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06/11/2017

L'AVENIR. Contre les élections.

Le mouvement politique La République En Marche a adopté ses statuts le 4/10/2017. Le Conseil, parlement du mouvement, est bireprésentatif : il naît majoritairement de l’élection et aussi du  tirage au sort  strict pour désigner 20%* de ses membres. C’est positif mais minime : un leurre encore plus qu’un progrès. (*Il est écrit 25%, mais 5% des participants ont un profil à part.)
David Van Reybrouck est spécialiste d’histoire culturelle et archéologue. Il a publié, en 2014, Contre les élections, aux éditions Babel essai. 219 pages.
« Toute démocratie aspire à un sain équilibre entre légitimité et efficacité...Mais aujourd’hui les démocraties occidentales sont confrontées simultanément à une crise de la légitimité et à une crise de l’efficacité. C’est une situation exceptionnelle. Ce n’est plus du roulis, on est en pleine tempête... Les symptômes dont souffre la démocratie occidentale sont aussi nombreux que vagues, mais si l’on juxtapose abstentionnisme, instabilité électorale, hémorragie des partis, impuissance administrative, paralysie  politique, peur de l’échec électoral, pénurie de recrutement, besoin compulsif de se faire remarquer, fièvre électorale chronique, stress médiatique épuisant, suspicion, indifférence et autres maux tenaces, on voit se dessiner les contours d’un syndrome, le syndrome de fatigue démocratique... »
L’auteur étudie alors les moyens concrets d’y remédier.
« On peut classer les analyses divergentes du syndrome de la fatigue démocratique en fonction de quatre diagnostics différents : c’est la faute des politiciens, c’est la faute de la démocratie, c’est la faute de la démocratie représentative et c’est la faute de la démocratie représentative élective. » Il réfute l’efficacité des réponses apportées aux trois premiers diagnostics, telles que le populisme, la technocratie, la démocratie directe, initiatives qui d’ailleurs ne durent pas. C’est la  critique de la démocratie représentative élective et la proposition approfondie de l’usage du tirage au sort qui constituent l’essentiel du livre.
« Nous sommes tous devenus des fondamentalistes des élections. Nous méprisons les élus mais nous vénérons les élections...Les fondamentalistes refusent de voir les élections comme une méthode qui contribue à la démocratie, mais les considèrent comme un but en soi, comme un principe sacré ayant une valeur intrinsèque inaliénable... A une époque qui se caractérise par un malaise économique, un système médiatique déchaîné et une culture en pleine transformation, continuer de s’accrocher uniquement aux élections revient presque définitivement à enterrer la démocratie... Comment a-t-on pu en arriver là ? »
L’auteur rappelle l’organisation des institutions politiques d’Athènes au Vème siècle. Les membres des quatre organes de la démocratie étaient tirés au sort. Les mineurs, les femmes, les esclaves et les étrangers en étaient exclus.
« Le tirage au sort concernait donc les trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire. Chaque nouvelle loi était préparée par le Conseil des Cinq-Cents, tiré au sort, puis votée par l’Assemblée du peuple (6 000 citoyens volontaires) ; le Tribunal du peuple, également tiré au sort, en examinait la légalité ; les magistrats tirés au sort parmi les citoyens (600)  ou élus (100 hauts fonctionnaires élus par l’Assemblée du peuple) se chargeaient de son exécution. Le Conseil des Cinq-Cents contrôlait le pouvoir exécutif, le Tribunal du peuple était responsable du pouvoir judiciaire... Aristote écrivait déjà « Le principe fondamental du régime démocratique, c’est la liberté...Une des marques de la liberté c’est d’être tour à tour gouverné et gouvernant.. » La démocratie athénienne  n’est pas une démocratie directe mais une démocratie représentative non élective...Au siècle des Lumières Montesquieu écrivait, dans L’Esprit des lois, «  Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par le choix est de l’ordre de l’aristocratie... »
Le caractère élitiste de l’élection apparaissait dès le départ comme une évidence. La pratique du vote pourtant va perdurer avec ses avancées, par exemple  l’extension du droit de vote à l’ensemble des citoyens, dont les femmes et pas seulement réservé aux riches
désignés par leurs impôts, mais perdurer aussi avec ses ratés. Au XXème siècle se développent de très nombreuses expériences de démocratie délibérative dont les évaluations scientifiques démontrent que des personnes ordinaires peuvent devenir des citoyens compétents, du moment qu’on leur en donne les moyens. Ces moyens sont du temps et de l’argent pour échanger, se former, consulter des spécialistes, rédiger... Le Canada, l’Islande, l’Irlande et les Pays-Bas ont initié des processus de démocratie délibérative dont l’étude a permis à de nombreux chercheurs de dégager des propositions pour le passage aux désignations politiques par tirage au sort. En France, les citoyens des jurys de  cours d’assises, tirés au sort, sont périodiquement l’objet de controverses mais leur existence n’est pas remise en cause. Leur « travail » sérieux est reconnu.
« Le modèle du chercheur américain Terrill Bouricius, paru en 2013 dans la revue spécialisée Journal of public Deliberation, est le plus adapté actuellement à la définition d’une démocratie basée sur le tirage au sort. Il est légitimement compliqué puisqu’il veut combattre toutes les dérives et imperfections du système actuel. Il comporterait six organes différents afin de concilier des intérêts contradictoires. Le Conseil de définition des priorités, de 150 à 400 membres tirés au sort parmi les volontaires choisit les thèmes sur lesquels il faut légiférer, les Panels d’intérêt, chacun de 12 membres, proposent une législation sur un thème donné, les Panels d’examen, chacun de 150 membres, proposent des lois à partir du travail des organes précédents et des conseils de spécialistes, le Jury des politiques publiques, 400 membres tirés au sort, vote les lois à scrutin secret après des présentations publiques, le Conseil de réglementation, d’environ 50 membres, décide des règles et des procédures des travaux législatifs et, enfin, le Conseil de surveillance, d’environ 20 membres, contrôle le processus législatif et traite les réclamations. Les 5 premiers organes ont tous été expérimentés avec succès dans divers pays. Les membres sont rémunérés sauf ceux des Panels d’intérêt et les durées des fonctions sont définies dans le temps.
Ce modèle est proposé en toute connaissance de cinq dilemmes : la taille idéale de chaque groupe, la durée idéale, le mode de sélection idéal, la méthode de délibération idéale et la dynamique de groupe idéale. Dans ce modèle à plusieurs organes, les avantages des diverses options peuvent se renforcer mutuellement et les inconvénients s’atténuer... Avant l’application du modèle de Bouricius une période intermédiaire pourrait appliquer un modèle bireprésentatif, une représentation nationale issue d’un mécanisme associant élection et tirage au sort et donc, déjà, une thérapie relationnelle entre gouvernants et gouvernés.
Cette proposition réintègre la politique au sein de la population : la distinction élitaire entre gouvernants et gouvernés disparaît complètement. Nous sommes revenus à l’idéal aristotélicien d’être tour à tour gouvernants et gouvernés.
Sans cette réforme drastique, notre système n’en a plus pour longtemps. Quand on voit la montée de l’abstentionnisme, la désertion des militants, le mépris qui frappe les politiciens, quand on voit le manque d’efficacité des gouvernements et la dureté de la « correction » infligée par l’électeur en fin de mandat, quand on voit la rapidité du succès du populisme, de la technocratie et de l’antiparlementarisme, quand on voit le nombre croissant de citoyens qui aspirent à plus de participation et la vitesse à laquelle  cette aspiration peut se muer en frustration, on se dit : il est moins une. Notre temps est compté.
Nous devons décoloniser la démocratie. Nous devons démocratiser la démocratie.
Encore une fois : qu’attendons-nous ? »

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11/05/2016

L'Espagne d'avril 2016: un panorama dévastateur.

Dans les quotidiens espagnols, El País, El Mundo, El Diario de Mallorca, plusieurs éditorialistes décrivent la défiance du peuple et son désarroi entre le pouvoir politique corrompu, les nombreux faits de délinquance et les difficultés quotidiennes. Dans le Diario de Mallorca du 22/04/2016, Ramon Aguilo décrit un panorama dévastateur. Le pouvoir économique, lâche, est complice du MAL. Il rappelle que, déjà, l’ancien président de l’Espagne José Maria Aznar, inspecteur des finances, prônait l’exemplarité pendant ses deux mandats alors qu’il a triché ensuite lors de ses déclarations d’impôts. Découvert, il a dû payer au fisc une amende totale de près de 270 000 € pour les années 2011 et 2012. Jérôme Cahuzac donnait aussi des leçons de bonne conduite : son nom réapparaît dans le scandale bis de Panama. L’Espagne est parfois le miroir de la France.

Les élections législatives de décembre 2015 n’ont pu aboutir à la formation d’un gouvernement. Les députés ont été payés pendant six mois, sans fonction. Epée de Damoclès, les Espagnols voteront à nouveau le 26 juin 2016. Les deux partis traditionnels, le Parti populaire (PP), très frappé par la corruption et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) sont concurrencés par deux nouveaux partis : Podemos, à gauche et Ciudadanos, au centre. Les Partis n’ont pu trouver un accord malgré quatre mois de diatribe et la médiation du roi. Comme les « indignés français », les Espagnols souhaitent la fin d’une société et d’institutions verticales pour une démocratie horizontale, en continu, qui permettrait aux citoyens de participer aux décisions (au lieu de manifester) entre deux élections. Le gouvernement français, sans majorité, est aussi en survie artificielle, le premier ministre n’a plus d’autorité sur la gauche éclatée et l’usage de l’article « 49.3 » de la constitution est à nouveau envisagé. Le gouvernement de Mariano Rajoy, dans cette période préélectorale, vient de s’engager à rembourser aux fonctionnaires espagnols les 49 % de l’extra- salarial 2012 toujours en attente. Deux versements de 25 % et de 26 % avaient été faits en 2015. Les syndicats y voient une mesure pure et dure électoraliste. Le gouvernement français vient d’augmenter les primes des professeurs d’école. Pourtant les deux pays sont en déficit et endettés. Mariano Rajoy va se représenter devant les électeurs pour former un gouvernement raisonnable et cohérent ! Ricardo Costa, l’ex- secrétaire du PP de Valence est accusé par le ministère public de délits électoraux et de falsification de documents. Il risque huit années de prison pour avoir financé des campagnes électorales du PP avec 3.46 millions d’euros d’argent noir de constructeurs. Il demande à la Justice de convoquer Mariano Rajoy afin qu’il « s’explique » sur les comptes du Parti ! Avenir prometteur.

La commission européenne de Bruxelles bloque les fonds destinés au développement régional espagnol après avoir détecté des irrégularités de gestion. Le chômage atteint plus de 20 % de la population « active ».

La corruption démesurée persiste. Les scandales d’actualité sont ceux d’Ausbanc, de Manos Limpias, de Nóos, de Panama, de Rocamar... Luis Pineda, d’Ausbanc, était le responsable d’une association dédiée à la défense des consommateurs qui recevait des fonds publics, mais dirigeait aussi, aidé par son clan familial et des amis, un groupe criminel d’extorsion de fonds à des banques, des entreprises et des particuliers et occultait ses bénéfices de 10 millions d’euros par an afin de ne pas payer d’impôts. Maria José Pérez-Cejuela, directrice générale du commerce et de la consommation de Madrid, amie de Pineda, pour son implication, est interrogée par la justice. Luis Pineda a été incarcéré dans la prison de Navalcarnero le 16/04/2016 en même temps que le secrétaire général du syndicat Manos Limpias, les Mains propres, Miguel Bernad Remon, associé avec Pineda. Manos Limpias avait une activité voisine de celle d’Anticor, en France, sauf que son responsable pratiquait l’extorsion de fonds en liaison avec Ausbanc. Il utilisait un droit particulier espagnol, l’accusation populaire, pour porter plainte contre diverses personnalités. Par exemple, Manos Limpias avait porté plainte contre le juge Baltasar Garzón qui investiguait sur les crimes du franquisme. Une avocate actuelle de ce syndicat représente Manos Limpias dans le jugement en cours du cas Nóos qui concerne les malversations d’Iñaki Urdangarin et de sa femme l’infante Cristina de Borbón y Grecia, sœur du roi. C’est Miguel Bernad Remon de Manos Limpias, et lui-seul, qui a porté plainte contre l’infante en supposant qu’elle avait participé aux délits fiscaux de son mari. La question de la libération de l’infante est posée pour deux raisons : l’accusateur est en prison pour corruption et il aurait demandé trois millions d’euros à l’infante en échange d’un renoncement de Manos Limpias à porter plainte contre elle. Il aurait pratiqué ce chantage de nombreuses fois avant de déposer d’autres plaintes. La décision pour l’infante Cristina est en attente. Cet imbroglio est alimenté quotidiennement par la presse.

Le scandale mondial récent de Panama Papers concerne des politiques, des banquiers, des sportifs, des avocats, des chefs d’entreprise... De nombreux espagnols, que la presse commence à nommer,  sont éclaboussés: le ministre de l’industrie espagnol, José Manuel Sora (il a démissionné le 15/04), Pilar de Borbón, sœur de l’ancien roi Juan Carlos, le mari de l’infante d’Espagne Iñaki Urdangarin, Pedro Almodóvar et son frère, Maria Luiz- Picasso, petite fille de Pablo Picasso, Micaela Domecq, femme du commissaire européen à l’énergie et à l’action pour le climat, Oleguer Pujol, fils de l’ancien président de la Généralité de Catalogne, Francisco Paesa Sanchez, agent secret, sept footballeurs, la branche espagnole de la famille Thyssen-Bormemisza, la femme de Felipe González ex-président du gouvernement etc. Quant au bureau de Bercy, à Paris, il est dépassé par les demandes de rapatriements financiers des utilisateurs français du paradis fiscal panaméen, révélés publiquement, et doit recruter des contrôleurs.

Le gouvernement des Baléares a déposé plainte en justice pour le cas Rocamar. Un hôtel en ruines a été acheté sur fonds publics pour assurer sa démolition parce qu’il nuisait à la beauté d’un site. Le conseiller du Tourisme et trois autres hauts responsables sont suspectés d’avoir fait une malversation de 697 000 € lors de l’achat.

Le maire de Grenade, Torres Hurtado, accusé de corruption urbanistique a démissionné. Alberto Fabra, l’ex-président du PP de Castellón, condamné en 2014 à quatre ans de prison pour fraude fiscale a pu sortir de prison, en semi-liberté. La femme d’Alfonso Grau, ex-vice- maire de Valence est accusée par la justice de blanchiment d’argent. Lors d’une communication téléphonique avec son fils, elle avait expliqué comment le groupe municipal du PP pouvait blanchir et utiliser pour la campagne électorale l’argent noir du PP de Valence. Son mari insiste sur les problèmes psychologiques de sa femme pour la disculper. Le président des Cortes de Valence, avec vingt-huit autres personnes, sont mis en examen pour association illicite, malversations, prévarication, blanchiment de capitaux et trois délits supplémentaires. L’ex- maire de Valence, quarante-sept autres personnes et le PP comme personne juridique sont mis en examen pour blanchiment supposé d’argent...Ce ne sont là que quelques exemples, la liste est inépuisable...

Le 19/04/2016, la police de Majorque, cette île paisible, arrête un djihadiste de 26 ans, Mohamed Harrak, qui vit avec ses parents... du matériel informatique et des drogues, dans un appartement de Son Gotleu. Ce loup solitaire, arbitre sportif, recrutait sur internet des terroristes pour aller en Irak et en Syrie avec lui et préparait un attentat en Espagne. Mohamed est marocain, la nationalité espagnole lui ayant été refusée après un délit : il avait frappé, avec sa mère, sa sœur de douze ans avec un câble électrique ! Il avait tenté d’appartenir à la Garde civile espagnole, puis à la Légion étrangère, en France, mais avait été refusé. La police a découvert des messages de Mohamed Harrak sur les réseaux sociaux, par exemple : « Un des jours de ma vie les plus heureux fut de voir la terreur sur les visages lors des attentats de Paris, cela n’a pas de prix ! » Les voisins se sont déplacés pour insulter le prévenu. Il a été rapidement incarcéré : le nombre de touristes sur l’île, les trois premiers mois de 2016, a cru de 40 % par rapport à 2015 du fait de la réputation de sécurité de l’île...Mohamed Harrak, présumé djihadiste, plaide non coupable : il n’a aucun lien avec Daech (Daesh en Espagne) dit son avocat.

Les responsables espagnols sont satisfaits d’avoir pu réaliser enfin un modèle impeccable de barrière contre l’immigration entre le Maroc et la ville espagnole de Melilla. En 2014, deux mille migrants avaient pu la franchir, en 2015, cent et en 2016, huit seulement à la date du 30/04. Le journaliste mentionne cependant les agujeros (trous) éthiques de la situation. 

Manuel Benitez, le célèbre toréador El Cordobés, a quitté sa femme après cinquante ans de vie commune. Peu de temps après, le 27/04/2016, une analyse ADN a démontré, après quarante ans, que Manuel Diaz, également toréador, était le fils d’El Cordobés.

Le 27/04/2016, mille cinq cents fils d’exilés espagnols se sont mobilisés pour que la France retire au dictateur Franco la Légion d’honneur, à titre posthume. Franco est indigne de cette décoration proposée par Philippe Pétain et accordée en 1928 comme officier et en 1930 pour attribuer le grade de commandeur. Une résolution de l’ONU de 1946 a reconnu que le régime de Franco était fasciste et ne respectait pas les droits de l’homme. La pétition a été adressée en France à la Grande Chancellerie et au cabinet du Premier ministre d’origine espagnole! « Enlever la médaille à Franco, c’est rendre l’honneur aux principes de la République française. » L’initiative est noble, d’autres Légions d’honneur devraient être retirées dont la dernière accordée au prince d’Arabie saoudite.

La sanctification de la technologie et l’utilitarisme ont semé le discrédit sur les lettres et la philosophie. Les plans d’études des facultés iront de pire en pire, en faveur des banalités générées par le « politiquement correct ». C’est la fin des humanités.

Annie KESZEY.

17:32 Publié dans espagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : espagne, élections, corruption, djihadisme, immigration | | |  Facebook

28/06/2015

ELECTIONS: DES PROJETS CONTRE L'ABSTENTION.


L’abstention croissante, très importante aux élections ainsi que la progression du nombre de non-inscrits sur les listes électorales évalué à 7% dégradent le principe fondamental de la Démocratie représentative, système essoufflé. La crise électorale des partis est très profonde. La France s’exposerait-elle à ce qu’il n’y ait plus d’électeurs ?

 

 

 

Les électeurs abstentionnistes ne sont pas tous « passifs » : ignorants ou  indifférents. Diverses enquêtes sociologiques de la SOFRES ou du CEVIPOF expliquent l’abstention permanente par une insuffisante intégration politique à la société globale et par une faible insertion sociale. Le niveau bas des diplômes, le chômage, la pauvreté, l’appartenance à une communauté exclue, la vie en ville, génèrent cette abstention. Certains électeurs sont ainsi hors- jeu politique ou sont parfois hostiles au régime représentatif.

Les abstentionnistes « actifs », intermittents, sont las de la politique actuelle aux mains d’une élite peu motivée par l’intérêt général, souvent corrompue par l’argent, frappée par des scandales et programmée pour les combats de coqs permanents du bipartisme. Les abstentionnistes contestataires s’interrogent sur la permanence des promesses non tenues, la résorption progressive de la distinction gauche-droite,  l’inefficacité d’acteurs politiques successifs quant à l’éradication du chômage, par exemple,  la non-représentativité du peuple ou manifestent contre les règles de fonctionnement du régime. Les abstentionnistes refusent aussi de passer par des votes protestataires extrémistes. Ils ne se sentent pas concernés par les objectifs principaux des programmes politiques et attendent des réformes sérieuses. Mieux insérés socialement, ils restent dans le jeu politique, par leur participation non conventionnelle : manifestations, grèves, boycotts, forums sur internet ...

Les femmes s’abstiennent plus que les hommes, les jeunes entre vingt-cinq ans et trente ans plus que les anciens, la gauche et particulièrement la gauche radicale plus que la droite. Actifs et passifs rencontrent parfois, simplement, des obstacles matériels pour se rendre aux bureaux de vote : tels les étudiants qui ne votent pas sur le lieu de leurs études, parce qu’ils sont inscrits ailleurs.

L’excès de candidats aux élections favorise l’abstention, de même que la lourdeur des inscriptions sur les listes électorales ou la technicité des procurations.

Le vote par internet facilite la forme du vote mais n’agit pas sur le fond.

Les votes blancs parce qu’ils ne sont pas comptabilisés dans les suffrages exprimés sont peu utilisés : ils devraient être intégrés aux résultats.

 

Trois élections municipales partielles ont eu lieu le 14 juin 2015, à Asnières, Clichy et Puteaux, avec des taux d’abstention respectifs au premier tour de 56.28%, 59.18% et 51,63%.

Pour Puteaux, par exemple, le 14 juin 2015, la maire a été élue au premier tour avec 60,77% des 14 595 suffrages exprimés : 28, 60 % des inscrits.

La liste Ex-MoDem-PS-EELV, dite du Rassemblement, avec ce même calcul, a obtenu 10,9 % des inscrits.

Au second tour, le 21 juin, le maire d’Asnières a été élu par 24% des inscrits et celui de Clichy par 24.73%

Ces déductions restent théoriques puisque nul ne connaît les tendances réelles des abstentionnistes.

Peu d’élus aux élections diverses s’emparent du problème : de nombreux ego sont surdimensionnés, la crainte d’un raccourcissement du temps des mandats et de la diminution de leur nombre, souhaités par les citoyens, les engagent à se taire, une démocratie faible leur convient ou ils n’ont ni les connaissances ni les compétences requises pour progresser en démocratie. A moins qu’ils ne délèguent à d’autres ces réformes.

 

Des projets pour remédier à ce fléau existent déjà, mais localement. Ils consistent surtout à engager la participation continue, positive, du peuple électoral. Ils ajoutent à la démocratie représentative, épisodique, d’autres pratiques incluses dans une démocratie directe ou semi-directe : démocratie participative, collaborative, délibérative... impliquant les citoyens, responsables, en permanence, afin de ne plus laisser le pouvoir aux seuls élus.  Porto Alegre, au Brésil, pratique le budget participatif depuis 1989.  L’organisation, par le maire, des consultations populaires aux préoccupations respectées reste un modèle d’organisation très complexe, difficile et réussi. Grigny et le Paris d’Anne Hidalgo s’y essaient, partiellement. Marinaleda, en Espagne, depuis 40 ans, est une coopérative, révolutionnaire sous certains aspects, transition vers une économie distributive. La Suisse pratique les référendums obligatoire et facultatif ainsi que l’initiative populaire. Vandoncourt, dans le Doubs, est en autogestion. Sa gouvernance participative recherche le consensus des décisions.

Roubaix a mis en place une commission municipale de lutte contre l’abstention. En 2012, l’Association des Agences conseils en communication a organisé une lutte contre l’abstention pour montrer aussi l’action de l’industrie créative, à la radio, la télé, sur le web, les smartphones et dans la presse. François Hollande à Bondy, en 2012, a émis une idée simpliste contre l’abstention : chaque citoyen devait inviter ses voisins titulaires du droit de vote à l’exercer !

Actuellement, en France, de nouveaux projets mais en nombre réduit sont soumis à la réflexion populaire.

Le vote obligatoire n’est un recours possible que pour une minorité de décideurs : il affaiblit la liberté individuelle et ne modifie pas les causes profondes du malaise électoral. Les amendes pour les abstentionnistes ne sont pas souhaitées ni les rémunérations pour les votants.

Quelques rares campagnes électorales innovantes aux slogans créatifs et atypiques ont obtenu un remarquable investissement électoral.

Le politologue Jean-Yves Dormagen préconise des campagnes ambitieuses d’inscription sur les listes électorales comme aux Etats-Unis d’Amérique.

Antibelami, de l’Express, propose des débats médiatiques avant les premiers tours et l’obligation, pour chaque candidat, à chaque type d’élection, de répondre à un même questionnaire recensant les questions fondamentales du peuple.

L’Assemblée nationale veut expérimenter l’amendement citoyen. Des députés socialistes étudient la possibilité d’ouvrir à tous le droit d’amender les textes législatifs, à travers le principe de « l’amendement citoyen », pour impliquer davantage le public au sein d’une démocratie collaborative. Un rapporteur citoyen défendrait les amendements issus de consultations citoyennes, disposerait d’un temps supérieur à celui des autres députés et bénéficierait d’un temps privilégié avec le gouvernement. Il s’agirait de mettre tous les citoyens au même accès à la décision publique, alors que cet accès est actuellement très inégal, excessif pour les lobbies, par exemple. Le risque est que cette collaboration soit trompeuse et ne crée une désillusion plus grande encore. Personne n’est dupe en effet que sans l’accord du gouvernement l’amendement ne passera pas...

[Extrait d’un article d’Hélène Bekmezian, le Monde du 16 juin 2015.]

 

Dans son dernier ouvrage « Radicaliser la démocratie. Propositions pour une refondation », Dominique Rousseau, juriste et professeur de droit constitutionnel à la Sorbonne, opte pour des solutions radicales afin de sortir de l’abstention. Ses propos sont recueillis par Antoine Louvard.

Extraits discontinus.

« L’Assemblée nationale représente des citoyens abstraits. Une assemblée sociale pourrait permettre aux citoyens concrets de s’exprimer et de peser dans la fabrication des lois. Cette assemblée élue comme on procède actuellement pour les élections professionnelles ou par tirage au sort aurait un pouvoir délibératif...

Des hommes politiques de droite et de gauche ont pris les décisions de donner des compétences de l’Etat au niveau européen. La forme étatique étant une forme en voie de dépassement, il faut imaginer un autre instrument que la souveraineté. De mon point de vue, cet instrument c’est le bien commun donc le droit. Le droit est ce qui unit les hommes.

L’homme de la rue a été oublié dans la construction des systèmes politiques. Mon souci est de partir des gens concrets et de construire à partir de leur expérience un système politique par lequel la règle de la vie bonne va être produite...Le droit fait regarder aux hommes ce qu’ils ont en commun...

Le citoyen du monde n’est pas l’individu néolibéral, un peu paumé et entre les mains du marché mais un individu solitaire, parce que les droits transcendent les divisions.

L’enjeu politique c’est de porter la démocratie au niveau postnational, dans le cadre européen. Le problème européen n’est ni économique ni monétaire, il est que le peuple est absent au niveau européen. »

A suivre : le sujet n’est pas épuisé...

Image : sitamnesty

Annie Keszey.