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19/03/2018

LaREM : vers les élections européennes de 2019.

Les éditions Flammarion, en 2009, ont publié « Les grands discours du XXème siècle », présentés par Christophe Boutin. Cinquante - deux discours de chefs d’États internationaux ou de personnalités influentes dont l’Abbé Pierre, Martin Luther King, Simone Veil, Aimé Césaire, Robert Badinter...consignent, pour l’Histoire, des événements marquants du siècle passé.

 Le 25 juillet 1914, Jean Jaurès prononce un discours à Lyon-Vaise : « Citoyens, Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole... » Le 18 juin 1940, par message radiodiffusé depuis la BBC, Charles de Gaulle, s’oppose à la demande d’armistice du gouvernement français de Philippe  Pétain : « ...Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste empire derrière elle, elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser, sans limites, l’immense industrie des Etats-Unis... »  Le 25 août 1944, Charles de Gaulle sur le perron de l’Hôtel de Ville, déclare la Libération de Paris : « Paris ! Paris outragé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré par lui-même avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France toute entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle... »  Le 9 mai 1950 , Robert Schuman  (allemand de naissance), reconnu aujourd’hui comme le père de l’Europe, propose de faire l’Europe en liant d’abord économiquement les États entre eux , avant une union politique qu’il ne voit pas encore se dessiner et avec comme premier objectif les domaines alors essentiels du charbon et de l’acier ...Le 30 avril 1952, Jean Monnet prononce son discours sur l’Europe fédérée  devant la National Press  Club, à Washington. « ...Finalement, les Européens restent divisés entre eux. Dans ce cadre, la  coopération s’arrête quand les  intérêts nationaux  divergent et la guerre demeure leur ultime recours. L’établissement d’institutions et de règles communes assurant la fusion des souverainetés nationales unira les Européens sous une autorité commune et éliminera les causes fondamentales des conflits... » « L’appel de Cochin » de Jacques Chirac, le 6 décembre 1978, marque le début de la campagne pour les premières élections au suffrage universel du Parlement européen : ...C’est pourquoi nous disons NON. NON à la politique de supranationalité. NON à l’asservissement économique. NON à l’effacement international de la France...Avec gravité et résolution, je vous appelle dans un grand rassemblement de l’espérance, à un nouveau combat, celui pour la France de toujours et l’Europe de demain... » Le dernier discours du livre est celui de Barack Obama, prononcé à Chicago le 4 novembre 2008 : « Yes, we can. »  Américain, ce titre nous convient cependant !

Le 26 septembre 2017, le Président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, a prononcé un long discours, de deux heures environ, titré « Initiative pour l’Europe », dans le grand amphithéâtre  de la Sorbonne, devant de jeunes étudiants. Ce discours pourrait avoir sa place  dans « Les grands discours du XXIème siècle ». La langue française de ce discours, parfaitement maîtrisée, soutient l’exposé d’une vision érudite d’une grande densité,  cohérente et ambitieuse de l’Europe de demain. L’Union serait à plusieurs vitesses et la réalisation du projet serait, bien sûr, longue.

Arnaud Benedetti, professeur de communication à la Sorbonne, a jugé que l’Europe vécue comme une fatalité parfois désastreuse fut ainsi réinvestie de sa puissance onirique, par  ce discours. 

Pour voter, il faut savoir. Ce discours est accessible, en totalité, sur de nombreux sites dont www.elysée.fr ou https://en-marche.fr (discours-page 2)

Le président souligne que les passions tristes de l’Europe sont bien là. L’Europe est exposée aux bourrasques de la mondialisation et aux idées ( néfastes) du nationalisme et du protectionnisme, en particulier...Le réveil de l’obscurantisme est un peu partout en Europe...Choisir la voie du repli national serait un naufrage collectif...A partir d’une impulsion franco-allemande décisive et concrète l’avenir  sera la refondation d’une Europe aux trois défis : la souveraineté, l’ unité et la démocratie. L’idéal de Robert de Sorbon « Vivre collégialement » et celui de Monnet « Unir les hommes » aboutiront à une Europe juste et protectrice...

Assurer l’unité sans chercher l’uniformité...

Les propositions sont très nombreuses, complexes et la dureté des négociations, à venir, ne peut  être sous-estimée. Certaines propositions sont anciennes, jamais abouties, comme celles touchant à la souveraineté ou à la solidarité financière entre États ! Le projet contient la création de nombreuses structures communautaires : une force commune d’intervention, un budget de défense commun, un super-ministre des finances, un Parlement et un budget de la zone euro, la création d’une Académie européenne du renseignement, la création d’un Parquet commun contre  la    criminalité organisée et le terrorisme, un Office européen de l’asile et de l’immigration, une Force européenne de protection civile, une police des frontières, une politique commune en Méditerranée et en Afrique, une taxe carbone aux frontières de l’Europe, une agence européenne pour l’innovation de rupture, une politique de transition énergétique commune, une taxation de la valeur créée, là où elle est produite, des interconnexions énergétiques, une assiette commune consolidée de l’impôt sur les sociétés, une autre politique agricole commune...

Il faut reconstruire la grammaire d’un modèle social rénové et construire là aussi des convergences...Des listes transnationales pour les élections européennes de 2019 sont souhaitables. Elles pourraient constituer la moitié du Parlement européen en 2024...

Le nouveau modèle productif de l’Europe ne sera pas qu’un modèle économique mais sera un modèle de société, de civilisation, qui permettra aussi de repenser les inégalités, les externalités d’une société dont les principales victimes des déséquilibres sont les plus faibles et les plus fragiles...

Les  principaux obstacles prévisibles, malgré la volonté très forte d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron, sont  le nouveau gouvernement allemand, les risques d’un nouveau protectionnisme après les menaces de Donald Trump, les divisions de Bruxelles, les replis de certains états dont la Hongrie et la Pologne, les stagnations idéologiques des extrêmes de gauche et de droite. Le scepticisme actuel de Français quant aux bienfaits de l’Europe  se guérira si, avant les élections européennes, on peut constater, en France, des résultats positifs des nombreuses réformes entreprises. La confiance reviendra.  Le projet visionnaire, concret, d’Emmanuel Macron, n’a pas de concurrence. Les oppositions traditionnelles  de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen ou de Florian Philippot sont partielles  et évanescentes.

La feuille de route prochaine entre la France, l’Allemagne et « Bruxelles » sera, espérons-le, validée et sortira grandie à partir de sa confrontation avec les analyses variées, parfois divergentes, des chercheurs sur l’Europe : Jürgen Habermas, Jean-Claude Barbier, Edgar Morin, Thomas Piketty, Camille Landais, Emmanuel Saez, Bernard Maris, Michel Aglietta, Susan George, Hubert Védrine et les nombreux auteurs des livres du Parlement européen...  

A suivre donc, plus tard ! Annie Keszey, comité « historique » de LaREM de Puteaux.

(Domaines : notreputeaux.com/ rupture-et-metamorphose.org/ atelier idées.org) 

 

 

10/03/2012

L'ODIEUSE DETTE GRECQUE, ILLEGITIME.

 

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La notion de « dette odieuse » remonte à l’entre-deux-guerres. Alexander Sack, juriste russe, en a formulé la théorie en 1927. Elle désigne une dette contractée par un régime despotique, (nous dirions aujourd’hui- dictature- ou –régime autoritaire), pour des objectifs étrangers aux intérêts de la Nation, aux intérêts des citoyens. L’Université McGill de Montréal, plus récemment, en donne une définition assez semblable : les dettes odieuses sont celles qui ont été contractées contre les intérêts des populations d’un Etat, sans leur consentement et en toute connaissance de cause du côté des créanciers.

Les banques se sont détournées de leur fonction indispensable de crédit aux particuliers et aux entreprises pour s’engager dans des activités de spéculation financière nocives et dépourvues d’utilité sociale.

Le nouveau « Pacte européen de compétitivité par la convergence », malgré sa désignation, est destiné à pérenniser la tutelle des intérêts financiers sur les politiques économiques des Etats européens. Il accentuera les traits fortement antidémocratiques de l’Europe et créera dans la zone euro une espèce de directoire des dirigeants des pays les plus puissants, s’il n’est pas corrigé.

 

La dette grecque a d’abord été contractée par la dictature militaire dite « des colonels », quadruplant entre 1967 et 1974. Elle a continué à augmenter sous les gouvernements civils qui lui ont succédé, les sommes empruntées aidant à organiser la corruption à très grande échelle. On sait, depuis l’automne 2009, que le gouvernement du parti Nouvelle Démocratie et l’ancien ministre Caramanlis, avec l’aide de Goldman Sachs,  ont truqué les chiffres tant pour cacher l’ampleur de la corruption que pour sauvegarder l’image de la Grèce auprès de l’Union Européenne,de la Banque Centrale Européenne et des investisseurs.

Aucune poursuite n’a été engagée à l’encontre de Caramanlis par le gouvernement Papandréou.

Les dépenses les plus importantes qui sont venues grever les finances publiques grecques, sans qu’on connaisse le montant des commissions occultes qui les ont accompagnées,  sont celles entraînées par les jeux olympiques en 2004 et surtout par les achats d’armes.

La Grèce a été un des 5 plus gros importateurs d’armes, en Europe, entre 2005 et 2009. L’achat d’avions de combat représente à lui seul 38% du volume de ses importations, avec notamment l’achat de 26-F16 aux Etats-Unis et de 25 « Mirage 2000 » à la France, ce dernier contrat portant sur une valeur de 1.6 milliard d’euros. Mais la liste des équipements français vendus à la Grèce ne s’arrête pas là : on compte également des véhicules blindés (70 VBL), des hélicoptères NH90, des missiles MICA, Exocet, Scalp et des drones Sperwer. La Grèce est le 3ème client de l’industrie de défense française : les livraisons ont atteint 261 millions d’euros en 2009. La Grèce était en discussion avancée avec la France et Dassault pour acheter des Rafales à 50 Millions d’Euros pièce… Les Etats-Unis, la Russie, la Grande Bretagne et l’Allemagne vendent aussi des armes à la Grèce. L’Allemagne a vendu, entre 2005 et 2009, pour plusieurs milliards d’euros d’équipement (chars Léopard, sous-marin type 214, munitions). Ces achats relèvent de la problématique de la dette odieuse. La combinaison entre l’endettement externe contracté à l’égard des banques et des fonds de placement originaires des mêmes pays qui vendent des armes relève d’une forme de subordination économique et politique caractéristique de l’impérialisme.

Des Etats européens, la France et l’Allemagne, par leurs ventes à un état insolvable, ont-ils pu accroître la  dette de la Grèce, à leur profit, et s’en émouvoir ensuite? La Grèce, en 2011, avait 10 787 690 habitants! Quelle guerre picrocholine préparait-elle?

L’église grecque, non séparée de l’Etat, second propriétaire foncier du pays, a été imposée pour la première fois en 2010, à hauteur de 20% de ses revenus bruts. Elle a été dispensée de la taxe immobilière instaurée en 2011 et garde encore de nombreux privilèges fiscaux. Les prêtres orthodoxes, malgré l’énorme fortune de l’église, sont payés par l’Education Nationale publique. Des milliards d’euros seraient investis par l’église sur les marchés boursiers. http://archives-lepost.huffingtonpost.fr

Les armateurs puissants, descendants d’Aristote Onassis, la famille Niarchos, les Livaros ont placé leurs fortunes en Suisse et les banques suisses disposeraient de 280 Milliards d’euros de fonds helléniques selon le gouvernement grec. La Suisse dément.

La nature économique des sommes prêtées interroge la légitimité de la dette publique. C’est donc l’une des questions qui motive la demande d’audit de la dette grecque défendue par un front d’associations et d’organisations politiques, dans une perspective de restructuration vaste ou d’annulation complète. Les couches populaires et les jeunes sont les victimes immédiates des intérêts croissants imposés à la dette par l’Oligarchie financière mondiale et  répercutés en mesures d’austérité excessives, sans fin, injustes.

La dette publique française est un autre exemple de dette illégitime.

Extrait de : Les dettes illégitimes. Quand les banques font main basse sur les politiques publiques. François Chesnais. Raisons d’agir. 156 pages. 8 €.

Image: la.colonnedefer.files.wordpress.com/2012/

http://atelier-idees.org

Annie Keszey. 

 

15/01/2012

UN AVENIR ECONOMIQUE AU-DESSUS DES CLIVAGES POLITIQUES.

 

La France a rompu avec le modèle économique qui a prévalu pendant les Trente Glorieuses pour se tourner vers un modèle libéral-financier.

Elle doit maintenant faire le chemin inverse. Vers  un avenir libéral-financier  qui ne correspond pas à son identité, elle perdra toujours face aux Etats-Unis et à la Grande Bretagne. Elle ne concurrencera  jamais la City. Son adaptation  à un modèle commercial-industriel, (vers lequel tous les pays d’avenir  se tournent), qui ne renie pas sa spécificité qu’est l’art de vivre, est plus facile et souhaitable. Vraiment, il est temps de choisir.

 

Jean-Louis Beffa, Président d’honneur de la Compagnie de Saint-Gobain et coprésident du Centre Cournot pour la recherche en économie publie « La France doit choisir », 286 pages, au Seuil.

Le site: www.saint-gobain.fr rappelle sa carrière.

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C’est donc un Grand Patron français qui expose, avec une rare rigueur, la complexité économique du monde et définit plusieurs scénarios d’avenir pour le France et l’Europe, pour n’en défendre qu’un.

Au lecteur ordinaire, il transmet d’abord une méthode très structurée d’interrogation, valable pour tous les modèles économiques:

Pour repérer les effets économiques de la mondialisation et pour distinguer les 4 grands modèles économiques actuels, il faut discerner les 2 types d’entreprises dominants, reconnaître les 2 modèles du rôle des actionnaires, les 3 types d’innovation des entreprises, les 3 attitudes possibles des Etats, les 3 sortes de relations sociales, les 3 conceptions des relations entre les Etats et les entreprises. L’analyse du modèle français d’aujourd’hui permet de prévoir 4 avenirs possibles : la poursuite aveugle de l’orthodoxie libérale, voulue par Nicolas Sarkozy et le MDEF, le dirigisme teinté de « baba-coolisme » dur et interventionniste de Jean-Luc Mélenchon, le déclin dû aux hésitations et absence de choix politiques actuels et la solution, proposée par Jean-Louis Beffa, d’un nouveau pacte national.

 

Au sein de l’évolution de l’environnement concurrentiel des firmes occidentales, la nature du métier d’une entreprise est devenue un critère de gestion essentiel. Il convient à ce titre de  distinguer les

 « métiers mondiaux » des « métiers régionaux ».Les métiers mondiaux sont ceux où la production d’un pays donné est en concurrence directe avec les productions d’un autre pays même lointain (mémoires électroniques, logiciels informatiques transmis par satellite ou  réseaux optiques à grande vitesse)…Dans ce type de métiers, les entreprises doivent, pour maintenir leur avantage concurrentiel, disposer, en permanence d’un niveau de technologie élevé, d’inventivité et de service au client supérieur à celui de leur concurrentes . Elles réalisent l’essentiel de leur effort de recherche et de développement sur leur territoire national, pour préserver aussi leurs secrets industriels. Elles exportent à l’extérieur une part importante de leur production. Telle est la stratégie d’entreprises comme Siemens en Allemagne ou Toyota au Japon.

Les métiers régionaux sont ceux où les concurrents, au contraire, se situent à une faible distance dans un même pays ou un pays voisin et disposent du même coût de travail et du même coût d’énergie.

Certaines firmes à métier régional, dont Saint-Gobain, se mondialisent et inévitablement, le marché d’origine pèse de moins en moins dans le chiffre d’affaires global de ces sociétés.

Internet est une incroyable machine à mondialiser les métiers régionaux, dans le secteur des biens culturels, par exemple.

La nouvelle donne économique ne fera qu’accentuer la disparité entre ces deux catégories d’entreprises.

Aujourd’hui l’économie n’est plus définie par l’affrontement entre le capital et le travail, mais par la bataille entre les Etats pour les ressources rares. Dans cette optique, le nerf de la guerre se trouve pour chaque état dans ses industries nationales exportatrices. C’est par trois choix politiques qu’un état délimite les moyens d’action pour former des champions nationaux: le rôle des actionnaires, l’innovation des entreprises, les relations sociales.

1.

Le rôle des actionnaires.

Dans le modèle de la primauté actionnariale, typique de l’idéologie libérale, les dirigeants (conseil d’administration et direction générale) doivent gérer l’entreprise dans l’intérêt exclusif des actionnaires. Cette position se retrouve dans les pays anglo-saxons, en Europe  et en France. Elle favorise la déstabilisation des entreprises par des actionnaires activistes, vise à empêcher tout acte de défense émanant du conseil d’administration lors d’offres publiques d’achat hostiles…Cette idéologie actionnariale participe d’une déconnexion entre économie financière et économie réelle : elle est défendue par les instances européennes et nationales et par la City de Londres qui gagne de l’argent sur toutes les opérations financières qui affaiblissent les entreprises. L’actionnariat familial cependant vise plus la pérennité de l’entreprise que sa rentabilité maximale (Bouygues, l’Oréal…). La primauté  donnée à l’actionnariat ne va pas sans risque.

 

Le modèle de l’intérêt partagé.

L’intérêt social. Les sociétés et leurs dirigeants agissent en tenant compte de tous les ayants-droit de l’entreprise, salariés et environnement économique compris. Il facilite une gestion responsable et transparente qui prend en compte le long terme.

La cogestion. Elle est surtout présente en Allemagne. C’est le modèle le plus avancé de la participation des salariés aux décisions de l’entreprise. Les représentants des salariés siègent en tant que tels au conseil d’administration de l’entreprise. La négociation collective et la cogestion recherchent un consensus.

Si un état considère le solde positif de son commerce extérieur comme un des objectifs indispensables à sa politique économique, il doit rééquilibrer la balance entre les actionnaires d’une part,  les gestionnaires d’autre part (et les salariés).

2.

L’Etat et l’innovation des entreprises. Pour rester en situation de leadership, les entreprises doivent maintenir coûte que coûte leur avance technologique, contrainte essentielle dans les métiers mondiaux. Dans une typologie des systèmes d’innovation, le système de marché, le système dirigé par l’entreprise, le système public-privé, c’est ce dernier que l’on observe en France et en Allemagne, avec des différences notables. En France, l’interaction entre le public et le privé manque d’efficacité.

L’action de l’Etat dans la promotion de l’innovation, devrait être continue et cohérente dans ses choix, c’est-à-dire mettre en œuvre un véritable modèle économique. Or, la France est incertaine, changeante, quant à son modèle économique.

3.

Les relations sociales.

Le modèle coopératif allemand et japonais développe un fort lien d’appartenance entre le salarié spécialisé et la firme dans laquelle il évolue. En France, il ne concernerait que 40% des salariés.

Le modèle de la dominante professionnelle qui s’est développé avec l’apparition de professions extrêmement qualifiées donne aux détenteurs de compétences, les traders, par exemple, de véritables rentes de situation et un excellent rapport de force avec les employeurs. Les plus importants salaires  des banques françaises  sont 428 fois plus élevés, en 2006, que le salaire brut moyen. En France, ce modèle concernerait 10% des salariés du privé.

Le troisième modèle, celui de la flexibilité du marché prévaut dans toutes les entreprises qui emploient des personnes peu qualifiées. En  matière  de protection sociale, ce modèle est inférieur aux autres : mobilité, variabilité des horaires, masse de chômeurs, faible syndicalisation. Ce modèle  est  devenu dominant en France puisqu’il concerne 50% des salariés.

4.

Le  rôle  des Etats.

Dans l’approche  libérale, la législation du travail est fondée sur le contrat de travail lequel peut être rompu à tout moment, selon des modalités définies, sans recours pour le salarié. Cette approche coexiste aux Etats-Unis avec d’autres secteurs très protégés par les syndicats. L’approche réglementaire, en France par exemple, inspire largement des textes législatifs : l’Etat reste le pivot des relations sociales dans la mesure où les partenaires sociaux n’ont pas une tradition de négociation.

Le modèle coopératif, allemand, par exemple, dans la cogestion, donne aux syndicats un droit à l’information sur la stratégie des firmes, un droit de consultation et de décision.

5.

Les modèles économiques des Etats.

Jean-Louis Beffa décrit quatre modèles: le libéral-financier (pays anglo-saxons, Etats-Unis), le commercial-industriel (Allemagne, Japon, Chine), le rentier (Les Emirats arabes unis, l’Arabie Saoudite)  et l’autocentré sur la demande interne (Brésil, Inde).

L’indécision et l’inconstance historique  française quant à son modèle mérite réflexion.

Le Général de Gaulle, à partir de 1958, Georges Pompidou avaient défendu un modèle commercial-industriel dont la politique s’inscrivit dans ELF, la CEA, Areva, EDF, Airbus, Ariane, la SNECMA, le TGV…

Raymond Barre d’abord, puis Pierre Bérégovoy sous la présidence socialiste de François Mitterrand, ont impulsé la transition vers le modèle libéral-financier dans les années 1990, poursuivie sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

[ Jean-Louis Beffa ne cite ni Dominique Strauss-Kahn, ni Lionel Jospin, ni Martine Aubry qui n’ont nullement inversé cette tendance dans les années 2000, années de croissance, pendant lesquelles la puissance publique n’a pas équilibré les dépenses et les recettes, n’a pas réindustrialisé].

Le changement de modèle, plus  idéologique que savant, a marqué les réglementations nationales et inspiré les doctrines des régulateurs de marchés financiers.

L’ouverture aux mouvements de capitaux étrangers s’est accompagnée d’un alignement du comportement des gestionnaires de l’épargne française sur les idéologies élaborées à Wall Street et à Londres. Sous ces influences un profond changement de la gouvernance s’est mis en place dans les entreprises du CAC 40, en particulier. Les groupes diversifiés ont éclaté en groupes monométiers lesquels ont la préférence des investisseurs anglo-saxons. La Compagnie Générale d’Electricité, CGE,  s’est éparpillée (Alcatel, Alstom Nexans…). Siemens, en Allemagne, concurrent de la CGE, solide et diversifié, s’est maintenu. La compagnie générale de radiologie du groupe Thomson a été vendue au groupe Général Electrics et la France ne dispose plus d’une seule entreprise de rang mondial dans le domaine des appareils médicaux. Siemens vient de renforcer son secteur médical.

Le mouvement de l’association des travailleurs à la gouvernance de l’entreprise, la cogestion  lancés par le Général de Gaulle ont disparu. La gouvernance des entreprises vise la primauté de l’actionnariat et le système des stocks-options influence les dirigeants en alignant leurs intérêts sur ceux des actionnaires.

Le régime du modèle libéral- financier a favorisé en France une déconnexion croissante entre les intérêts du pays tels qu’ils sont incarnés par les entreprises des métiers mondiaux et les entreprises leaders françaises centrées sur des métiers régionaux, entreprises qui se développent très bien aussi à l’étranger.

Cette scission, profonde est alarmante. Elle se traduit par une séparation de la France industrielle en deux secteurs : l’un multirégional et prospère, l’autre exportateur et en difficulté de compétitivité. C’est bien l’acceptation de la primauté de l’actionnaire qui est à l’origine de la désindustrialisation française et du déficit croissant du commerce extérieur.

Le primat de la concurrence vive, libre et non faussée, les charges accrues imposées aux entreprises pour l’amélioration de l’environnement, la protection excessive du consommateur, les augmentations irréalistes des salaires ont également dégradé la compétitivité française.

L’Etat, autrefois incitateur, est devenu inerte. Sans vision industrielle à long terme il a assujetti la France aux forces du marché. Nicolas Sarkozy devenu Président a mis fin immédiatement à l’Agence de l’Innovation industrielle créée par Jacques Chirac.

 

La France doit faire un choix quant à son modèle économique et quant à son rapport au travail, à partir d’un scénario raisonnable et réaliste : celui d’un nouveau pacte national. Il faut renforcer les acquis essentiel de l’art de vivre français et développer les industries du luxe, des loisirs, de la gastronomie de qualité, des activités culturelles par une vision plus organisée et plus industrielle du secteur. Il faut valoriser les entreprises productrices d’énergies nouvelles, économiser les énergies, mettre fin à la primauté de l’actionnaire pour des stratégies de long terme et stabiliser le capital des entreprises. Les producteurs ne doivent plus être pénalisés par des mesures disproportionnées en faveur des consommateurs : il leur faut créer des emplois compétitifs. La hausse des impôts est inévitable et l’effort doit être large. La pression fiscale sur les métiers mondiaux doit diminuer, parce qu’ils affrontent la concurrence. L’Etat doit définir le cadre général des stratégies industrielles mais ne pas gérer à la place des entrepreneurs. L’association directe des syndicats est indispensable à la réussite du changement.

Renforcer la coopération avec l’Afrique serait, positivement, s’opposer aux futurs monopoles de la Chine et des Etats-Unis, déjà présents.

L’ABANDON DU MODELE LIBERAL- FINANCIER POUR RECONSTRUIRE UN MODELE COMMERCIAL-INDUSTRIEL EST URGENT POUR LA FRANCE.

 

L’AVENIR DE L’EUROPE FAIT FACE A 2 POSSIBILITES :

-         L’EFFONDREMENT DE LA MONNAIE UNIQUE,

-         LE RENFORCEMENT DE L’INTEGRATION EUROPEENNE AUTOUR DE L’AXE FRANCO-ALLEMAND ET  UN NOUVEAU COMPROMIS AUTOUR DU MODELE COMMERCIAL-INDUSTRIEL.

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Image : www.saint-gobain.com

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.