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15/06/2016

La communication municipale.

La mondialisation a un effet paradoxal, c’est de rendre plus pertinent l’échelon local. En matière de communication, c’est à l’échelle municipale qu’elle se développe le plus depuis que les lois de décentralisation ont donné aux élus locaux une nouvelle fonction, celle de gestionnaire de la cité. De ce fait les collectivités locales ont dû construire un discours d’expertise qui vient concurrencer le discours proprement politique ou s’y substituer. La légitimité politique semble issue non des choix proprement politiques mais de la compétence technique devant « un problème » ou « une crise » apparemment neutralisés politiquement par cette saisie gestionnaire. La démarche locale est différente de l’information des médias puisqu’il s’agit, pour la collectivité ou l’élu, de s’adresser en son nom propre à ses électeurs concitoyens, ce qui la rapproche de la communication interne d’une entreprise...

Les collectivités doivent désormais trouver leur place sur un « marché », marché des investisseurs et des créateurs d’emplois. La concurrence est ici externe ; il faut attirer et retenir investisseurs et touristes. D’où la nécessité de se doter d’une « identité » et de promouvoir son territoire à destination d’un public externe...

La communication vise  trois objectifs en fonction de ses destinataires : constituer l’image du lieu ou l’améliorer, action tournée vers l’extérieur ; affirmer et valoriser le sentiment d’appartenance des agents, action tournée vers le public interne à l’entreprise-collectivité; stimuler le changement, enfin, action destinée aux personnels, aux habitants et aussi à la « clientèle » externe. Le but de tout cela étant de fortifier le sentiment d’appartenance à un territoire...

Au début des années 1980, le rêve de démocratie locale est investi dans le pari technologique...

La forme locale exclut le conflit social alors qu’elle exalte le conflit contre tout ce qui menace le groupe (pollution, par exemple). Ce dernier point comporte trois pierres d’angle sur lesquelles la communication bute sans pouvoir les franchir : le décalage entre l’image de la ville et les difficultés de vie des habitants ; l’exclusion de ceux dont on ne parle pas ; le silence sur ce qu’on ne fait pas. Ainsi cette communication est-elle affirmative et indicative ; elle ignore la négation et l’interrogation tout autant que le conditionnel...

La presse locale identifie l’institution au notable, elle glorifie  le représentant, fait la promotion de l’élu à la place de la représentation. Elle peut aussi ne pas fétichiser le notable et brandir les « réalisations » comme signe de légitimité des élus...

La notabilisation, dans les domaines sociaux, culturels, éducatifs est un processus cognitif opéré par le journal sur deux modèles : X a opéré une performance (transformation d’un état) ; x continue à  (permanence de la compétence). La combinaison la plus valorisée de ces compétences est celle qui associe les valeurs individuelles (le courage) et les valeurs sociales (le dévouement)...Le but recherché est la stabilité du groupe social garantie par la continuité...

Cette presse accorde au « social » une place considérable sous trois formes principales : la reprise en bonne place du discours des élus ou des spécialistes du travail social, l’activité des associations à finalité sociale, et les multiples portraits de figures locales qui doivent au « social » leur notoriété...

Le thème majeur dans cette presse est celui de la solidarité jusqu’en 2009 (et de la sécurité à partir de 2015)...Les problèmes sociaux indiquent une fracture entre l’économique et le politique et le discours de la presse cherche à le nier, ou le sublime dans la notion de solidarité. La presse locale rejoint l’attitude des élus dans leur volonté d’occulter les brisures de la société...Elle renvoie dans l’ordre de l’opacité les brisures du social...Le « social » est balisé par le choix des types d’individus que le « social » semble privilégier : les jeunes, les personnes âgées, et les handicapés. On voit que ne figurent ici ni les immigrés, ni les nouveaux pauvres qui restent invisibles...L’exclusion est occultée...

Il y a un paradoxe : si la ville en tant qu’ensemble immobilier, objet d’incessantes transformations, est omniprésente dans le journal local, c’est la seule visibilité de la ville comme objet de regard qui semble privilégiée, au détriment des gens qui y vivent, qui y travaillent, et y meurent...Le traitement du conflit (quel qu’il soit, politique ou sportif) a été profondément influencé par l’illustration qui ne connaît guère que deux états, la victoire, ou la défaite. D’où la domination d’un modèle « agonistique » qui domine tout récit, propice à être illustré par le sourire ou la jubilation du vainqueur...

 

Ces médias ont peu d’armes pour traiter de la « concertation » bien plus difficile à dire et illustrer que le conflit, sinon par les poignées de mains qui concluent un rapport...

Depuis 2015, certaines communes engagées, dont Grande-Synthe, traitent l’accueil des immigrés en tenant compte de la complexité, d’autres travaillent à améliorer la situation de l’emploi ou à entrer dans la 3ème révolution industrielle en évoluant vers les villes intelligentes...

D’après Jean-François Tétu, professeur associé au réseau ORBICOM des chaires UNESCO. Extraits discontinus. Cahiers philosophiques d’octobre 2009. Chapitre : « Pouvoirs d’opinion et démocratie locale ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24/04/2012

DES CONDITIONS POUR RECONSTRUIRE L'ECOLE PUBLIQUE.

AVRIL 2012.

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Le système éducatif public, malmené par l’Etat, peut gagner en efficacité, à moyens constants. Les capacités des « travailleurs », enseignants et personnels, sont très supérieures à l’usage institutionnel actuel et tous les élèves sont « éducables ».

1. Une rupture idéologique du Ministère de l’Education Nationale.
Les Ministres successifs, depuis des décennies, appartiennent à une élite qui a réussi à l’école, telle qu’elle est. Ils approuvent la seule mission d’instruction, pourtant défaillante et résistent aux méthodes, à la dynamique des groupes, à la docimologie, à la psychologie… inclus dans le terme vilipendé de « pédagogie ». Le discours, par opportunisme politique et par conviction parfois, annonce périodiquement des réformes, modestes mais réelles, qui n’ont que peu d’impacts sur le terrain.
Les Ministères déraisonnent lorsqu’ils initient des débats sur les rythmes scolaires, le harcèlement dans les cours de récréation ou la lutte contre l’échec scolaire. La réanimation périodique de ces débats signe la permanence de leur échec.
C’est encore l’école « fondatrice » d’Alain Finkielkraut, réformée aux marges…
Il est urgent d’accepter une imbrication des deux idéologies, fondatrice et fondatrice-pédagogique, afin que les réformateurs, parfois caricaturés et méprisés (Philippe Meirieux, par exemple), fassent entendre leur voix et introduisent leurs projets.
2. Une révolution managériale.
Le management centralisé qui se fait par lois, décrets et circulaires publiés dans le bulletin officiel est inopérant. Le bulletin est peu lu et les inspections sont trop rares, faites par un corps de fonctionnaires peu innovant, par culture et discipline hiérarchique. Un pilotage dynamique national, une volonté politique sincère et une évaluation rigoureuse pour progresser sont à instaurer.
Ce management ne peut être celui des entreprises, déshumanisé par excès de concurrence.
3. Une communication horizontale, aussi.
Un correctif majeur à la communication verticale du Ministère s’impose, en ajoutant une communication permanente de bas en haut et une autre voie horizontale, entre établissements, (déjà favorisée par internet) afin de diffuser les expériences réussies et réaliser des contrôles communs à plusieurs établissements.       
4. Un double but pour l’école.
- La réalisation personnelle.
- L’insertion professionnelle.
Les psychologues motivés, fraîchement sortis de l’Université, ne s’épanouissent pas quand le seul travail qu’ils trouvent est caissier de supermarché… En 2007, Christian Forestier, Claude Thélot, Jean Claude Emin, membres éminents du Haut Conseil de l’Evaluation de l’Ecole ont publié « Que vaut l’enseignement en France ?» Cette large étude, rendue publique, décrit les maux de l’école et propose les remèdes…Des formations universitaires accueillant un public qualitativement inadapté et quantitativement sans rapport avec les besoins de la société sont à remettre en cause absolument…L’élargissement social de l’accès aux formations les plus porteuses doit devenir une obsession politique partagée.
Cette indispensable adaptation de l’Université reste en attente !
Les conseillers d’orientation, pour gagner en pertinence quant à l’orientation de jeunes vers des diplômes adaptés au marché de l’emploi, devraient appartenir à des conseils d’orientation ouverts à des personnalités du monde du travail, acteurs des entreprises, des banques, des commerces…Ces personnalités extérieures connaissent mieux les domaines professionnels: salariés du privé et du public, salariés spéciaux que sont les entrepreneurs, professions libérales, actionnaires et spéculateurs, travailleurs précaires et chômeurs, des secteurs primaire, secondaire et tertiaire et dans la mondialisation.
Les conseils en orientation professionnelle donnés par l’Education Nationale, sont aseptisés et souvent anachroniques. Les parents d’élèves aux professions multiples, ressource gratuite et solidaire, acceptent volontiers de s’inscrire dans un programme annuel de conférences- débats réalistes destiné aux élèves des collèges, par exemple.
5. Une insistance sur la dernière année d’école maternelle et sur le cours préparatoire.
Les élèves, avec la massification de l’école, ont changé. La culture exigeante (le Rouge et le Noir, le Cid..) ne peut être reçue par le même apprentissage en ZEP que dans le 16ème arrondissement. On ne saurait cependant remplacer la culture exigeante, comme cela a été fait à tort, par une sous-culture. Il faut changer les conditions des apprentissages. D’abord, l’effectif des classes de l’école maternelle doit être divisé par 2, parce qu’il s’agit d’y apprendre la langue et les enseignants doivent être formés sérieusement à la linguistique. La connaissance de la syntaxe et la richesse du vocabulaire chez les petits sont les conditions d’un apprentissage correct de la lecture. Entre deux enfants du CP, l’un connaissant, à l’oral, le mot oranger et l’autre ne le connaissant pas, il y aura deux attitudes différentes lorsqu’ils apprendront à lire le mot : dès le début du déchiffrage oran, le mot oranger viendra ou ne viendra pas  mentalement pour accélérer la lecture et ce mécanisme de la référence à l’oral sera démultiplié : Il sépare les bons lecteurs des lecteurs en difficulté parce que c’est une question de sens. Importance donc de la qualité et de la quantité de vocabulaire, à ce niveau. Les conditions actuelles sont mauvaises
6. Réussir obligatoirement à l’école élémentaire.
L’apprentissage de la lecture, par tous les élèves, aux CP et CE1, est un objectif obligatoire, parce que ces classes conditionnent les réussites postérieures. La formation des professeurs de ce niveau inclurait la linguistique, la phonologie et l’aptitude professionnelle à apprendre à lire aux enfants à partir des données récentes de la science qui induisent l’adaptation de l’enseignement aux variétés individuelles. Dès qu’une école comprendrait au moins deux CP, un fonctionnement souple « casserait » les classes en groupes, pour des périodes à durées variables et aux activités différentes telles que l’approfondissement pour un groupe ou la reprise des apprentissages non réussis pour un autre.
L’école élémentaire, dans laquelle les devoirs sont interdits par la loi (dont la transgression est souvent tolérée) donne des leçons à apprendre à la maison. Dans les milieux familiaux dans lesquels il ne peut y avoir d’aide scolaire, les élèves ne savent pas apprendre : ils n’en ont pas utilisé les techniques en classe! Apprendre l’orthographe d’un mot c’est l’écrire plusieurs fois, l’épeler, comparer les sons aux signes, marquer les anomalies ou difficultés en couleurs, le rapprocher des mots de la même famille, savoir utiliser le dictionnaire, les livres de conjugaison et de grammaire.., puis contrôler, seul, l’exactitude de ses acquisitions… Apprendre une leçon d’Histoire requiert d’autres techniques, plus élaborées…Combien d’élèves peuvent le faire seuls ? Très peu. Au CE2, par exemple, les leçons devraient être apprises en classe afin d’assurer l’avenir.
La suppression de la loi, non respectée, interdisant les devoirs du soir, sortirait l’école de l’actuelle hypocrisie. L’institution doit pouvoir contrôler la nature des devoirs du soir, les encadrer dans des règles (faisabilité, clarté des consignes, non prise en compte dans les notes du fait de l’inégalité des encadrements…) Ceci, afin que l’argent des contribuables, investi par les municipalités dans des soutiens scolaires, soit réellement productif et utile. Des tutorats extérieurs, liés à l’école, sont à développer pour encadrer régulièrement des élèves en grandes difficultés, à partir de divers systèmes : celui de Saint Brieuc, par exemple, qui organise au travers d’une association, le bénévolat d’universitaires qui assistent les élèves à leur domicile…des heures affectées aux remises à niveau permanentes de groupes d’élèves, par leurs professeurs. L’école, insuffisamment efficace, appelle ces actions complémentaires, très ciblées, que l’on peut espérer provisoires !
Les classes de l’école élémentaire doivent enseigner la maîtrise de la lecture de textes de natures différentes (et au collège l’on doit enseigner l’accès aux textes des diverses disciplines ce qui n’est pas fait ou mal fait.)
Cette connaissance de la langue manque aujourd’hui à de trop nombreux élèves qui cherchent alors d’autres moyens de communication moins contraignants et plus rapides. La maîtrise du verbe est le meilleur rempart contre le recours à la violence.
Plus tard, le Verbe est ce qui nous permet d’avoir, par exemple, contre la crédulité, une résistance intellectuelle.
[Et là Alain Bentolila donne un exemple percutant extrait du domaine politique : il montre l’intérêt de reconnaître l’utilisation de  la voix passive, de la nominalisation, de l’exclusion des compléments circonstanciels de lieu, de temps etc...dans les phrases politiques afin d’en comprendre l’imposture. Exemple d’une phrase d’un ministre de l’Education Nationale : Tous les efforts seront faits pour que la démocratisation devienne une réalité.
Quels efforts ? Par qui seront-ils faits ? Quand ? Quelle démocratisation ?]
L’échec scolaire est un échec de la langue.
Depuis 30 ans, les linguistes ont écrit qu’il était contre-productif de faire étudier en même temps son et sont, ou ont et on…En vain. La « pédagogie » connue, devrait s’appliquer .A l’école, les outils de base tels que les dictionnaires, livres de conjugaison et de grammaire, les encyclopédies, les ordinateurs, ne sont pas utilisés avec la  fréquence nécessaire. L’autonomie des apprentissages, indispensable, reste faiblement développée par trop d’enseignants.
7. Un respect des rythmes scolaires, connus, des élèves.
Une année scolaire construite sur le respect des rythmes scolaires tels que les définit le  professeur Testut de l’Université de Poitiers, par exemple est toujours attendue. (La suppression du samedi est une provocation).

8. Assouplir le collège unique.
Créé en 1975, par René Haby, Ministre de l’Education Nationale  du Parti Républicain, puis de l’UDF, le collège unique reste inachevé en 2012.
Il reste la seule structure adaptée à l’idéal républicain de liberté, d’égalité et de fraternité, à la condition de n’être pas uniforme et même si son ambition d’égalité des chances reste encore inaboutie.
Depuis 37 ans, les débats vifs perdurent et le pilotage du système éducatif vacille malgré les publications régulières de riches rapports proposant des solutions aux problèmes exposés : le rapport, en 1982-1983, pour un collège démocratique de Louis Legrand, ancien directeur de l’Institut National de la Recherche Pédagogique, les Assises de l’Education par François Bayrou en 1993 et le livre blanc de 158 propositions d’Alain Bouchez en 1994, le rapport de 21 propositions de la commission Fauroux, en 1996, les réformes de Claude Allègre et de Ségolène Royal, le collège de l’an 2000 de François Dubet, le rapport de Philippe Joutard, pour Jack Lang, en 2001, l’important travail de Claude Thélot en 2003- 2004…Données essentielles, inutilisées ou peu productives d’efficacité nouvelle !
J-P Delahaye dans « Le collège unique, pour quoi faire ? Les élèves en difficulté au cœur de la question » Paris-Retz- 2006- 158 pages, développe ces études.
Les partisans du collège à filières, système à deux vitesses, fondent leur choix sur un fantasme : « L’école serait bien meilleure si on se débarrassait des élèves les plus faibles- culturellement tous les élèves ne sont pas égaux, séparons-les ! » Or, les filières ont toutes conduit à la permanence de l’échec des élèves en difficulté. François Bayrou, auteur de « La décennie des malappris » a cependant, lucidement, supprimé la filière des quatrième et troisième technologiques…
Nicolas Sarkozy a choisi, sans inquiétude philosophique apparente, en 2005, la préparation au certificat d’aptitude professionnelle dès la 4ème de collège. Les artisans n’ont pas apprécié et la mesure ne s’est pas appliquée.
Luc Châtel, actuel Ministre de l’Education Nationale, casse discrètement le collège unique : une circulaire de mai 2011 établit, à titre expérimental ( !), des évaluations en fin de 5ème et une professionnalisation anticipée de certains élèves dans des classes de 3ème « prépa-pro », dispositif d’orientation aux métiers de l’alternance. Il reprend le système usé d’une orientation d’apparence scolaire mais qui sera « sociale ». [Peut-être d’ailleurs ce Ministre souhaiterait-il orienter dès 5 ans puisqu’il vient de proposer une évaluation des comportements en maternelle !]
Ce conflit ancien, au sommet, entre deux idéologies contraires, ne sert pas l’avenir. Un élève de cette « prepa-pro » ne pourra jamais devenir trader, ni même ingénieur ou médecin…
Le collège unique, seul démocratique, ne peut rester impuissant. Il lui faut acquérir  de la souplesse, dans ses structures et ses mentalités, à moyens constants.
Les classes ne peuvent rester hétérogènes ou homogènes mais adopter une structure mixte : celle qui prévalut dans le collège expérimental audio- visuel de  Marly-le-Roi ou dans des collèges ordinaires (mais rares) comme celui de Chambourcy. Les professeurs d’une même discipline travaillent en équipe, une heure par semaine pour préparer les cours, les contrôles, juger de l’efficacité de leurs choix pédagogiques et rédiger, après les évaluations, les correctifs à appliquer l’année suivante. Les professeurs utilisent ainsi les notes des élèves pour agir plus efficacement. Les classes, hétérogènes d’abord, sont alignées dans l’emploi du temps et les contrôles sont communs à l’ensemble des classes d’un même niveau. A partir des résultats analysés, variables, aux contrôles, les classes se défont pour constituer des groupes de besoins, de remédiation, à effectifs divers et pour une durée provisoire pouvant aller, en Français, de 1H à 3H, par exemple. Les classes ensuite se reconstituent. Certains professeurs, habitués, proposent ensuite, au sein de leur classe, des apprentissages différents du programme commun, par groupes. La formation des professeurs n’insiste pas assez (ou pas du tout) sur ces ruptures de l’enseignement uniforme, collectif. Les équipes de professeurs mettant en commun leurs compétences dégagent des pédagogies sur profils, pertinentes. Ainsi les élèves en difficulté, au lieu d’écouter une leçon de grammaire seront-ils formés à dire une leçon de grammaire…D’autres utiliseront à haute dose le dictionnaire, le livre de conjugaison et de grammaire. Tous apprendront sur internet, à partir d’exercices hiérarchisés.
Les élèves travaillent aussi en équipe et des résultats d’équipes joints aux résultats individuels équilibrent solidarité et compétition.
La culture pédagogique doit changer, dit François Dubet.
Assouplir le collège démocratique c’est aussi décloisonner les disciplines qui découpent artificiellement un monde complexe et empêchent de le penser. La transdisciplinarité, la pluridisciplinarité, souvent évoquées, ne pénètrent pas le système éducatif parce que les formations des professeurs les ignorent. La bi- disciplinarité des professeurs de collège, au niveau de la maîtrise universitaire, introduirait cette interdisciplinarité et diminuerait l’effectif des équipes pédagogiques, surtout en 6ème, où les professeurs par classes sont trop nombreux.
Le temps d’enseignement des Sciences et Vie de la Terre doit croître afin de réaliser les objectifs de l’Ecologie.
9.  Un rectificatif majeur à une dérive très ancienne.
Les enseignants des classes, structures spéciales, groupes de soutien mis en place depuis 37 ans pour soutenir les élèves en difficulté (sans toujours y parvenir), demandent, en général, moins de travail à ces élèves qu’aux autres, proposent des contenus dévalués, mis à leur portée et souvent peu intéressants alors qu’il faudrait accroître considérablement la charge de travail sur des contenus scolaires et culturels, synthétiques et très ambitieux. Accroître le temps de travail est une bonne mesure à la condition que son étirement se complète par une remarquable intensité. La liberté pédagogique du professeur ne reste intouchable que si des résultats la justifient.
10. Le culte de l’évaluation de l’enseignement et du système éducatif.   
Les évaluations des élèves et du système éducatif progressent. Une formation obligatoire des enseignants pourrait porter sur l’aptitude à transmettre efficacement des contenus d’enseignement. Tous ne se pensent pas encore co-responsables des notes obtenues par leurs élèves surtout quand elles sont mauvaises, alors que ces notes mesurent aussi leur professionnalisme fondé ou non sur des formations spécifiques à l’évaluation. Trop peu de résultats aux contrôles servent à élaborer des plans de réapprentissage des notions mal comprises. La notation individuelle sur 20 ne forme qu’à la concurrence! Son usage quotidien encore largement utilisé au collège gagnerait à être remplacé par des évaluations de compétences.
Le brevet ne mesure rien, pourtant cet examen inutile et coûteux perdure… Les enseignants sont encore inspectés sans savoir, par anticipation, sur quels critères ils vont être jugés et ce procédé dépassé survit malgré son obscurantisme. L’imposition de la pratique de la notation objective avec des barèmes s’avère urgente. L’évolution des sciences de l’évaluation suppose la généralisation de la notation objective à barèmes transparents et donc la disparition de la note de vie scolaire, en particulier, dont la fabrication relève du bricolage. Cette note consigne en fait l’impuissance des adultes qui la déterminent.
Il faut imposer à l’école une obligation de résultats pour tous, indiscutable.
 Quant aux Principaux de collèges, en coopération avec les Proviseurs de lycées, une de leurs principales missions serait de ne perdre aucun élève en s’assurant du bon relais entre  établissements, pour rétablir la scolarité de l’élève perdu en cas de dysfonctionnement.
Un Principal ne sait,  ni ne veut, (sauf cas atypique) évaluer, noter un professeur. Comment un Principal formé en mathématiques apprécierait-il la valeur d’un cours de Français ? Il y va aussi de l’atmosphère des établissements : la relation entre les professeurs et les principaux gagne à être égalitaire (sauf, pour les questions de sécurité, non controversées) : la meilleure est la relation d’entraide, confiante, dans tous les domaines de la vie scolaire.

11. L’interdiction d’exclure des élèves des établissements scolaires.
L’école est obligatoire : l’exclusion est incompatible. Pendant les conseils de discipline, les élèves, mineurs en général, n’ont pas d’avocat. Les élèves exclus sont très souvent des élèves en difficultés scolaires : il s’agit donc de les inclure davantage et gratuitement.
Les possibilités sont multiples et à adapter aux cas :
-    fréquentation à durée déterminée d’une autre classe de l’école ou d’un autre établissement,
-    séjour  de travail autonome encadré au CDI, séjour dans un service de la mairie, sous la responsabilité d’un tuteur, à partir de contrats de coopération entre le Maire et le Chef d’établissement,
-   séances de travail en dehors des heures scolaires, avec le Chef d’Etablissement (mais en présence de personnels), le mercredi après-midi, par exemple. Ces séances, avec les cas les plus difficiles, dans le but de les punir en soutenant leur réussite parfaite d’exercices ont, dans la plupart des cas, une efficacité particulière. Cette pratique atypique suppose une ouverture des chefs d’établissement.
12. La présence de référents permanents entraînés à la résolution des conflits, dans les établissements scolaires.
Ces groupes d’adultes et d’élèves sont accessibles quotidiennement dans un lieu précis et à certaines heures. Concrètement, ils anticipent et évitent les règlements de comptes « douloureux ». Les élèves qui se plaignent d’autrui ne sont pas traités de « rapporteurs », parce qu’il faut éviter les harcèlements. Les surveillants sont affectés à des zones précises lors des récréations, dont, en permanence, près des recoins sensibles.
L’équipement des futurs collèges pourrait contenir des salles de repos abritées pour les demi- pensionnaires et des bureaux pour les équipes de professeurs.

Ces changements de l’école, pour une égalité des chances effective, une solidarité accrue, le choix du VERBE contre LA BARBARIE conduiraient, sans doute, vers une société plus juste.
www.atelier-idees.org
Annie Keszey.

20/12/2011

VINGT ANS D'AVEUGLEMENT.

L’EUROPE AU BORD DU GOUFFRE.

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Après leur manifeste, « les Economistes atterrés », aux Editions « Les liens qui libèrent », proposent une autre Europe, sociale, écologique et solidaire.

 

« Les réformes successives d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy conduisent vers l’implosion de l’Europe. La réduction de nos déficits ne pourra intervenir que dans un autre modèle économique.

Les difficultés qu’ont connues les finances publiques avant la crise proviennent de la concurrence fiscale organisée. Leur restauration passe par la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux. Pour réduire les déficits publics, il faut accroître la taxation des revenus financiers, des plus-values, des hauts revenus, dont le gonflement est une des causes de la crise. A l’échelle européenne cela passe par une stratégie d’harmonisation fiscale, avec des taux d’imposition minimale pour les entreprises, pour les revenus élevés et pour les patrimoines, et la garantie, pour chaque pays de pouvoir taxer ses entreprises et ses résidents.

Le capitalisme financier actuel se caractérise par le développement prodigieux des marchés financiers. Tandis que les institutions financières (banques, fonds de placement, fonds spéculatifs) réalisent des profits exorbitants  en jouant de la volatilité de ces marchés, des masses énormes de capitaux sont perpétuellement à la recherche des placements les plus rentables, les plus liquides et les moins risqués possibles. Mais comment trouver la contrepartie : des emprunteurs sans risque et prêts à payer des taux d’intérêts élevés ? Il faut obligatoirement qu’il y ait un montant énorme de dettes face à un montant énorme d’actifs financiers. Les prêteurs veulent investir de grosses sommes, mais s’inquiètent ensuite de ce que les emprunteurs sont trop endettés : ils recherchent des rentabilités élevées, mais cela fragilise les emprunteurs ; c’est la malédiction du prêteur. Les pays, les entreprises ou les ménages qui bénéficient d’apports de fonds importants sont fragilisés, puisqu’ils deviennent fortement endettés et donc dépendants des marchés de capitaux ; c’est la malédiction de l’emprunteur.

Le système financier international est ainsi perpétuellement à la recherche d’emprunteurs : Après les pays du Tiers Monde, l’Asie, les Etats-Unis puis les ménages anglo-saxons, ce sont les états, qui, en 2010, ont emprunté. Dans ce système, il y a en permanence des doutes quant à la solvabilité des emprunteurs. Or, les marchés sont moutonniers, leurs anticipations sont auto-réalisatrices: par exemple, si tout le monde anticipe une baisse du cours d’une action, tout le monde vend, ce qui provoque effectivement la baisse du cours... La globalisation financière contraint donc l’économie mondiale à vivre en permanence sous la menace d’une crise de la dette.

Les états sont ainsi soumis à des exigences contradictoires : soutenir leur activité économique y compris en aidant les banques défaillantes et maintenir équilibrée leur propre situation financière.

En 2007, plusieurs pays de la zone euro avaient de larges excédents courants : 230 milliards d’euros (Les Pays-Bas, l’Allemagne, la Finlande, la Belgique et l’Autriche). Ces excédents du Nord créaient et finançaient les 180 milliards de déficits des pays méditerranéens. Le cadre économique européen mis en place par le traité de Maastricht a été incapable d’empêcher le creusement des déséquilibres, devenus insoutenables. De 2007 à  2010, la dette de la France est passée de 34% du Produit Intérieur Brut à 57% du PIB. Ces dégradations proviennent de contre-révolutions fiscales qui ont alimenté le gonflement de la dette : réductions d’impôts (en France, le bouclier fiscal) sur les revenus des plus aisés, sur les patrimoines, sur les cotisations patronales…Ce désarmement fiscal a été décidé par les classes dominantes afin de tirer parti du déficit ainsi créé pour déclarer inéluctable la baisse des dépenses publiques.

 Avec l’argent économisé sur leurs impôts, les riches ont pu acquérir des titres (porteurs d’intérêts) de la dette publique émise afin de financer les déficits publics provoqués justement par les réductions d’impôts... » Henri Sterdyniak

 

« Il faut libérer les économies européennes du joug de la dette et des marchés. Cela implique de restructurer à court terme les dettes souveraines, de s’attaquer frontalement au pouvoir des marchés et de jeter les bases d’une autre Europe solidaire et écologique.

La stratégie de sortie de crise mise en œuvre en Europe n’est pas soutenable, car elle est à la fois socialement injuste et économiquement inefficace. Sortir rapidement de la spirale récessive est une nécessité impérieuse. Il faut restructurer la dette, par un rééchelonnement de la dette (recul des échéances), une dispense de paiement des intérêts, ou encore une réduction de la dette elle-même (défaut). Une part importante des dettes souveraines peut être considérée comme illégitime : l’immense majorité des citoyens n’a pas à en subir le coût. Au contraire, il apparaît légitime que les créanciers- c’est-à-dire les détenteurs du capital financier- supportent une partie de l’apurement de dettes souveraines. Par référendum, le 6 mars 2010, les Islandais ont refusé de rembourser la dette contractée par leurs banques.

  1. Il faut restructurer sans attendre les dettes de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal, en les rééchelonnant, en abaissant les taux d’intérêt pour les ramener à 3.5% et en les réduisant ( de moitié pour la Grèce et du tiers pour l’Irlande). 
  2. La banque centrale européenne (BCE) doit pouvoir effectuer de la création monétaire pour financer une partie de la dette publique : ce qui impose une modification de son statut. Un état ne peut pas faire faillite s’il peut recourir à la création monétaire et lever des impôts.
  3. Il est nécessaire de s’attaquer au pouvoir de la finance par tous les moyens au lieu de chercher à « rassurer les marchés », politique vouée à l’échec.
  4. Lutter contre la spéculation sur les marchés de la dette souveraine appelle trois mesures prioritaires:l’interdiction des ventes à découvert (spéculer sur la baisse d’un titre en vendant à terme ce titre dont on ne dispose pas), fermer les marchés opaques qui échappent à toute surveillance et créer une agence publique de notation européenne. Cette agence fonctionnerait sur des normes objectives.

La survie de l’Europe passe par une nouvelle conception des politiques économiques. Le principe de coordination fondé sur la solidarité des pays membres doit l’emporter sur le principe de coordination par la concurrence des états.

L’émission d’eurobonds pour financer de grands projets paneuropéens innovants tels que le ferroutage ou le développement de nouvelles sources d’énergie jetterait les bases d’une Europe écologique et solidaire. » Dominique Plihon.

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.