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27/02/2017

Les politiques pris aux mots. Ce qu'ils disent vraiment.

L’auteur de ce livre de 385 pages, au Seuil, est Cécile Alduy, professeur de littérature à l’Université et chercheuse associée au Cevipof à Sciences Po. Son précédent livre était, en 2015, « Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste ».

« Cécile Alduy clarifie le sens des mots du débat politique, à l’aube d’une période électorale à hauts risques. Elle passe au crible plus de 1 300 textes-2,5 millions de mots- écrits ou prononcés de 2014 à 2016 pour décrypter  mots-clés, mots fétiches et mots tabous, et cartographier les positions de chacun et la reconfiguration du paysage politique...

Plus que jamais la bataille des idées passera par celle des mots... »

L’étude scientifique, profonde et minutieuse ne se prête pas au résumé. La lecture complète, passionnante, est une aide précieuse à tout électeur qui tente de  choisir un candidat à la présidentielle de 2017 en dehors de la superficialité d’une dépendance classique à un parti politique, à une idéologie ou à une opinion.

« Cette enquête sémantique, stylistique et rhétorique dévoile derrière l’écume des petites phrases la structure profonde de la vision du monde des politiques...»

Terminées avant les primaires, les études concernent surtout Marine Le Pen,  François Fillon,  Jean-Luc Mélenchon,  François Hollande,  Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Extraits. Pages 37 à 63.

« Si pour un président en exercice, parler c’est agir, car le verbe deviendra loi, pour les candidats à la fonction suprême, parler, c’est d’abord, avant même de vouloir convaincre, exister...

Le capital symbolique de la fonction présidentielle a été dilapidé en deux mandats en apparence opposés, l’un placé sous le signe d’une hyperprésidence délétère (2007-2012), l’autre d’une hypoprésidence sibylline (2012-2017). L’un a écrasé la fonction présidentielle  sous la pression d’un ego surdimensionné, l’autre l’a vidée de sa crédibilité à force de paris non tenus et de revirements mal expliqués...

Quelle stratégie de présentation de soi chaque candidat adopte-t-il pour, avant même de proposer un programme, être habilité à entrer sur scène ?... Pour Nicolas Sarkozy, être un président digne de ce nom, c’est d’abord et avant tout être un chef...L’essence de la présidence, c’est le leadership et le leadership est assimilé à l’autorité du père de famille...Et vous savez quelle est la spécificité du président de la famille ? Tous les autres peuvent parler, le président de la famille doit décider et je déciderai à chaque fois que je pense que l’intérêt général de notre famille politique et de notre pays est en cause...La pensée conservatrice est basée sur le modèle du père autoritaire, tandis que le libéralisme est centré autour du parent bienveillant...La déclaration de candidature d’Alain Juppé est un modèle de sobriété et de modestie, le texte brille par son optimisme « croissance », « confiance », « France », sont les trois substantifs les plus fréquents. Viennent ensuite « nouvelle », « capable », « demain », « programme », « progrès », « dialogue », « durable »...Alain Juppé veut Apaiser, rassembler, réformer, surtout il refuse de faire peur alors que Nicolas Sarkozy veut mettre en ordre son parti et la France...Alain Juppé serait-il devenu le modèle du « Père bienveillant ? »...Ce divorce entre la langue parlée (du centre, voire de gauche) et l’électorat de la primaire de la droite et du centre a posé un indéniable problème de positionnement politique qui s’est révélé fatal au candidat Juppé.

François Fillon, le candidat « humble », taciturne, besogneux, surnommé Monsieur « Nobody » ou « Droopy » dans les médias fait une ascension fulgurante dans les dernières semaines des primaires  pour finalement l’emporter... « Ascension », « révélation », « résurrection », « apothéose », après des années de « sacrifices » et de souffrance, le vocabulaire christique envahit les commentaires tant il colle à la mise en récit de sa campagne par l’intéressé lui-même...C’est en tout cas bien « l’ethos » d’une candidature morale, d’un homme droit, humble, prophète dans le désert, prêt au sacrifice pour « la renaissance », si ce n’est la rédemption de la France qu’il a construit en filigrane au fil des ans...Humilité, sobriété, probité ( Je considère que la question de l’exemplarité et de la probité sont fondamentales pour le redressement national. 30/09/2016. Le devoir de se réconcilier avec les Français en se comportant avec probité et rigueur. 3/06/2014), constance, persévérance, sacrifice, loyauté, droiture, intégrité, sérieux, foi (Foi en la France. Foi dans le progrès. Foi dans l’homme. Foi inébranlable dans la tolérance, le progrès.). François Fillon a mis en avant une candidature morale, de conviction et de vérité profondément imprégnée de valeurs chrétiennes. Se dessine le profil d’un messianisme sobre : un charisme né de la rectitude morale du candidat et de l’adéquation entre valeurs défendues et valeurs incarnées. Ce candidat pourra libérer la France  du déclin et de la décadence - terme qu’il est le seul à utiliser-, car la vérité lui a été révélée et qu’à son tour il veut la dire sans trembler...

La présidentialité du président Hollande  a été tout au long du quinquennat un objectif fuyant et une qualité éphémère...François Hollande souffre surtout de la comparaison avec l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy. On ne pourra ici que tracer quelques pistes : un je qui fait la part belle au  nous du gouvernement et de la France ; une projection dans un futur hypothétique plutôt que la proclamation d’un faire immédiat effectif et efficace ; une volonté moins affichée, moins directe ; l’aveu, parfois, d’une impuissance face au destin. Finalement la mise en scène de soi et le style de François Hollande campent un président ordonnateur et metteur en scène plus qu’acteur...Certaines structures grammaticales ou syntaxiques envoient des indices subliminaux de délégation ou de défauts d’autorité. L’une d’elles est l’utilisation de formules passives, impersonnelles pour annoncer des prises de décision au lieu d’en revendiquer personnellement la paternité : Plus de 150 mesures ont été décidées depuis un an et demi et c’est considérable...De même François Hollande préfère souvent souligner le travail collectif plutôt que sa poigne personnelle : pour parler de l’action de l’exécutif, l’expression « nous avons décidé », l’emporte sur « j’ai décidé » dans une proportion de quatre à un...Refusant par modestie ou honnêteté (et absence de résultats) de revendiquer le coup d’éclat d’une action salvatrice, Hollande se montre régisseur d’une scène où il semble rechigner à monter...

Toute l’ambivalence de la position de Jean-Luc Mélenchon est comprise dans le paradoxe fondamental de son programme qui l’oblige à concourir à une fonction élective dont il rejette le principe et à participer à la grande machine médiatique de la présidentielle qu’il honnit !...

Le paradoxe n’est donc qu’apparent : Jean-Luc Mélenchon n’intègre une logique verticale de leader charismatique que pour faire émerger une structure de pouvoir horizontale...C’est lui qui utilise le moins le pronom personnel sujet « je » (sa fréquence relative est de 6,75 pour mille et pour François Fillon 15,29 pour mille). »

C’est en quarante pages (ces deux pages qui précèdent ne sont donc pas suffisantes) que Cécile Alduy démontre que «  la « présidentiabilité » n’est donc pas une notion abstraite et isolée dont la définition vaudrait universellement pour tous les candidats...

Page 72.

La conquête du pouvoir s’énonce souvent sur le modèle implicite ou non d’une quête. Pour cela il faut d’abord nommer l’objet de la quête, c’est-à-dire décrire la situation de crise à l’origine de tout roman, la perte à l’origine de tout conte. Le schéma actanciel de base des contes populaires, tel qu’il est décrit par Vladimir Propp et complété par Algirdas Julien Greimas, fournit un modèle de lecture efficace de la structure sous-jacente des récits de présidentiables. L’arc narratif en est simple : une situation initiale d’équilibre, un élément perturbateur qui vient rompre cette harmonie et provoquer un manque, l’intervention d’un héros qui acquiert et prouve ses compétences au cours de la quête, enfin le dénouement qui est un retour à l’équilibre, une fois que l’objet, concret et symbolique qui faisait défaut est ramené par le héros... ». Après les analyses fines des campagnes des six candidats l’auteur aboutit à un tableau comparatif.

Trois exemples. Page 76.

Pour Marine Le Pen, la situation initiale est celle d’un âge d’or de la France éternelle. L’opposant/la cause du manque c’est l’immigration, le « mondialisme », le multiculturalisme, le fondamentalisme islamiste. L’objet manquant ou désiré : l’Unité et la souveraineté. Le sujet est Marine Le Pen, « Jeanne d’Arc ». L’adjuvant/la valeur porteuse c’est le peuple, la vérité...

Pour François Fillon, la situation initiale est un Etat en faillite. L’opposant/ La cause du manque c’est l’Etat- providence, la gauche. L’objet manquant ou désiré c’est la liberté, la vérité, la croissance. Le sujet est un nouveau messie. L’adjuvant et la valeur porteuse c’est la rupture...

Pour Jean-Luc Mélenchon, la situation initiale est la Révolution française : l’égalité et la souveraineté du peuple. L’opposant/la cause du manque c’est l e capitalisme et la mondialisation, la « Monarchie présidentielle» et la « gauche » traîtresse. L’objet manquant ou désiré c’est la souveraineté démocratique et l’égalité. Le sujet est le peuple constituant. L’adjuvant et la valeur porteuse c’est « l’éco-socialisme », dont le porte- parole est Jean-Luc Mélenchon...

Celui ou celle qui parviendra à donner un sens global à la situation du pays en embrassant passé, présent et futur dans un même scénario de reconquête d’une plénitude, et à convaincre les électeurs de la pertinence de son récit, aura gagné la bataille des récits concurrents...

Extraits de l’épilogue. Page 364.

... En faire trop ou en dire trop peu, taire ou exagérer, pacifier ou attiser, telles semblent être les alternatives : toutes périlleuses. Du côté d’une rhétorique de l’excès et de la transgression intentionnelle on citera Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy et Manuel Valls, et, pour certains sujets seulement et selon un calendrier minutieusement choisi, Marine Le Pen. Du côté de la mesure, de la litote, voire du contournement, Alain Juppé et François Hollande rivalisent de modération et d’esprit de nuance, au risque d’être inaudibles. François Fillon joue sur le fil entre ces deux tentations. Il tient une ligne intermédiaire : ni provocation, ni discours lénifiant  mais le choix d’une rhétorique de la rupture et d’un discours de « vérité » qui se veut révolutionnaire, alors qu’il vise à mettre en place un retour en arrière (conservatisme culturel, redressement moral et libéralisme thatchérien). Les destins d’Alain Juppé et de François Hollande sembleraient donner raison aux partisans d’une stylistique de l’emphase, si Nicolas Sarkozy, adepte du clash, ne s’y était abîmé...

« Le chaos politique n’est pas sans rapport avec le pourrissement de la langue » pointait George Orwell en 1946. Il ajoutait : « il est sans doute possible d’améliorer quelque peu la situation en commençant par le langage. » Il est temps de prendre soin des mots dont nous usons pour créer le monde de demain......Espérons que nos responsables politiques préfèreront les mots qui vivifient aux mots qui figent. L’agilité et la justesse à la rigidité et l’injustice. »

Annie Keszey.

 

 [AK1]

01/12/2016

Merci Monsieur François Bayrou.

La presse rapporte vos propos confirmés sur le site du MoDem : les électeurs démocrates ne peuvent donc que  vous remercier.

Vous ne vous ralliez pas à François Fillon. Avec le projet du député de Paris « ceux qui ont moins auront moins, et ceux qui ont plus auront plus » avez-vous dénoncé. « Il y a aujourd’hui une vague idéologique simple qui consiste à choisir l’augmentation permanente des inégalités ».

Or l’accroissement des inégalités, en France et dans le monde, met en péril la démocratie.

Nous l’avons appris à partir de diverses analyses profondes et convaincantes : Au nom du tiers état/François Bayrou, La société des égaux /Pierre Rosanvallon, L’idée de justice/Amartya Sen, Changer l’Europe/  Les économistes atterrés, Quand le capitalisme perd la tête/Joseph Stiglitz, Le capital au XXIème siècle/ Thomas Piketty...

Vous avez mis en parallèle la suppression de l’ISF pour quelques-uns, d’une part, le travail payé moins et la hausse de deux points de TVA pour tous les consommateurs, d’autre part, mesures contenues dans le projet de François Fillon. Ce sont en effet des mesures d’une droite «hors frontières », caricaturale.

La Mutualité française évalue à 20 milliards d'euros* le coût supplémentaire, pour les ménages français, de l'application du programme de François Fillon en matière de déremboursement de certains soins. (*1 200 € de plus par an pour un couple et deux enfants.)

François Fillon a semblé être un responsable politique engagé mais peut-être n’est-il, lui aussi, qu’un responsable politique intéressé. Le Canard enchaîné se serait informé sur l’entreprise de conseil très lucrative «  2 F Conseil », dont François Fillon est le seul salarié. A son salaire complet de député (député  à temps partiel ?) de 5 357 € net, François Fillon aurait  rajouté près  de 18 000 € par mois provenant de ses activités de conseil. Ces excellentes conditions matérielles  pourraient engager François Fillon à se protéger lui-même, peut-être, dans un avenir proche, contre l’impôt sur la fortune...

Les commentaires médiatiques après « la primaire », requièrent parfois de la part du peuple ordinaire, dont je suis, un petit exercice de réflexion : ainsi, les Centristes (Nouveau Centre et UDI) ne seraient plus centraux ?  

Bon courage Monsieur Bayrou. Continuez à communiquer avec nous!

Annie Keszey.

 

 

 

16:03 Publié dans démocratie, France, POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fillon, bayrou, primaire, inégalités, centre | | |  Facebook