l’ensemble seul permettant  l’accès à la thèse de la pensée globale protectrice contre les facilités de l’air du temps et les injonctions de l’actualité.

 

Le site Fondation maison des sciences de l’homme www.fmsh.fr/FR/C/1287, propose aussi des conférences d’Edgar Morin explicitant la pensée complexe. La compartimentation des savoirs empêche de traiter les problèmes à la fois fondamentaux et globaux. Peut-on envisager une connaissance du global qui évite le réductionnisme (aveugle aux qualités propres au tout), l’unilatéralisme (prendre une partie pour le tout), le holisme (aveugle aux relations tout-partie), une pensée complexe donc (mais qui ne peut éliminer toute incertitude ou insuffisance) apte à relever les défis auxquels est confrontée notre connaissance.

 

Extraits du livre.

 

La définition de l’humain est trinitaire parce qu’elle comporte l’individu mais aussi la société humaine et l’espèce biologique, ou plutôt l’espèce humaine...

 

Notre système d’enseignement présente une disjonction dramatique entre ces trois polarités fondamentales de l’homme. Celui-ci est séparément enseigné sous le prisme de la biologie et sous celui des sciences humaines. Le meilleur exemple est le traitement réservé au cerveau, qui peut être étudié via la biologie et plus particulièrement la neurologie tandis que l’esprit s’inscrira, lui, dans la sphère de la psychologie. Les sciences dures sont séparées des sciences humaines pour l’analyse d’un même élément constitutif de l’humain... 

 

La conscience écologique - je ne parle pas du mouvement écologique actuel où cette conscience est quelque peu laissée entre parenthèses -  s’inscrit dans une science nouvelle qui s’est développée autour de la notion d’écosystème : dans un milieu donné, les interactions entre les végétaux, les animaux, le climat, la géographie, la géologie créent une organisation spontanée, autorégulée. L’ensemble des écosystèmes sur notre planète va constituer ce qu’on appelle la biosphère. Biosphère qui nous enveloppe, que nous avons cru pouvoir dominer et manipuler. Dans cette relation, plus nous croyons posséder la nature, plus nous sommes possédés par une force qui nous conduit au plus extrême : l’autodestruction.

 

Mais grâce à la conscience écologique nous commençons à essayer de concevoir notre relation avec la nature vivante, et également avec la nature physique, autre aspect de notre complexité d’êtres humains... 

 

En comprenant que nous sommes faits de molécules qui elles-mêmes se sont agrégées à partir d’atomes, et que ces atomes se sont agrégés à partir de particules, et que ces particules sont apparues dès peut-être les premières secondes de l’univers, nous nous rendons compte que l’histoire de cet univers de treize milliards d’années est en nous...

 

Cela nous confirme le principe hologrammatique : nous sommes solidaires de l’univers. Nous sommes partie de notre univers physique, biologique, cosmique tout en étant distincts par notre culture, par notre conscience, par notre double identité biologique et anthropologique, et aussi par notre double identité anthropologique et biocosmique... 

 

La polarité prosaïque de la vie commande tout ce que nous faisons par contrainte, pour survivre, pour gagner notre vie. Et il y a la polarité poétique de la vie, c’est-à-dire celle où l’on s’épanouit personnellement, ou l’on a des moments d’harmonie et de joie. Moments que donnent l’amour, l’amitié, la liesse. C’est cela qui est vivre, vivre poétiquement ; alors que la part prosaïque de la vie nous permet seulement de survivre...La pensée politique ne devrait plus ignorer les besoins poétiques de l’être humain. Pour percevoir cette réalité humaine complexe et ambivalente, il faut s’éloigner des cloisonnements et des séparations institués par l’enseignement. Il faut non seulement réunir les connaissances venues des sciences naturelles et des sciences humaines pour comprendre l’humain, mais aussi envisager la littérature qui est aussi un moyen de connaissances... 

 

Si on n’enseigne pas aux humains ce qu’ils sont, il y a une lacune extrêmement grave. Il y a un manque d’autoconnaissance extrêmement nocif. C’est l’une des plus grandes sources d’erreur, d’illusions sur nous-mêmes et pour nos vies...

 

Notre conception du futur comporte beaucoup d’imprécisions, beaucoup de lacunes, beaucoup d’énigmes, beaucoup de mystères. La différence entre l’énigme et le mystère, c’est que dans l’énigme, comme dans un roman policier, on finit par trouver l’explication rationnelle. La  science a résolu beaucoup d’énigmes. Le mystère c’est ce qu’on ne peut pas résoudre, ce qu’on ne peut pas comprendre...

 

Mais une pensée globale est possible : c’est une pensée qui tient compte de ces énigmes, qui tient compte de ces mystères, qui tient compte de l’improbabilité, qui tient compte du fait que beaucoup de données sur la cosmologie, sur l’hominisation, pourront être révisées par de nouvelles découvertes, par de nouvelles trouvailles, par de nouvelles pensées, par de nouvelles théories...

 

La politique basée sur l’analyse des rapports, sur la connaissance quantitative, nous montre qu’elle ne peut pas penser global, ce qui est pourtant vital...

 

Encore une fois la quantification et le cloisonnement sont les ennemis de la compréhension... 

 

Nous ne sommes pas seulement dans une crise économique. En se répandant dans l’univers, la civilisation occidentale, elle-même en crise, se présente aux pays en voie de développement comme étant la guérison alors qu’elle porte en elle la maladie...

 

Il y a l’influence possible du présent sur le futur : l’optimisme nous aveugle sur les périls ; le pessimisme nous paralyse et contribue au pire. Il faut penser au-delà de l’optimisme et pessimisme. Moi je suis un opti-pessimiste. J’ai pour ma part récusé que le raisonnable s’imposera tôt ou tard. Il est possible que devant un extrême danger on prenne conscience et donc in extremis des mesures de salut. Mais jamais le raisonnable ne s’est imposé de lui-même vu le caractère anthropologique de l’homo sapiens – demens...

 

Nous avons besoin de mondiologues. Les futurologues actuels ne sont pas mondiologues : ils découpent le futur en petits morceaux, alors que l’intéressant et l’important, c’est de voir les interactions, les rétroactions et les interférences...

 

Ce qui est intéressant, c’est que le propre de la nature humaine est son unité génétique, physiologique, anatomique, affective – tous les humains connaissent la douleur, le plaisir, la joie, sourient, pleurent...-toutefois cette unité se traduit toujours chez des individus différents les uns des autres. L’apparent paradoxe est que l’unité crée de la diversité, mais que la diversité elle-même ne peut s’épanouir qu’à partir de l’unité. Cette idée est assez importante dans notre époque planétaire, où l’humanité se trouve aujourd’hui rassemblée dans une même communauté de destin. Il faut reconnaître les autres comme à la fois différents de nous et en même temps semblables à nous... 

 

La métamorphose biologique, technique et informatique nécessite surtout d’être accompagnée, régulée, contrôlée, guidée par une métamorphose éthique, culturelle et sociale. Il est tragique que la métamorphose transhumaine ait commencé sous la poussée du triple moteur scientifique/technique/économique alors que la métamorphose  éthique, culturelle, sociale, de plus en plus indispensable, soit encore dans les limbes 

 

La pensée complexe est une pensée qui relie, d’une part en contextualisant, c’est-à-dire en reliant au contexte, d’autre part en essayant de comprendre ce qu’est un système.

 

La pensée complexe met en lumière ce qui est aujourd’hui signifié par ce mot étrange : l’émergence. L’émergence, c’est la survenue, quand il y a un tout organisé, de qualités qui n’existent pas dans les parties prises isolément. Pour pouvoir penser la globalité de la société, il est nécessaire de voir cette relation entre les parties et le tout, trait précisément de complexité...

 

L’objet de la pensée complexe  n’est pas de détruire l’incertitude, mais de la repérer, de la reconnaître, c’est d’éviter la croyance en une vérité totale...   

 

Nous sommes dans une époque qui a besoin d’un changement de paradigme et cela arrive rarement dans l’histoire. Il s’agirait de substituer la distinction à la disjonction, la reliance à la réduction : il faut distinguer et, en même temps, relier. C’est le paradigme de complexité...

 

Face à ces dangers (les fanatismes, les peurs, les pires conditions dans lesquelles peuvent surgir les conflits meurtriers, les régressions politiques les pires), nous sommes amenés à chercher une pensée plus ouverte, globale et en même temps complexe. Nous devons éviter ce qu’on appelle la « rationalisation », c’est-à-dire des systèmes logiques mais qui n’ont aucune base, aucun fondement.

 

Nous devons éviter « la dogmatisation », c’est-à-dire le durcissement de nos idées, le refus de les confronter à l’expérience. Nous devons abandonner une rationalité fermée, incapable de saisir ce qui échappe à la logique classique, incapable de comprendre ce qui l’excède, pour nous vouer à une rationalité ouverte connaissant ses limites et consciente de l’irrationalisable. Nous devons sans cesse lutter pour ne pas croire aux illusions qui vont prendre la solidité d’une  croyance mythologique. Nous sommes dans ce monde global confrontés aux difficultés de la pensée globale, qui sont les mêmes que les difficultés de la pensée complexe.

 

Nous vivons le commencement d’un commencement.

 

Annie Keszey.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10:16 Publié dans EDUCATION, Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : edgar morin, penser global, pensée complexe, interdisciplinarité | | |  Facebook

30/01/2012

UNE NOUVELLE PEDAGOGIE SCIENTIFIQUE.

 

PROGRAMMES PRESIDENTIELS : SOUHAITS.

 

ENGAGEMENT PRIORITAIRE DE L’ETAT POUR RECONSTRUIRE L’EDUCATION NATIONALE : FORMER LES PROFESSEURS ET LES FORMATEURS A UNE NOUVELLE PEDAGOGIE SCIENTIFIQUE.

 

La priorité de l’Education Nationale est moins quantitative que qualitative. De nombreuses expertises ont montré que la baisse des effectifs des classes n’avait que peu d’incidences sur les résultats scolaires, même si un équilibre nécessaire au « bien  vivre ensemble » est évidemment exigible. Les classes à orientation précoce du passé, à effectifs réduits, CPPN, CPA, 4èmes et 3èmes technologiques et les SEGPA d’aujourd’hui n’ont produit ni ne produisent l’égalité des chances. Les élèves des groupes restreints de secondes langues en 4ème et 3ème  des collèges (russe, allemand…) ne sont pas mieux notés que les élèves de LV2 anglais dont les effectifs par groupes sont plus nombreux.

 

La première obligation est de former les professeurs et les formateurs à une nouvelle pédagogie scientifique.

Le mot « pédagogie » fut honni par les ministres successifs et ses  défenseurs critiqués, dont Philippe Meirieu. Accrochés à l’école traditionnelle « fondatrice », niant la complexité du métier de professeur et les changements personnels, familiaux et sociaux des élèves, ces ministres ont tous annoncés des réformes, progressistes parfois dans les mots, conservatrices dans les faits, peu appliquées et sans progrès constatés ces dix dernières années.

Le métier de professeur se limitait, pour eux, à l’exigence de diplômes universitaires disciplinaires, les masters aujourd’hui et à une liberté pédagogique individuelle…

Sujet tabou, les professeurs n’ont jamais été impliqués directement  dans l’insuffisante efficacité de l’école publique : seuls les déficits de  «  mérite » des élèves et des familles ou l’insuffisance des moyens expliquaient majoritairement la dérive institutionnelle.  

 

Or, le métier de professeur est un point de rencontre obligé entre plusieurs disciplines qui ne correspondent pas aux découpages universitaires. Ce métier n’est pas encore décrypté mais des initiatives et surtout des recherches rassurent pour un avenir proche.

Sébastien Clerc, professeur de français et d’histoire dans un lycée professionnel de la Seine-Saint-Denis, en 2009, a proposé des solutions concrètes pour assurer de bonnes conditions de travail dans des classes difficiles, dans « Au secours ! Sauvons notre école » aux éditions Oh !

Ses propositions se fondent sur une profonde réflexion de ses pratiques et de ses impasses mais discutable, marquée par l’impuissance institutionnelle du présent : il souhaiterait, par exemple, plus d’exclusions d’élèves perturbateurs…Sa crainte réelle qui justifie son témoignage est que de nombreux  jeunes professeurs ne soient envoyés « au casse-pipe ».  

Il attend une véritable science, en particulier de la tenue des classes, dont les spécialistes feraient part de leurs connaissances aux professeurs débutants.

L’avenir de ce métier est en effet celui d’une nouvelle pédagogie scientifique que le prochain ministre de l’Education Nationale devrait connaître et diffuser.           

 

Un exemple majeur de pédagogie scientifique actuelle.

Savoir parfaitement lire avant de quitter l’école élémentaire est la condition de réussite des études ultérieures. L’objectif n’est pas atteint pour tous les élèves et ce grave échec est pourtant toléré.

La science de la lecture, c’est-à-dire les connaissances scientifiques sur les neurosciences cognitives de la lecture doivent être diffusées en urgence auprès des professeurs et des formateurs afin d’être mises en pratique dans les classes. La liberté pédagogique se fondera sur des principes d’apprentissages rigoureux et non plus seulement sur des essais et erreurs ou même sur la seule expérience et les résultats des élèves mesureront aussi la pertinence de cette traditionnelle liberté.

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Stanislas Dehaene, dans « Apprendre à lire. Des sciences cognitives à la salle de classe », aux éditions Odile Jacob synthétise, avec son équipe du CNRS, 20 ans de recherches sur le cerveau et la lecture. Il est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de Psychologie expérimentale et membre de l’Académie des sciences.

Son livre est structuré en chapitres :

-          Comment notre cerveau apprend-il à lire ? Apprendre à lire,

-          Les grands principes de l’enseignement de la lecture, la dyslexie,

-          L’éducation fondée sur la preuve,

-          Une proposition de progression pédagogique à travers les difficultés de lecture du français.

Des résumés clairs et brefs, sous le titre « A retenir » définissent les étapes d’une pédagogie scientifique de l’apprentissage de la lecture.

En conclusion, l’auteur affirme la solidité de ces connaissances, souhaite que des professeurs formés  adoptent ce système pédagogique développé très positivement en Grande-Bretagne et en Finlande. Il faut bien sûr adapter les manuels pour focaliser l’attention sur le décodage et la compréhension des mots. Des outils restent à créer : cartons à découper, lettres magnétiques, jeux de mots, logiciels…

La grande section de maternelle doit insister sur l’acquisition du vocabulaire, multiplier les comptines, les histoires orales, les petites pièces de théâtre… Chaque classe de l’école élémentaire comprendra une bibliothèque afin que chaque élève puisse lire un livre par semaine.

 

Les ouvrages de pédagogie scientifique attendent d’être regroupés et utilisés.

[Stanislas Dehaene est aussi l’auteur de « La bosse des maths ».]

 

Luc Chatel, actuel ministre de l’Education Nationale a souhaité introduire la morale à l’école et dépister les prédispositions à la délinquance des enfants des écoles maternelles!

Impuissance.

Jacques Pain, Maître de conférences à l’Université de Nanterre, en 1992, a choisi la voie de la pédagogie contre la violence. Alain Bentolila, linguiste, professeur à l’Université Paris V, en 2007, a défendu « Le verbe contre la barbarie.»

Apprendre à lire scientifiquement donc « mais à des personnes toutes différentes qui débordent de vie, d’initiatives et de créativité, mais aussi à des êtres vulnérables qui révèlent leurs détresses, leurs souffrances et leur insécurité affective. Les mimiques, postures, gestes et vocalisations du jeune enfant s’enchaînent pour devenir des messages qu’il faut comprendre sinon s’instaurera avec l’enfant un dialogue de sourds qui conduira à l’agression, à la crainte, à l’isolement… » C’est Hubert Montagner, docteur ès-sciences, ancien directeur de recherche à l’INSERM  qui met en garde contre le danger de théories scientifiques trop rigides, dans «  L’enfant et la communication » aux éditions Essais-Documents Stock, de 1984.

 

Nouvelle pédagogie scientifique, nouvelles contradictions entre sciences, nouvelle complexité.

 

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.