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29/10/2018

APPRENDRE!

Comment les ministres Luc Chatel, Vincent Paillon, Benoît Hamon, Najat Vallaud- Belkacem, par exemple, ont-ils pu occulter les découvertes des neurosciences?

L’actuel ministre de l’Education nationale, Monsieur Jean-Michel Blanquer, a appelé Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et neuroscientifique, pour présider le Conseil scientifique de l’Education nationale et c’est une décision opportune: de même, imposer certains dédoublements de classes, des évaluations objectives et envisager la scolarité obligatoire à 3 ans, sont des mesures de progrès.

Au moment où l’Education nationale réfléchit à des propositions nouvelles contre la violence à l’école, il est utile, en particulier, de consulter  Stanislas Dehaene, le déchiffreur du cerveau, qui propose des réformes du système éducatif dans son ouvrage de 380 pages « Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines » aux Editions Odile Jacob.

Stanislas Dehaene nous livre enfin un descriptif  savant, précis, complet, justifié du métier de professeur : apprendre et   apprendre à apprendre. L’idée d’un métier spécifique fut longtemps réfutée par de nombreux intellectuels. Bien sûr, les enseignants possèdent, implicitement, un modèle mental de ce qui se passe dans la tête de l’apprenant « quelles sont ses intuitions, correctes ou erronées, quelles sont les étapes par lesquelles il doit passer pour progresser et quels facteurs l’aident à développer ses connaissances… » Mais les connaissances du « savoir invisible », des principes fondamentaux de la plasticité cérébrale et de l’apprentissage, du fonctionnement du cerveau en liaison avec les activités externes et internes multiples pendant le jour et la nuit,  n’ont jamais encore été évoquées, avec autant de rigueur, lors des formations des enseignants, par exemple.

De nombreuses pratiques professorales expérimentales, malgré la méconnaissance totale du fonctionnement du cerveau, s’approchent pourtant, semble-t-il, des conseils essentiels de Stanislas Dehaene.

L’auteur développe aussi les mécanismes scientifiques de l’intelligence artificielle et définit ce qui lui manque par rapport à l’intelligence humaine... Les logiciels de l’intelligence artificielle  ne parviennent pas encore à imiter « la faculté d’apprendre »...

Les neurosciences, dont la connaissance du cerveau et de son fonctionnement, les démarches complexes, successives pour apprendre à apprendre, doivent occuper une place majeure dans la formation  initiale et la formation continue des enseignants.

Les réformes du système éducatif que Stanislas Dehaene propose, dans cet ouvrage, sont d’actualité.

Quelques extraits discontinus.

  • « Le cours magistral, où l’élève reste passif tandis que l’enseignant pérore pendant cinquante minutes a fait son temps. Lorsqu’on compare ce cours magistral traditionnel aux pédagogies qui promeuvent l’enseignement actif, l’effet est manifeste : dans toutes les disciplines, des maths à la psychologie en passant par la biologie ou l’informatique, un étudiant actif réussit mieux... Toutes les solutions sont bonnes à condition de forcer les élèves à renoncer au confort de la passivité...»
  • «Et c’est l’occasion ... de clarifier un point très important : l’idée que l’enfant doit être attentif, actif, engagé, acteur de son propre apprentissage- idée fondamentalement juste- ne doit pas être confondue avec le constructivisme ou les pédagogies de la découverte : une vision généreuse, séduisante, mais dont l’inefficacité a été cent fois démontrée. La distinction est fondamentale mais rarement comprise, en partie du fait que l’on connait également ces dernières sous le nom de « pédagogies actives » ce qui est source de nombreuses confusions... »
  • « Lorsqu’un enfant  est découragé, qu’il soit brillant ou en difficulté, il faut avant tout lui redonner le goût d’apprendre en lui proposant des stimulations adaptées à sa curiosité...   Il est donc possible  de décourager la curiosité en sanctionnant chaque tentative d’exploration par une punition. Imaginez un enfant qui, chaque fois qu’il essaie d’intervenir est tancé, moqué ou puni...  La solution ? Elle est bien connue de la plupart des  Il s’agit de récompenser la curiosité au lieu de la punir... »
  • L’un des travers de la note « est d’être totalement dépourvue de précision. Simple cumul de nos fautes, elle résume, sans les distinguer, différentes sources d’erreurs. Elle n’est donc pas suffisamment informative, car elle ne permet pas, à elle seule, de savoir pourquoi on s’est  trompé ni comment se ..La note sèche, lorsqu’ elle n’est pas accompagnée d’appréciations détaillées et constructives, constitue donc un bien piètre retour sur erreur ...
  • « Les professeurs doivent désormais savoir qu’il faut espacer les apprentissages...C’est donc toute l’organisation des manuels qu’il faut revoir. La plupart d’entre eux sont organisés en chapitres qui font le point sur un  sujet spécifique (ce qui est bien) et qui sont suivis d’exercices qui ne portent que sur cette leçon (ce qui est moins bien). Cette organisation a deux conséquences néfastes : les révisions ne sont pas suffisamment espacées, et le travail est prémâché car l’élève n’apprend pas de lui-même quelles connaissances ou quelles stratégies permettent de répondre à un problème donné. L’expérience montre qu’il vaut mieux mélanger les exercices, sans se cantonner à ce qui vient d’être étudié, de façon à remettre régulièrement en jeu la totalité de ses connaissances... »
  • « Les examens à court terme, qui ne portent que sur les acquis des semaines précédentes, ne suffisent pas à garantir un souvenir à long terme. Mieux vaut un examen cumulatif, qui porte sur l’ensemble du programme depuis le début de l’année... »
  • « La chronobiologie a démontré qu’avec la puberté le cycle du sommeil se décale : les adolescents ne ressentent pas le besoin de se coucher tôt, mais, comme chacun a pu le constater, ils éprouvent les plus grandes difficultés à se lever. Ce n’est pas  de la mauvaise volonté mais la simple conséquence d’une réorganisation des réseaux neuronaux et hormonaux qui contrôlent le cycle veille/sommeil. Malheureusement, personne ne semble en avoir informé les directeurs d’école qui continuent d’exiger que  les élèves fassent acte de présence en tout début de matinée... »
  • « Les organismes de recherche devraient inciter les chercheurs à mener de grands programmes de recherche fondamentale dans tous les domaines des sciences de l’apprentissage, depuis les neurosciences et l’imagerie cérébrale jusqu’à la  neuropsychologie des enfants « dys », la psychologie cognitive et la sociologie de l’éducation... »

                                                                                                                                 

Des extraits de ce livre sur les principes fondamentaux de l’apprentissage suivront ultérieurement.

notreputeaux.com         rupture-et-metamorphose.org                atelier-idees.org

Annie Keszey.                 

30/01/2012

UNE NOUVELLE PEDAGOGIE SCIENTIFIQUE.

 

PROGRAMMES PRESIDENTIELS : SOUHAITS.

 

ENGAGEMENT PRIORITAIRE DE L’ETAT POUR RECONSTRUIRE L’EDUCATION NATIONALE : FORMER LES PROFESSEURS ET LES FORMATEURS A UNE NOUVELLE PEDAGOGIE SCIENTIFIQUE.

 

La priorité de l’Education Nationale est moins quantitative que qualitative. De nombreuses expertises ont montré que la baisse des effectifs des classes n’avait que peu d’incidences sur les résultats scolaires, même si un équilibre nécessaire au « bien  vivre ensemble » est évidemment exigible. Les classes à orientation précoce du passé, à effectifs réduits, CPPN, CPA, 4èmes et 3èmes technologiques et les SEGPA d’aujourd’hui n’ont produit ni ne produisent l’égalité des chances. Les élèves des groupes restreints de secondes langues en 4ème et 3ème  des collèges (russe, allemand…) ne sont pas mieux notés que les élèves de LV2 anglais dont les effectifs par groupes sont plus nombreux.

 

La première obligation est de former les professeurs et les formateurs à une nouvelle pédagogie scientifique.

Le mot « pédagogie » fut honni par les ministres successifs et ses  défenseurs critiqués, dont Philippe Meirieu. Accrochés à l’école traditionnelle « fondatrice », niant la complexité du métier de professeur et les changements personnels, familiaux et sociaux des élèves, ces ministres ont tous annoncés des réformes, progressistes parfois dans les mots, conservatrices dans les faits, peu appliquées et sans progrès constatés ces dix dernières années.

Le métier de professeur se limitait, pour eux, à l’exigence de diplômes universitaires disciplinaires, les masters aujourd’hui et à une liberté pédagogique individuelle…

Sujet tabou, les professeurs n’ont jamais été impliqués directement  dans l’insuffisante efficacité de l’école publique : seuls les déficits de  «  mérite » des élèves et des familles ou l’insuffisance des moyens expliquaient majoritairement la dérive institutionnelle.  

 

Or, le métier de professeur est un point de rencontre obligé entre plusieurs disciplines qui ne correspondent pas aux découpages universitaires. Ce métier n’est pas encore décrypté mais des initiatives et surtout des recherches rassurent pour un avenir proche.

Sébastien Clerc, professeur de français et d’histoire dans un lycée professionnel de la Seine-Saint-Denis, en 2009, a proposé des solutions concrètes pour assurer de bonnes conditions de travail dans des classes difficiles, dans « Au secours ! Sauvons notre école » aux éditions Oh !

Ses propositions se fondent sur une profonde réflexion de ses pratiques et de ses impasses mais discutable, marquée par l’impuissance institutionnelle du présent : il souhaiterait, par exemple, plus d’exclusions d’élèves perturbateurs…Sa crainte réelle qui justifie son témoignage est que de nombreux  jeunes professeurs ne soient envoyés « au casse-pipe ».  

Il attend une véritable science, en particulier de la tenue des classes, dont les spécialistes feraient part de leurs connaissances aux professeurs débutants.

L’avenir de ce métier est en effet celui d’une nouvelle pédagogie scientifique que le prochain ministre de l’Education Nationale devrait connaître et diffuser.           

 

Un exemple majeur de pédagogie scientifique actuelle.

Savoir parfaitement lire avant de quitter l’école élémentaire est la condition de réussite des études ultérieures. L’objectif n’est pas atteint pour tous les élèves et ce grave échec est pourtant toléré.

La science de la lecture, c’est-à-dire les connaissances scientifiques sur les neurosciences cognitives de la lecture doivent être diffusées en urgence auprès des professeurs et des formateurs afin d’être mises en pratique dans les classes. La liberté pédagogique se fondera sur des principes d’apprentissages rigoureux et non plus seulement sur des essais et erreurs ou même sur la seule expérience et les résultats des élèves mesureront aussi la pertinence de cette traditionnelle liberté.

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Stanislas Dehaene, dans « Apprendre à lire. Des sciences cognitives à la salle de classe », aux éditions Odile Jacob synthétise, avec son équipe du CNRS, 20 ans de recherches sur le cerveau et la lecture. Il est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de Psychologie expérimentale et membre de l’Académie des sciences.

Son livre est structuré en chapitres :

-          Comment notre cerveau apprend-il à lire ? Apprendre à lire,

-          Les grands principes de l’enseignement de la lecture, la dyslexie,

-          L’éducation fondée sur la preuve,

-          Une proposition de progression pédagogique à travers les difficultés de lecture du français.

Des résumés clairs et brefs, sous le titre « A retenir » définissent les étapes d’une pédagogie scientifique de l’apprentissage de la lecture.

En conclusion, l’auteur affirme la solidité de ces connaissances, souhaite que des professeurs formés  adoptent ce système pédagogique développé très positivement en Grande-Bretagne et en Finlande. Il faut bien sûr adapter les manuels pour focaliser l’attention sur le décodage et la compréhension des mots. Des outils restent à créer : cartons à découper, lettres magnétiques, jeux de mots, logiciels…

La grande section de maternelle doit insister sur l’acquisition du vocabulaire, multiplier les comptines, les histoires orales, les petites pièces de théâtre… Chaque classe de l’école élémentaire comprendra une bibliothèque afin que chaque élève puisse lire un livre par semaine.

 

Les ouvrages de pédagogie scientifique attendent d’être regroupés et utilisés.

[Stanislas Dehaene est aussi l’auteur de « La bosse des maths ».]

 

Luc Chatel, actuel ministre de l’Education Nationale a souhaité introduire la morale à l’école et dépister les prédispositions à la délinquance des enfants des écoles maternelles!

Impuissance.

Jacques Pain, Maître de conférences à l’Université de Nanterre, en 1992, a choisi la voie de la pédagogie contre la violence. Alain Bentolila, linguiste, professeur à l’Université Paris V, en 2007, a défendu « Le verbe contre la barbarie.»

Apprendre à lire scientifiquement donc « mais à des personnes toutes différentes qui débordent de vie, d’initiatives et de créativité, mais aussi à des êtres vulnérables qui révèlent leurs détresses, leurs souffrances et leur insécurité affective. Les mimiques, postures, gestes et vocalisations du jeune enfant s’enchaînent pour devenir des messages qu’il faut comprendre sinon s’instaurera avec l’enfant un dialogue de sourds qui conduira à l’agression, à la crainte, à l’isolement… » C’est Hubert Montagner, docteur ès-sciences, ancien directeur de recherche à l’INSERM  qui met en garde contre le danger de théories scientifiques trop rigides, dans «  L’enfant et la communication » aux éditions Essais-Documents Stock, de 1984.

 

Nouvelle pédagogie scientifique, nouvelles contradictions entre sciences, nouvelle complexité.

 

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.